Et si l’édition numérique était vraiment l’Apocalypse ?

La pensée m’est venue subitement, lors d’une fulgurante et saisissante terreur nocturne : et si l’édition numérique était vraiment l’Apocalypse ? Et si nous autres, pauvres early adopter, stupides et fanatiques fervents du numérique, nous étions tous fourvoyés ? Après tout, il arrive fréquemment dans les films d’horreur que le gentil de l’histoire, en qui tout le monde faisait confiance, se révèle être en réalité l’assassin ! Et si le numérique nous poignardait tous dans le dos sans la moindre pitié ?

Voici selon moi les principaux avantages du numérique dans le secteur de l’édition :

  • Une diffusion facile et immédiate
  • Des investissements moindres dans la diffusion
  • Un prix du livre plus attractif
  •  Une scène littéraire plus créative
  • Une culture plus accessible

Mais ces quelques avantages ne sont peut-être que la face émergée d’un hideux iceberg. Peut-être s’agit-il juste de l’aimable sourire du gentil de l’histoire, qui se transforme en horrible rictus quand il trucide tout le monde à la fin du film. Car à bien y réfléchir, il n’est pas nécessaire d’être docteur en dextérité pour transformer ces quelques avantages en véritables couperets :

  1. Une diffusion facile et immédiate : qui se mut d’une part en un piratage généralisé, qui décourage les auteurs déjà connus et affame les plus jeunes, et se traduit d’autre part en des monopoles du livre numérique, à la Amazon ou à la Apple, qui enchainent le lecteur à des formats propriétaires et le forcent à ne plus jamais changer de crémerie.
  2. Des investissements moindres dans la diffusion : qui n’auront bonnement et simplement aucun écho pour les éditeurs. Ces derniers auront investi leur argent dans le vide car le client aura vite fait de pirater les contenus sans dépenser un cent. En auto-édition, l’économie faite sur la diffusion sera rongée par des investissements massifs dans la conception, que des éditeurs et autres spécialistes sans scrupules demanderont aux jeunes écrivains naïfs qui croyaient en avoir fini avec le compte d’auteur et seront finalement contraints de s’auto-éditer numériquement au prix du papier !
  3. Un prix du livre plus attractif : qui sera en réalité un prix du livre trop attractif, qui ne suffira pas à rémunérer le travail de l’éditeur et de l’auteur, et finira par les faire choir. Nous assisterons alors lentement à la propre destruction des pure player qui, cherchant à convaincre le lecteur rapiat, abaisseront leur prix jusqu’au niveau fatidique où ils n’entreront plus vraiment dans leur frais et, comme la petite fille aux allumettes ayant craqué sa dernière source de chaleur, s’éteindront sans un bruit.
  4. Une scène littéraire plus créative : qui s’avèrera finalement gâchée par un marché puant ! Les auteurs célèbres seront nombreux à avoir baissé la plume, écœurés par leur lectorat pirate ! Les auteurs plus jeunes seront morts de faims ou se seront rangés dans une petite vie plus saine. Les éditeurs 100% numériques jusqu’alors plein d’espoirs et d’ambition auront baissé le drapeau, laissant la place à de mauvais auteurs gratuits et autres éditeurs bassement commerciaux et sans aucun scrupule.
  5. Une culture plus accessible : qui ne sera pourtant plus une culture. Le mythe du gratuit ayant fait son chemin, les livres numériques seront alors emplis de publicités. Les petits du secteur ayant disparu, ne resteront qu’Amazon, Apple, Google, qui utiliseront les goûts littéraires du lecteur pour renseigner scrupuleusement sa fiche client. On proposera des bouteilles d’absinthe en promotion aux lecteurs des Fleurs du Mal, et des lots de sextoys aux lectrices de Madame Bovary… Ainsi s’en sera allée la culture !

Un grand merci à Jiminy Panoz, qui bien malgré lui m’a inspiré cet article… et cette terreur du numérique ?! Quoi qu’il en soit, ce grand gaillard s’y connait méchamment plus que moi en édition numérique, alors suivez-le sur Twitter !

Retrouvez ici une réponse de TheBookStory a cet article !

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15 réflexions sur “Et si l’édition numérique était vraiment l’Apocalypse ?

  1. Mais… ça fait peur ! Tu devrais avoir honte quand même, décourager les gens comme ça ! 😉
    Bon ya du vrai aussi… hélas.

    J’ai un doute: as-tu lu l’échange mail que j’ai eu avec Jiminy à propos du gâteau de mariage et de la pub dans les bouquins ? parce que c’est exactement ça… me semblait pas que tu étais dans la discussion, mais peut-être (je suis une bouse avec les cc, les cpascachées et tout ça) ou alors ce sont des sujets récurrents chez lui 😛

    • Option 2 : sujets récurent ! Cela vient d’une mini discussion que nous avons eu par mail hier. Je soupçonne Panoz d’être un bot : il envoie les mêmes messages à tout son carnet d’adresses, avec des réponses pré-conçues, si bien que nous avons tous les mêmes conversations avec lui ! 😉

  2. Bon, je tiens quand même à dire que notre discussion était sur un tout petit point et que Sediter, ce modeste, a vraiment enrichi sont article à 98% 😉

    Ceci est mon commentaire le plus court jamais posté. Champagne pour tout le monde !

    • « Les gens qui achèteront là-bas de mes ouvrages l’achèteront dans une version amoindrie, sans TOC visible ; ça les regarde. »

      Humblement, je dirais mauvais calcul et ça ne reste bien évidemment que mon avis. Le truc prend deux minutes à faire. Mais, plus important, c’est toujours vers toi que se retournera le lecteur pour t’en mettre plein la gueule et te faire une sale réputation.
      Je parle d’expérience vu qu’on a déjà été confronté à cette situation, pour ce qui est des toc Kindle ou de la non-disponibilité dans les stores étrangers où les prix gonflés dans certains pays sans qu’on ne puisse rien y changer… A chaque fois, c’est nous qui nous en sommes pris plein la gueule, avec le livre numérique fourni gratuitement à la personne qui se plaint parce que c’est la seule chose que nous pouvons faire pour les satisfaire. Qu’importe la raison, ils n’en ont tout simplement rien à faire, tu es responsable, tu es même parfois coupable… Sérieusement, on a déjà eu des gens qui critiquaient un store pour leur philosophie mais achetaient quand même dessus (sic).

      Peut-être que je suis trop pragmatique et je respecte bien évidemment ta décision (plus que tout, en fait, j’en viendrais même à t’applaudir) mais perso, décidé de faire des compromis pour satisfaire le lecteuret lui proposer des fichiers de qualité égale quand possible, peu importe la boutique qu’il privilégie. NB : me fais même traiter de fanboy pour ça, c’est dire…

      Et puis, entre nous, si on devait publier sur des critères éthiques, on ne publierait chez personne. On parle d’Amazon parce qu’ils ont un format proprio, mais chez les autres, c’est pas beaucoup mieux dans d’autres domaines voire même sur l’usage qui est fait du standard EPUB…

  3. Tout dépend, finalement, pourquoi on écrit. On peut tout à fait écrire sans visées pécuniaires.

    La question devient totalement cruciale quand on s’interroge sur « comment éditer sans crever ? » quand on espère gagner sa vie avec cette occupation… Face aux piratage ; face aux comportements veules de la clientèle d’Amazon incitée à détruire l’éditeur ; face aux géants du secteur qui entendent tout détruire – sans doute au nom de la concurrence libre et non faussée – l’éditeur indépendant est condamné à oeuvrer pour la gloire et pour la survie de l’art, point final.

    Ou alors le législateur fait son boulot, et modère les appétits incroyables d’Amazon, Apple etc. en taxant à mort ces gros monstres, pour reverser le produit de la taxation auprès des petits distributeurs, des libraires détaillants, de ceux qui font vivre une cité. Rêvons bien fort.
    Personnellement, je viens de décider de ne pas toucher à un seul bout de code pour adapter mes ePubs aux spécifications requises pour pénétrer gentiment l’écosystème Amazon. Les gens qui achèteront là-bas de mes ouvrages l’achèteront dans une version amoindrie, sans TOC visible ; ça les regarde. Pour la bonne version, qu’elle soit payante ou piratée, elle existera au format libre. Vive l’Internet ouvert.

    Cette année promet d’intéressantes discussions. Merci à tousses !

    • Bien d’accord avec toi ! La plupart des auteurs n’écrivent pas pour l’argent (et heureusement car beaucoup seraient déçus !). Dans l’histoire, les éditeurs sont peut-être le plus à plaindre car eux, contrairement aux auteurs, auront plus de mal accumuler avec un autre boulot. Bref, on parle bien de passions ici, mais est-ce que ça n’a pas toujours été le cas dans la littérature et l’édition ?
      Bien entendu, le ton de mon article est volontairement ironique, rares sont les auteurs à vivre de leurs plumes, et ceux qui osent se plaindre du piratage de leurs propres livres sont souvent hués par la foule qui les prend pour des rapiats et des escrocs commerciaux. Bref !

      En tout cas, j’espère bien que cette année sera plein d’intéressantes discussions, et d’amusantes découvertes !

      Merci pour le commentaire !

  4. Intéressant, et les commentaires tout autant…
    En vous lisant je m’interrogeais à propos de ce que pourrait bien penser les « premiers » auteurs/écrivains ? bien avant l’imprimerie ….les modèle d’éditions actuels anciens et nouveaux …. sur le désir ou plutôt le besoin de s’exprimer , l’importance d’être lu ……et je me dis que c’est tout à fait intéressant ce qui se présente à nous ….comme si on s’éveillait d’un long et lourd sommeil, comme si on renouait avec le sens primordial de l’écriture plus largement de la création culturel , la libération de ce « formatage contraint » du modèle classique d’édition.
    Des écrivains/compositeurs/etc… qui travaillent, des travailleurs qui écrivent/composent/dessinent/etc… et qui maintenant ont tout loisir de s’exprimés sur la toile ….
    Pas de naiveté béate sur les nouveaux enjeux, mais quand même …il y a 15 .. 20 ans je n’aurais jamais pû écrire tout ça …je n’en aurais pas eu la possibilité 🙂

    Bonne année numérique ou pas 😉

    • Je me souviens que mon prof de philo disait que les philosophes étaient forcément des gens riches, car ils avaient le temps de philosopher. Je suppose que les écrivains étaient les mêmes à l’époque. Au temps des hommes préhistoriques, je pense que ceux qui peignaient sur mes murs devaient être de gros fainéants trop flemmards pour aller chasser.

      Plus sérieusement, vous touchez là un sujet très intéressant. Il est vrai que les motivations d’écriture ont certainement changé ce dernier siècle et ces dernières années. Il est clair qu’aujourd’hui, il est plus facile d’être lu qu’à une certaine époque. J’en veux pour preuve que vous êtes tombé sur les quelques lignes de cet article sans doute en partie par hasard, sans me connaître ni d’Ève ni d’Adam.
      Si bien qu’on peut se dire : oui, l’auteur n’écrit plus forcément pour être lu, puisqu’il n’y a pas besoin d’écrire un livre pour être lu. A moins qu’il y ait aussi une question d’ego : de se voir imprimer, d’être lu par des milliers de personnes ?

      Merci pour votre commentaire et bonne année à vous !

  5. Bonjour, je m’intéresse à l’impact socio-culturel du numérique, et notamment à la question du livre numérique. Article intéressant et significatif.
    La grande question au fond, c’est la culture et aussi la littérature. Le numérique s’empare de la culture et de la littérature en l’augmentant. Mais, dans ce processus de mutation, est-ce bien toujours de culture ou de littérature qu’il s’agit? En fait, Il y a un changement radical d’écosystème et la technologie numérique constitue elle même une rupture radicale avec les techniques et médias traditionnels. On se demande si l’écriture littéraire classique (par exemple écrire des romans) est finalement adaptée à cet univers.
    C’est comme si le numérique représentait un piège, nous abusant avec ses facilités trompeuses. On peut écrire et publier ce qu’on veut mais qui nous lira et achètera nos textes?
    Et puis les termes mêmes sont biaisés ou ambigus dans ce débat. Le terme même de livre numérique me paraît suspect. Lire ou Acheter un livre numérique, ça veut dire quoi, sinon acquérir un fichier numérique (epub ou pdf) en passant par un canal et terminal numérique. L’utilisation du mot livre laisse penser à un référent matériel, mais on ne parle pas de la liseuse ou du terminal. Rien à voir avec le geste d’acheter un livre donc.
    Quant aux éditeurs, ils n’ont aucune raison d’exister dans ce nouveau monde. Le numérique dessine à terme un système où un auteur publiera directement via son blog. Mais on peut se demander si il sera toujours un écrivain au sens classique. Y aura-t-il même encre des écrivains?

    A ce sujet,lire (en anglais) le point de vue d’un auteur anglais qui va dans le sens de votre terreur nocture:

    http://www.guardian.co.uk/books/2011/aug/22/are-books-dead-ewan-morrison

    • Merci pour votre commentaire très intéressant.

      En effet, le numérique pourrait impacter sur la culture, mais c’est une idée que j’ai du mal à intégrer. J’ai déjà lu des excès des deux côtés : certains disent que le numérique tue la littérature, d’autres disent qu’un auteur contemporain ne peut exister/écrire sans Internet. Pour ma part, les deux théories me paraissent hasardeuses. Certes, la technologie et l’environnement ont certains impact sur les auteurs, mais les « grands auteurs » de la littérature nous paraissent finalement toujours actuels à la lecture, et n’évoquent pas forcément leur environnement technologique à tout bout de champ. Tant que l’humain reste au centre des préoccupations, la littérature restera.

      La problématique « la littérature classique est-elle adaptée à cet univers ? » va toucher essentiellement les ebooks enrichis (musique et vidéo dans l’ebook) qui risquent de changer l’expérience de lecture et d’écriture. Pour le reste, un classique se lit de la même manière ou presque sur une liseuse que sur un livre papier, si bien que je ne m’en fais pas pour l’écriture. Le terme « livre numérique » a d’ailleurs selon moi toutes les raisons d’exister pour la simple raison que le terme « livre » peut concerner tant le contenu que le contenant. Un livre papier vierge est certainement moins considéré comme un livre qu’un livre numérique. On achète généralement un livre non pas pour son papier mais pour son contenu, dans ce cadre acheter un livre numérique a tout à voir avec le geste d’acheter un livre de poche.

      Quant à la place de l’éditeur, elle est toujours d’actualité (je sais, cela peut paraître paradoxal pour quelqu’un qui fait un blog sur l’auto-édition…) pour la simple raison que l’éditeur ne se contente pas uniquement de faire imprimer le livre (c’est ce que le numérique lui prend… ou plutôt prend à l’imprimeur, qui est le plus à plaindre) mais aussi de le diffuser via ses réseaux (que l’auteur lambda n’a pas), et avant même tout cela de le relire, de le faire corriger, etc. L’éditeur sera toujours là pour assurer une certaine qualité au lecteur et par là-même sans doute de mettre en avant la littérature.

      Merci pour ce lien, ce débat reste vraiment intéressant. Si vous-même avez écrit des choses sur le sujet, n’hésitez pas à m’en faire part !

      • Haha, je peux répondre à ça.

        En fait, il faut vraiment considérer que les « livres enrichis » (je n’aime pas le terme, soit dit en passant) sont une nouvelle « niche ». Dans le terme de « niche », il y a bien sûr l’idée de « volumes réduits ».
        De fait, l’essentiel problème, c’est que les lecteurs ont dans l’idée que le livre est voué à se voir ajouter de l’audio, de la vidéo, des animations, etc. Bon, pourquoi cette idée ? J’ai ma petite conclusion perso : ceux qui l’annoncent ne basent généralement leur article / édito que sur leur seul ressenti sans jamais aller chercher plus loin (des chiffres chez les éditeurs qui en font, par exemple). Et ces « leaders d’opinion » sont souvent des gens qui ont un intérêt distant au livre (sites high-tech ou site Apple). En gros, c’est un peu de la méthode coué : « je le dis donc ça arrivera ». Pour 2012, ils annoncent déjà tous l’explosion du livre interactif sous forme d’application iPad… Sauf que si ces messieurs prenaient les chiffres (depuis plusieurs mois) en compte, ils annonceraient juste l’échec du livre enrichi.

        L’enrichissement va de soi pour certaines catégories de livre : la non fiction, les manuels scolaires, etc.
        Sur la fiction, on est tout simplement sur une nouvelle forme de narration et foutre de la vidéo et de l’audio dans un livre n’apporte rien, ce que le public fait bien comprendre d’ailleurs. Il faut complètement repenser la chose et en faire quelque chose de nouveau. Un peu comme au début de l’informatique grand public, quand les premiers jeux étaient des sortes de livres dont vous êtes le héros avec du contenu purement textuel et des histoires qui résultaient des choix du joueur.

        Je me permets de reprendre un concept du livre « Internet rend-il bête » de Nicholas Carr : « l’usage de la toile sollicite plus les zones du cerveau consacrées à la prise de décision que celles liées à la mémoire, favorise la lecture en diagonale, la pensée hâtive ou distraite; et l’apprentissage superficiel. »
        Personnellement, j’aurais tendance à voir le livre enrichi comme un « neveu » d’internet, le liant étant l’écran. Tout l’enjeu réside donc à faire travailler les zones du cerveau consacrées à la prise de décision et celles de la mémoire, ce que le jeu vidéo fait finalement plutôt bien aujourd’hui. Mais, le livre enrichi n’est pas un jeu vidéo pour autant. C’est un dérivé du livre qui va piocher des concepts ici et là pour s’émanciper et naître comme une nouvelle forme de narration. Et, bien évidemment, la cible de « lecteurs » est bien différente des lecteurs traditionnels, bien que ceux-ci puissent ressentir une certaine curiosité à l’égard de ce nouveau média. Donc il n’y a vraiment aucune peur à avoir quant à la disparition du livre tel que nous le connaissons. Il voit juste arriver un petit frère dans la famille, et ce petit frère aura ses copains à lui, il ne lui les volera pas.

        En fait, la plus grande peur qu’il y a à ressentir avec cette nouvelle forme, c’est celle de se planter. L’auteur n’est plus un auteur, mais un « storyteller » et il doit donc descendre dans son labo pour faire de la recherche. En général, les auteurs n’aiment pas ça parce qu’ils ne se sentent pas capables, sauf exceptions (Dos Passos et consorts, voire ceux qui sont passés d’une discipline (livre) à l’autre (cinéma, télévision, etc.).
        Du coup, les rejets primaires exprimés ici et là me chagrinent un peu. A ceux qui disent ou écrivent « Je n’en veux pas », j’aurais parfois envie de répondre « Tant mieux. De toute manière, ça ne te concerne pas. » Si on avait écouté ces rejets dans le passé, nous n’aurions pas de bande dessinée ni de cinéma (on rappelle que le cinéma muet faisait un usage quasi littéraire des mots ?). Ce n’est même plus un concept d’homme qui refuse l’évolution, on est sur un concept d’homme qui refuse un nouveau moyen d’expression qui est voué à être utilisé par d’autres. Désolé, mais je considère quand même que si on peut créer un nouveau moyen d’expression pour les « artistes », on doit l’encourager, surtout à une époque où certains n’ont pas le droit de s’exprimer dans leur pays, peu importe le moyen (cinéma, livre, musique). Finalement, ce qui me peine le plus, c’est le paradoxe qui existe à ce niveau : ce sont souvent ceux qui critiquent les « lecteurs papier qui ne comprennent pas le livre numérique » qui vont exprimer leur opposition au « livre enrichi ». Là, faudra quand même qu’on m’explique la logique vu que la base philosophique des deux choses est la même : une nouvelle forme pour diffuser la culture, et d’un autre côté, une même peur apocalyptique de disparition du livre que nous aimons comme il est. Si le numérique ne tue pas le livre, alors le livre enrichi ne le tuera pas non plus… comment peut-on imaginer le contraire ?

        Bref, oui, pour conclure, le boulot de narration change pour l’auteur. Mais il ne changera que pour l’auteur qui en fera volontairement le choix.
        Quant aux éditeurs, ils ne sont pas prêts de disparaître puisque ce sont eux qui prennent la plus grosse part du gâteau numérique. Les indés vendent toujours moins cher alors que les gros remontent le prix moyen. Au final, en 2011, il y a de moins en moins d’indés qui se retrouvent dans le top 100 des revendeurs, d’autant qu’ils sont ultra-dépendants à Amazon. En parallèle, ils se professionnalisent de plus en plus et payent des factures à des prestataires de service (designer, correcteur, etc.). On ne le rappellera jamais assez, l’auto-publication doit être un choix assumé, et certains n’en peuvent déjà plus et signent avec des éditeurs parce qu’ils ne supportent plus toute la partie marketing et administrative à prendre en charge. Ils en sortent lessivés et préfèrent donc signer un joli contrat d’édition. D’ailleurs, ils ne gagnent pas forcément moins… mais ils en font également beaucoup moins. Il serait, je pense, illusoire de considérer l’auto-publication comme un modèle voué à absolument tout remplacer, c’est seulement une nouvelle possibilité et ça va durer des dizaines d’années comme ça. Il y a même un petit risque que les lecteurs se mettent à rejeter le modèle si les abus se multiplient. En gros, quelques uns qui déconnent et tout le monde est puni.
        Malheureusement, c’est devenu un nouvel eldorado et il ne tient qu’aux gens de redoubler d’honnêteté pour évacuer cette idée-là. Nous voyons souvent les modèles alternatifs élevés au rang de révolution qui va complètement changer les paradigmes que nous connaissons, mais il ne faut pas oublier que la révolution, c’est un changement massif des mentalités. La révolution n’est pas dans l’objet, le produit ou le service mais dans sa démocratisation auprès du très grand public. Tout le reste, c’est de la littérature marketing. Combien de choses décrites comme « révolutionnaires » ont été rejetées du public ? Bien plus que de produits présentés comme révolutionnaires et qui le sont réellement devenus.
        Là, c’est la même chose, si les lecteurs pensent qu’ils ont besoin d’éditeurs, ils ne mourront pas. Et s’ils tombent sur 3 ou 4 livres auto-publiés très mauvais (un éditeur peut également publier quelque chose de très mauvais, ne l’oublions pas), ils seront loin de voir l’auto-publication comme une révolution. Tout réside dans la vision de la société dans son ensemble. Et vu la hype 2011 de l’auto-publication, ça reste quand même plutôt mauvais signe de voir que les ventes s’écroulent pour certains : ça veut dire que les mentalités n’ont pas tant changé que ça.

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