Créer votre univers

Nombreux sont les écrivains à savoir « emporter » le lecteur dans leur roman, à lui faire oublier un temps sa propre existence pour se plonger dans celle des personnages, et les suivre avec passion jusqu’à la dernière page. En tant que lecteur, vous pouvez vous interroger sur ce qui vous a fait entrer avec tant d’enthousiasme dans tel ou tel roman. Souvent, on parlera d’une intrigue solide, ou de personnages attachants. On pense rarement à citer l’univers du roman, tout simplement car ce n’est pas un élément qui saute aux yeux, mais sans lequel nombre de très bons livres ne seraient pourtant que des scribouillardises sans nom !

L’univers, qu’est-ce que c’est ?

J’entends par là tout ce qui sert de toile de fond à votre roman : les décors, les villes, les pays, les personnages secondaires,… Bref, nombre de choses qui sont quais inutiles à la fois pour les personnages principaux et pour la trame, mais qui changeront du tout au tout la qualité de votre roman. Ne commettez pas l’erreur de penser que l’univers n’est important que pour les auteurs de SF ou de Fantasy ! Votre fiction ou votre roman historique ne seront rien si votre univers n’est pas abouti, si vos villes ne sont pas présentées de manière crédible, si aucune présence n’émane des quartiers et autres ruelles que vous dépeindrez. Imaginez une série télévisée avec des acteurs talentueux et un scénario infaillible, mais aux costumes foireux et aux décors minables. Avouez que vous ne mettriez pas une seconde avant de zapper pour une énième rediff’ des Simpsons sur W9 ! Le lecteur fera pareil avec votre roman si vous n’avez pas su étoffer votre univers. Heureusement, voici pour vous quelques conseils pour nous peindre un univers infaillible !

  • 1 – Documentez-vous : Le premier conseil, qui est valable pour tout type de romans. Un bon auteur, s’il veut convaincre, doit savoir se documenter pour offrir une vision précise de son univers. Nombreux sont les auteurs de polars à contacter des médecins légistes ou des policiers pour donner plus de profondeur à leur récit. Si vous donnez dans le roman historique, renseignez-vous comme il se doit sur l’époque décrite, et évitez les anachronismes ! Pour autant, ne vous perdez pas non plus sous des tonnes de documentation, surtout si vous écrivez une fiction. Il ne s’agit pas d’assommer le lecteur par des descriptions savantes au possible, mais de lui montrer que vous savez de quoi vous parlez et de rendre votre univers réaliste.
  • 2 – Visualisez votre univers : Avant de chercher à toucher le lecteur, il faut savoir vous toucher vous-même ! Si cette phrase peut paraître perverse dans l’esprit des plus tordus d’entre vous, c’est également un bon conseil d’écriture. Tâchez toujours de visualiser ce que vous décrivez. Si vous parlez d’une ville existante, essayez de vous y rendre, ou tout du moins de trouver des photos de cette ville. Si vous créez une ville, ou à plus grande échelle un pays ou un monde, essayez toujours de les visualiser clairement. N’hésitez pas à faire des schémas ou des croquis pour appuyer votre pensée. C’est uniquement en ayant une vision claire de votre univers que vous pourrez transmettre cette vision à vos lecteurs !
  • 3 – Gardez le ton : Le ton d’un roman aide grandement à l’immersion du lecteur. Si vous dépeignez un univers décalé pour un livre drôle et destiné à faire rire le lecteur, faîtes de votre narrateur un vrai clown. En revanche, si votre récit est dramatique, gardez un narrateur neutre s’il est externe ou omniscient, et plutôt « torturé » s’il est interne. Vous ne toucherez pas les cordes sensibles du lecteur si votre ton n’est pas adapté, et risquez même de le perdre et/ou de le décevoir !
  • 4 – Soignez les personnages : Ce conseil peut paraître stupide de par son évidence, mais il faut absolument faire attention à créer des personnages crédibles ! Les personnages participent grandement à l’univers. Que ce soit dans leur attitude, leur façon de parler, leurs vêtements, les personnages doivent parfaitement intégrer l’univers. Sachez soigner avec le même scrupule les personnages principaux, secondaires et les « figurants ».
  • 5- Evitez les clichés : Il y a toujours un peu de cliché dans chaque roman, mais il ne faut pas céder abondamment au cliché. Si vous écrivez de la Fantasy ou de la SF, le cliché vous fera paraître comme un pâle copieur sans inspiration. Si vous écrivez un roman « réaliste », le cliché viendra briser toute immersion en rendant vos personnages et votre récit peu crédibles. Qu’est-ce que le cliché ? A vous de voir ! Le cliché peut-être le cruel méchant aux yeux aussi noirs que son cœur, le super gentil sans un défaut, qui ne se cure même pas le nez, l’histoire d’amour sans profondeur qui éclate au premier regard et durera toute une vie, etc. En plus de nuire à votre récit, le cliché pourra nuire à votre lecteur, ce qui serait dommage ! En général, toute scène hollywoodienne ou Walt-Disneysque s’approchera du cliché !
  • 6- Soignez votre vocabulaire : Non, ce n’est pas une remontrance de vot’ maman, mais un conseil d’écriture ! Sachez, dans vos dialogues tout comme dans vos descriptions, adopter un vocabulaire choisi. Si votre narrateur est un alcoolique notoire issu du fin fond des trottoirs (merci pour la rime !), il ne sera pas du genre à utiliser un vocabulaire soutenu ! En tant que narrateur, utilisez donc un vocabulaire précis qui rendra honneur au récit, ce qui passera parfois par certaines recherches, notamment si vous écrivez de la Fantasy ou de l’historique. « Le chevalier enfila ses baskets et passa sa lourde armure au dessus de son T-shirt. Un coup d’œil sur sa montre et il réalisa qu’il était à la bourre pour son tournoi. » sont des phrases qui ne passeraient que dans un roman humoristique ! N’hésitez pas à user et abuser d’un vocabulaire ancien en Fantasy ou futuriste en SF, et sachez jouer avec les mots ! Si vos personnages sont amenés à faire de l’humour, le lecteur appréciera de tomber sur des blagues originales et en rapport avec votre univers.
  •  7- Utilisez vos cinq sens : Certains auteurs se contentent de solliciter uniquement la vue de leurs personnages, et par là même de leurs lecteurs ! Vous conviendrez pourtant qu’il est nettement plus immersif de vivre pleinement un évènement plutôt que de se contenter de l’observer. Sachez donc utiliser les autres sens de vos personnages : l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher. Le lecteur sera plus à même de se sentir intégré au récit s’il peut complètement s’imaginer dans votre univers, ou si, mieux encore, ce dernier lui rappelle des souvenirs, bons ou mauvais.
  • 8 -Soignez l’arrière-plan : Terminons par ce dernier conseil, et non des moindres, pour parachever votre univers. L’arrière-plan, dans votre roman, sera tout ce qui ne sera pas vital à l’intrigue, mais apportera de la matière à votre univers. Votre héros est un inspecteur qui vient rendre visite à un informateur dans le pire bar de la ville, tâchez de rendre l’ambiance crédible ! S’il n’y a pas de la fumée de cigarette partout, un groupe de motards à l’arrière, ainsi que des cris et des chants de truands passablement ivres, personne n’y croira ! La difficulté est toujours de laisser l’arrière-plan… en arrière ! Il ne s’agit pas de noyer votre récit dans des descriptions de choses inutiles, mais de savoir semer ça et là quelques phrases qui plantent le décor ou évoquent des « figurants » qui viennent enrichir votre univers ! Un travail minutieux dont le lecteur ne se rendra pas forcément compte, mais qui l’aidera grandement à être captivé par votre roman !

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11 réflexions sur “Créer votre univers

  1. On pourrait croire que tu as lu les livres sur l’écriture que je recommandais dans un de mes anciens articles ! C’est tout à fait pertinent et ce sont en effet les conseils que l’on retrouve le plus souvent. Concernant les clichés, il me semble que c’est mon cher Orson Scott Card (oui, je sais, il est mormon) qui a dit qu’ils pouvaient être utilisé mais seulement pour les figurants : dans ce cas, ils sont souvent pertinents. Pour éviter les clichés, il préconise autrement de toujours réfléchir à une deuxième possibilité, la première étant bien souvent un cliché.

  2. Je déteste les descriptions… Aaaargh ! Je suis épinglée : voilà, je décris peu mes personnages, je décris peu l’univers dans lequel ils évoluent. Je ne dis pas qu’il n’existe pas, mais comme ce sont des villes connues (de moi surtout, mais bon), je vois pas l’intérêt de ralentir le récit en décrivant une maison en briques de type 1930 comme il y en a des milliers ici ou de décrire un musée comme celui du Louvre.
    J’espère que ce n’est pas trop grave ;) et on va dire que j’ai envie que les gens découvrent par eux-même (voilà on mettra ça sur la volonté d’inciter la curiosité des gens plutôt que sur ma paresse et mon dégoût des descriptions… :P )
    Je le fais aussi parce que 1) les personnages n’ont pas de tête dans ma tête, 2) les lieux ne sont pas si importants en général pour moi, 3) en tant que lectrice, je déteste imaginer une chose qui est contredite par l’auteur par la suite… genre un bâtiment de tel sorte, qui finalement est complètement différent ou pire ! un personnage que je vois brun et qui est blond en vrai XD

    Sinon, pour le vocabulaire, je conseille de vraiment utiliser un vocabulaire adapté autant pour la partie narrative que pour les dialogues. Ca donne de la cohérence au récit (la dissociation de style narration/dialogue est très difficile à maîtriser, laissez tomber si vous débutez ! Tiens ça me donne une idée d’article de blog ça… merci !)

  3. @JBB Alors là je vais rougir, parce que c’est un véritable compliment ! Non, je n’ai pas lu ces ouvrages. Je me suis inspiré de mon écriture, mais aussi et surtout des différentes beta-lectures que j’ai faite. Voir les défauts des autres et la meilleure manière de trouver les siens, et de récolter de précieux conseils au passage ! ;-)
    Après, petite note, il faut dire que je suis particulièrement (trop) pointilleux sur l’univers du bouquin. J’aime tout créer, imaginer jusqu’au moindre caillou, et surtout, je déteste l’incohérence !

    @Paumadou Des conseils d’écriture ne sont de toutes manières jamais universels ! N’importe qui pourrait sans doute invalider ces conseils en une seconde, et à chacun de les adapter à son écriture !

    Maintenant que tu me dis ça sur ton style, je vais lire Absences avec plus d’attention encore, et voir quel impact ça donne sur l’histoire. De toutes manières, j’avais déjà remarqué qu’Absences était davantage orienté vers la psychologie des personnages, ce que je trouve très bien !

    Au sujet de l’idée d’article de blog que ces conseils t’ont inspirée, je te prierai de me la rendre immédiatement. Cet article était sous DRM mental, il t’est donc interdit d’exploiter les pensées qu’il aurait pu générer chez toi. ;-)

    • Nan ! Je suis une méchante pirate qui vole les idées des autres et les lancent à qui veut bien les attraper ! Mouhahahah !

      J’avoue aussi que quand on me dit « C’était un salon à la décoration chargée » ça me suffit. Pas besoin de me décrire les motifs du tapis, le nombre de coussins sur le sofa, les trois épaisseurs de rideaux et leurs types de tissages (sergés, 1/1 et jacquard pour le plus cossu à fils d’or), ni les dizaines de photos sur le buffet. En fait, j’ai une bonne imagination pour voir les choses avec un minimum de mots, pas besoin de me les décrire (et tant pis si ça ne correspond pas exactement à ce que l’auteur veut m’imposer de son univers : je me suis battue avec idmuse parce que son personnage était blond et que dans ma tête il était brun ! mais j’ai le droit de le voir brun si je veux d’abord ! :P )
      Tout le monde sait à quoi ressemble un salon, une chambre, un bureau, un jardin… On a tous sensiblement les mêmes autour de nous ! Après, je n’écris pas de SF ou de Fantasy, je n’ai donc pas besoin de décrire des endroits que personne ne connaît ;)

  4. Pingback: Paumadou » Style de narration / Style de dialogues

  5. Article très intéressant et très pertinent aussi :) Avant j’étais comme Pauline, je décrivais peu mes univers et mes persos, mais après avoir plusieurs fois essuyé la même remarque sur CoCy, je me suis dit qu’il fallait peut-être m’y mettre.

    • Merci beaucoup !

      Pour toi qui écris du fantastique, qui joue sur l’ambiance et les « décors », l’univers joue en effet beaucoup ! D’ailleurs, si tu pouvais écrire ton prochain livre uniquement sur l’asile de fous d’Emily Buckley , je serais fan ! :-D

    • Tu écris de la SF aussi, ça explique peut-être cela. Moi, je me base sur le fait que mon lecteur à en majorité le même style de vie que le mien (vie occidentale) et donc les mêmes références niveau univers/environnement. Mais je ne fais pas dans la SF non plus…

      Je pense qu’il ne faut pas s’y mettre juste parce que le lecteur aimerait en avoir d’avantage. Effectivement si dans l’histoire, les choses doivent être décrites pour que ça fonctionne, c’est un défaut du texte à corriger. Mais si c’est juste parce que d’habitude, dans ce genre de texte, il y a des descriptions, alors ce n’est pas une obligation : c’est au contraire entrer dans les clichés du genre (décrire l’intégralité du mobilier urbain avant d’entrer dans l’action, ça ne m’intéresse pas, même dans le steampunk et ses lampadaires-cadrans solaire-qui font le café. On ne peut pas rivaliser avec le dessin, la photo ou les films, il faut se concentrer sur le propre de l’écriture : décrire ce qui ne peut pas être représentée par les arts visuels ou le décrire d’une manière différente – et là ça peut devenir intéressant !)

  6. Pingback: Ma revue de presse web du 11 au 24 octobre 2011 | JBB, écriture & lecture numérique

  7. je suis un très gros lecteur et c’est avec grande joie que j’ai lus l’article. Je lis des livre comme le Seigneur des anneaux ou encore Eragon. Et parfois je me dis qu’il y a trop de descriptions et c’est ce qui m’énerve justement le trop de descriptions chez certains auteur. Mais bon, heureusement ce ne sont pas tous les auteur qui utilisent les trop de descriptions.

    Sinon si tu as quelque petits conseil pour un bon petit roman policier, je suis preneur :). J’en ai une mais peut-être que l’article va m’aider mais je sais pas comment écrire le dit roman.

    • Merci pour ce commentaire ! :-)

      Je ne suis pas très roman policier à vrai dire, et il faut dire que ce ne sont pas les textes les plus simples à créer, mais écrire un article à ce propos pourrait être intéressant. Je garde l’idée sous le coude pour les semaines à venir ! ;-)

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