DRM, mon amour

DRM, en voilà un nom qui fait rêver, un nom plein d’histoires et d’aventures. Tout d’abord parce que ce sont des initiales, et tout le monde le sait, les initiales dégagent naturellement une aura de sérieux et une image de marque, surtout lorsqu’elles sont au nombre de trois : un chiffre aussi concis que le quatre mais nettement plus précis que le deux.  RTT, UMP, BNP, FDJ, autant de sigles qui font déjà rêver par leur forme. Mais là où DRM va plus loin, c’est qu’il est un sigle anglais, et tout le monde sait que l’anglais c’est nettement plus classe ! DRM, ça sonne nettement mieux que son équivalent français de GDN, surtout lorsqu’on le prononce avec l’accent à la manière du slogan d EA Sports : « Di, èr, èm… It’s in the book ! ». Soyons donc exigeant, et demandons avant tout du pur DRM, et non une sous-marque française à la GDN.

Admettons-le, le DRM, présenté ainsi à l’américaine, nous donnerait presque envie. Si on me demandait « Avec ou sans DRM votre eBook ? », je serai tenté de dire « Avec ! », comme quand la serveuse du Mc Do me demande si je veux un menu Maxi Best of Plus ! Car qui peut s’imaginer que le DRM est une mauvaise chose ? Après tout, le DRM, tous les « grands » éditeurs le proposent (ou plutôt l’imposent) naturellement, et quand on sait que placer un DRM dans un eBook augmente son coût de fabrication, on se dit naturellement qu’il augmente aussi sa valeur !

En fait, vous (ne) serez certainement (pas) surpris d’apprendre que ce n’est pas le cas. L’eBook proposé avec DRM est plus cher à produire, mais surtout plus contraignant qu’un eBook sans DRM, et par-dessus tout nettement moins vendeur. Mais alors pourquoi continuer à proposer des livres avec DRM ? Pour faire bref, et n’occulter aucune possibilité, nous pouvons élaborer deux hypothèses :

  • 1 – L’hypothèse naïve : Les éditeurs, pauvres d’eux-mêmes, ne sont pas encore à l’aise avec les nouvelles technologies. Ils comprennent mal le numérique et ne savent pas qu’ils peuvent tirer des leçons de l’industrie musicale, qui a « subi » le numérique avant eux. Ils croient encore naïvement que placer un verrou sur leurs livres numériques, au détriment de la liberté du lecteur, leur permettra de stopper le piratage sans freiner les ventes.
  • Solution : Il n’y a pas de mal ! Il suffit d’envoyer ce petit mail à Monsieur Gallimard pour le prévenir : « les DRM ça ne marche pas ! 😉 Gros bisou. » (Une étude menée par moi-même prouve qu’il y a un certain pourcentage de chance pour que cela fonctionne)
  • 2 – L’hypothèse plus crédible : Les éditeurs, pauvres de nous, connaissent pertinemment l’effet néfaste de la présence des DRM sur les ventes, et ils s’en contrefoutent complètement ! « Pourquoi placer dans leurs livres numériques des protections qui freinent leurs ventes ? » demanderait naïvement celui qui penchait jusque là pour l’hypothèse 1.  Pour la même raison qui leur fait proposer des prix supérieurs à 10 €, autre facteur prohibitif pour le client : parce qu’ils n’ont pas d’intérêt à ce que le livre numérique fonctionne, parce qu’ils savent que le numérique risque de mettre en question la distribution des revenus auteur/éditeur, parce qu’ils ne vont faire aucun effort pour précipiter une technologie qui, si elle percera à coup sûr en France, risque également de leur rapporter moins, parce qu’ils sont guidés par le Mal absolu, PARCE QUE  ! Enfin bref, voilà pour l’hypothèse 2 !
  • Solution : Simple et efficace : boycotter systématiquement tout livre numérique aromatisé au DRM. « Et si le livre de mon auteur préféré n’existe que bourré de DRM, et que je veux absolument le lire ? » s’inquiète le fervent défenseur de l’hypothèse 1, les larmes aux yeux. Je répète : Boycottez ! Un blog aussi méchant que les éditeurs vous dirait sans doute de pirater ledit livre, mais le Souffle Numérique n’est pas comme ça et n’agit que dans la pure légalité.

A part ça, l’hypothèse 1 était bien aussi !

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7 réflexions sur “DRM, mon amour

  1. Le plus beau avec le sigle DRM (Digital Rights Management) (gestion des droits digitaux), c’est qu’il est TRES clair pour les gens qui connaissent le sens de l’acronyme a qui il s’adresse : aux éditeurs. S’il avait été choisi en fonction d’un sens pour les consommateurs, il devrait plutot être nommé « DRM » (Digital Restrictions Management) : gestion des restrictions digitales…

    Cette interprétation ferait mieux comprendre qu’il s’agit bien de limitations sur l’usage digital.
    Bien sûr, il est toujours préférable d’enfumer le client, y compris en lui faisant croire qu’on LUI permet de gérer SES droits alors qu’en fait il s’agit de les restreindre…

    • Remarque très judicieuse. Il est vrai qu’on comprend mal le rapport entre la « gestion des droits numériques » et des protections vicieuses ou liberticides ! Les gardiens de prison sont-ils les « gestionnaires de la sécurité civile ? ». Les pions sont-ils les « gestionnaires de la tranquillité lycéenne ? ».

      Comme tu le dis, un bel artifice pour faire croire au lecteur que c’est pour son bien, que c’est pour l’auteur, que c’est pour l’art et la littérature, etc.

  2. Tiens, me demande si un mail type à faire tourner à chaque fois qu’on est confronté à DRM pourrait avoir suffisamment d’impact.

    Du style modèle que tu copies/colles et envoie à l’éditeur et qui dirait que comme il y a DRM, il n’y aura pas achat (y compris en papier). Ça prendrait 2 ou 3 minutes à chaque utilisateur qui n’aurait pas à se taper la rédaction du truc par eux-mêmes, et puis, au bout d’un moment, je pense que les éditeurs commenceraient à en avoir marre d’avoir le même mail type et songeraient à lâcher les DRMs…

    Si quelques milliers de gens jouent cette carte, une forme de résistance organisée en quelque sorte, il y aurait peut-être moyen de changer les choses plus rapidement. Parce que n’oublions pas que le salut risque de venir d’un gros revendeur (type Amazon ou Apple qui l’a déjà fait sur les morceaux iTunes en remplaçant DRM par tag) à ce niveau-là…

    • Le problème des mails type, c’est que c’est facile à paramétrer dans un filtre anti-spam …
      Quand à Amazon,ils se sont déjà cassé les dents sur les éditeurs, en se faisant imposer le « prix unique » à l’américaine (aka Agency Pricing).
      Bien entendu, si les ebooks continuent de prendre de l’importance et piquent des part de marché au réseau de distribution classique, les éditeurs risquent d’avoir plus de mal à imposer un embargo à Amazon sans s’asphixier eux-même.
      Alors sérieusemennt dans le court/moyen terme, je ne vois pas les éditeurs arrêter les DRMs.

  3. [private joke on] C’est un article drôlement méchant pour un suppôt des éditeurs ! A moins que ce soit une manière perverse de te faire passer pour un ennemi des éditeurs pour mieux les défendre ensuite ! [private joker off]

    Plus sérieusement, les DRM ne m’ont jamais dérangé, que ce soit pour la musique ou pour les eBooks. En général les liseuses sont compatibles. Quoique si j’achète le prochaine Kindle, peut-être pas pour les ePub… Je m’en fous, j’ai presque uniquement des eBooks sans DRM car je leur donné néanmoins ma préférence, au cas où. Je suis donc un peu entre les deux, ni éternel adversaire, ni partisan. Je suis en revanche convaincu que c’est inutile, et tout aussi convaincu que cela n’aura qu’un temps.

  4. Hé hé hé 😉 !

    C’est bien présenté ! En grande naïve, je vais envoyer à Monsieur G. le courriel proposé en rajoutant un joli ‘s’ à ‘bisou’ parce que je l’aime tellement beaucoup que je lui en fait plusieurs.

    Et plus sérieusement, merci pour tous ces articles puisque je suis en retard d’une guerre, et que ça me permet de comprendre ce qui se passe !

    • Ton commentaire ne peut me rendre plus heureux ! Si je peux t’éclairer, c’est un plaisir !
      J’ai d’ailleurs une vilaine tendance à ne pas forcément tout expliquer en détail, donc si jamais tu veux un article « éclairant » sur tel ou tel sujet (à condition que ce soit dans mes cordes bien entendu !), n’hésite pas à me le commander via les commentaires ! 😉

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