Voici les morts qui dansent

Ne le cachons pas : côtoyer le club des lecteurs numériques est très pratique pour découvrir de nouveaux livres, de nouvelles collections ou même de nouveaux éditeurs. Cette fois-ci, la découverte était d’autant plus facile que le nouvel éditeur en question n’est autre qu’un membre du club : Daniel Ducharme pour être précis, créateur des Editions ÉLP (pour « Écouter, Lire, Penser » : un vaste programme !). C’est par sa rencontre que j’ai pu me procurer Voici les Morts qui dansent, un recueil de nouvelles écrit par Allan E Berger et publié par les éditions susmentionnées, livre que j’ai choisi uniquement en fonction de son titre, et en voyant la sacro-sainte mention de « recueil de nouvelles », genre que j’affectionne particulièrement.

Voilà donc comment je m’en retrouve à vous présenter Voici les morts qui dansent, recueil de six nouvelles au nom énigmatique qu’il m’est franchement difficile de vous décrire ici… Voici les morts qui dansent, nous écrit l’auteur avant lecture, relate six « traversée[s] au pays des morts », toutes apportées par des rêves. Soit !

J’affronte donc pleinement ces six visions avec une énergie farouche et indisciplinée, moi qui plongeais dans ce recueil sans vraiment savoir à quoi m’attendre. La première nouvelle : Les deux capitaines, nous plonge dans une atmosphère nimbée de mystère, à grand renfort de grottes, d’anciennes armées et d’apparitions du passé. Celle-ci terminée, je pense avoir compris l’âme de ce recueil, mais suis surpris en lisant la nouvelle suivante Sur la chaussée, qui décrit, sur une écriture nettement plus proche des codes du théâtre que de ceux de la nouvelle, une improbable rencontre entre Voltaire et Socrate, dans des Limbes qu’aurait créé l’auteur. L’histoire suivante me décontenancera tout autant, et ainsi de suite jusqu’à la fin du recueil…

Pour donner un avis général, et sans détailler nouvelle par nouvelle : j’ai trouvé que, en tant que telles, les différentes nouvelles de ce recueil étaient plutôt réussies. Néanmoins, Voici les morts qui dansent me paraît être un recueil plutôt capricieux, qui tient plus d’un groupe d’histoires assemblées ensemble plutôt que d’un recueil à proprement parler, c’est à dire avec des nouvelles au but et aux aspirations communes. Second reproche que je ferai à ce recueil : certaines nouvelles, telles que Sept coups ou Les réprouvés, me paraissent totalement opaques. Je ne pourrais dire si elles sont bonnes ou mauvaises, et me contenterais donc de dire qu’elles ne me touchent pas.

Pour le reste : impossible de dire qu’Allan E Berger ne maîtrise pas sa plume ! L’écriture est belle et recherchée, et on sent que le texte n’a pas vocation à être superficiel. Par ailleurs, la disparité des textes a au moins l’avantage de donner un aperçu de ce que peut offrir l’auteur. Je pense ici notamment à Sur la chaussée, dont l’écriture « théâtrale » interpelle particulièrement, ou encore à Roternum Pass, qui n’est autre qu’une histoire de zombies très littérairement dissimulée !

Je ne saurais vous dire si je recommande Voici les morts qui dansent ou non. Je ne suis pas sûr qu’il ravira les amateurs d’aventures, d’évasion ni même de nouvelles à proprement parler, mais il contentera je pense les gens à la recherche d’une plume, de quelques concepts et d’un peu de mystère. J’ai promis à Danièle Ducharme de m’attaquer à Cosmicomedia, roman d’Allan E Berger, si Voici les morts me plaisait… Vous risquez donc de trouver ici une revue de Cosmicomedia dans quelques temps !

Vous pouvez découvrir un extrait de Voici les morts qui dansent sur le site de l’éditeur. Vous trouverez le recueil sur Immatériel, pour la modique somme de 5€ !

Pour la petite histoire : avant quelques échanges de mails avec Daniel Ducharme, je n’avais pas l’impression de connaître les éditions ÉLP, et le nom d’Allan E Berger -auteur d’un livre choisi arbitrairement dans un catalogue inconnu- ne me paraissait pas plus familier que cela… jusqu’à ce qu’en fouinant sur le forum lire-numerique (créé par notre ami TheSFreader), je réalise qu’Allan E Berger porte parfois le pseudonyme Alabergerie, qui lui m’était nettement plus familier pour l’avoir déjà rencontré au détour de commentaires d’articles et autres posts de forums. Tout cela m’a mené à deux conclusions :

  1. Le monde de l’édition numérique française est encore diablement petit
  2.  L’auteur numérique français se doit de mener sa propre vie virtuelle, sur Internet et les réseaux sociaux, en parallèle de toute la promo que peut faire son éditeur. C’est au fond la meilleure manière de se faire connaître et pour l’éditeur et pour l’auteur…

Retour écrit pour le club des lecteurs numériques

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6 réflexions sur “Voici les morts qui dansent

  1. Je suis d’accord avec l’auteur de ce billet ; dans mon recueil il y en a pour tous les goûts, et l’on n’aime donc pas tout, c’est clair et net. J’en connais qui n’accrochent pas à la « chaussée » mais qui bondissent sur « les réprouvés », comme par exemple ma consoeur Aline Jeannet ; j’en connais que « Rottenturm Pass » laisse de marbre mais qui porteront « Le passage de Reichenberg » au pinacle, comme l’ami Daniel Ducharme.

    Et voici pourquoi tant de disparités : la seule chose qu’ont en commun ces histoires de fantômes, de goules, de démons et de sorcellerie est qu’elles sont apparues de manière onirique, alors que je travaillais sur un roman qui se passe, disons, post-mortem. Alors donc : au fil de mes préoccupations littéraires, à l’intérieur de la conception de ce roman, des fruits naissent, impressionnés par les sursauts du monde extérieur qui bouge et qui zigzague. Qu’en faire ? Je ne peux pas les inclure dans la trame du grand récit. Je ne peux pas non plus les semer dans divers recueils, ils n’y trouvent pas leur place, ils sont trop pleins d’ombre… Nés à différents moments, sous différents enjeux, avec différentes humeurs, ils n’ont que cette ombre finalement pour les réunir. Très bien, ce sera donc un recueil d’ombre, avec six stations contrastées.

    Voyez donc ce livre comme une promenade en train fantôme : ici un dinosaure, là un crétin habillé en gorille, et après un violent virage, des squelettes au milieu de gerbes d’étincelles, suivis de près par de doucereux attouchements dans la nuit au milieu d’un tunnel plein d’araignées tandis que des hurlements lugubres ondulent sous les voûtes. C’est la foire.

    Alors, puisque vous n’êtes pas coincés à bord d’un wagonnet dans le train fantôme, vous n’avez pas l’obligation de vous manger d’une traite. Grapillez au hasard, en espaçant les prises.

  2. Ça me rassure de ne pas être le seul à parfois avoir du mal à dire si c’est bon ou mauvais ! Comme toi, je préfère alors dire que ça ne me touche pas…

    On voit bien que tu te fais plus rare sur Twitter : Allan E. Berger (ou Allabargerie) et ELP Editeur me sont tout à fait familiers 🙂

    • Oui tu as raison, c’est souvent difficile de dire en quoi un texte est mauvais. En tant que membre d’un comité de lecture, souvent je lis des choses qui ne me soulèvent pas un sourcil, et que pourtant d’autres aiment vraiment. Que faire alors ?

      Perso, tant que je ne suis pas scandalisé par un texte, je ne le descends pas, contrairement à ce que font nos bons amis les critiques littéraires du Monde, de l’Obs, Télérama, le Masque et la Plume etc.
      Si je ne suis pas touché eh bien mon dieu je le dis, et l’on voit alors ici que c’est peut-être mon goût qui est responsable de cette froideur, et non pas quelque vice indiscutable qui surplomberait l’oeuvre.

      Laurendeau mis au point une petite liste de choses à regarder pour évaluer un texte ; il n’est pas inutile de se la copier dans un coin. La voici : http://lc.cx/i5

      • @Allan E Berger Merci d’avoir pris le temps de répondre ici. Belle défense de votre ouvrage !
        Je maintiens que cette trop grande disparité est dommage pour un recueil, même si je suis sûr que certains aimeront l’ensemble des nouvelles de cet ouvrage.

        Tout à fait d’accord avec votre vision de la critique à tous les deux : si c’est bien écrit et que ça tient la route, autant simplement reconnaître que ça ne nous touche pas plutôt que de se prétendre universel en disant que c’est mauvais.

        @JBB Et oui, si j’avais plusieurs vies j’en passerai sans doute une sur Twitter, mais ça devient plus difficile ! 😉

      • A partir du moment où je ne peux pas expliquer de manière argumentée pourquoi un texte est mauvais, je me garde encore plus de le dire ! Dans ma liste de lecture, deux ouvrages ont été dans ce cas : La Couleur de l’oeil de Dieu de Chris Simon, et L’Homme est un mâle comme les autres de Pierre Cinq-Mars.

        Enfin, il existe aussi des textes qui ne sont pas publiables en l’état, sans être mauvais !

  3. Pingback: À PUBLIER – Un éditeur vous demande d’évaluer un ouvrage de fiction et d’en recommander (ou non) la publication. Vous faites comment? « Le Carnet d'Ysengrimus

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