Qui sont les méchants du numérique ?

Il y a quelques jours, je vous présentais un article qui décrivait vaguement les pirates et leurs coutumes, sans pour autant trancher sur une vraie question du numérique : les pirates sont-ils vraiment les seuls mauvais de l’histoire ? Certes, nous voyions déjà que certains pirates n’avaient rien de recommandable, mais cela n’est pas suffisant. Creusons encore le sujet pour nous y retrouver !

Face à une thématique si complexe et profonde, qui touche tant de domaines que je ne maîtrise pas forcément (économie, culture, informatique, social, etc.), j’ai pris le point de vue qui me paraissait le plus sûr et le moins hasardeux : celui d’un enfant ! En effet, ne dit-on pas que la vérité sort toujours de la bouche des enfants ? Partant de ce principe, je préfère -plutôt que de m’hasarder dans des thèses compliquées et autres raisonnements tortueux à base de mots savants et imprononçables- raser les pâquerettes pour démêler le vrai du faux.

L’enfant de base est pragmatique et, pour dénouer une situation compliquée, il commence par se poser la seule vraie question : qui est le méchant ? Exemple : pour comprendre l’une des œuvres cinématographiques les plus marquantes de ce siècle : le Roi Lion (une complexe histoire de rivalités, de souveraineté, de passion et de lutte des peuples), l’enfant lambda commence par identifier les méchants. Après une rapide analyse, il comprend qu’il s’agit de Scar et des hyènes (ce qui n’était pas forcément évident au départ, car Timon et Pumba étaient avouons-le plutôt suspects), et peut ainsi comprendre la profondeur du film.

Les acteurs en présence

Concernant le numérique, j’ai donc commencé par lister les principaux acteurs, et ils sont nombreux ! Industriels de la culture, artistes, Gouvernements, pirates, consommateurs, Hadopi, FBI… Nous voilà d’ores et déjà plongé dans une enquête digne des plus longues parties de Cluedo de l’histoire du jeu de société !

Les pirates

Commençons pas les pirates, les premiers méchants de l’histoire. Les pirates volent des fichiers par centaines de milliers, dans un pillage en règle, généralisé. Les pirates créent d’autres pirates, et se répandent comme la mauvaise herbe sur la toile. Ils échangent, partagent leurs fichiers. Certains s’enrichissent, d’autres non, mais tous agissent dans la plus parfaite illégalité. Les pirates pillent les industries culturelles, font mourir les artistes, représentent un immense manque à gagner. Les pirates sont méchants, de vrais méchants avec des cicatrices et des mines patibulaires, si bien qu’ils méritent bien leur nom. Voilà qui est dit !

FBI (et autres corsaires !)

Mais est-ce que cela fait logiquement de ceux qui les poursuivent les gentils de l’histoire ? Il y a peu, le FBI fermait Megaupload et arrêtait ses créateurs. La nouvelle me laissait plutôt stoïque, mais j’ai vite réalisé qu’elle générait des milliers de réactions négatives. J’entendais le peuple, les braves gens, crier à l’injustice. Le FBI venait de fermer un accès gratuit à la culture pour tous, sans vergogne. Qui plus est, il s’occupait précisément de ce dossier quand il y avait tant d’autres choses à faire : combien de sites pédophiles rongent encore la Toile ? Combien de réseaux de prostitution, de drogues ou que sais-je encore ne demandent qu’à être démantelés ? Pourquoi s’en prendre aux pirates qui eux ne mettent personne en esclavage et ne tueraient même pas une mouche ? Il y a quelque chose de louche derrière tout ça, si bien que je peux justement dire que les gars du FBI sont aussi des méchants.

Les industriels de la culture

Remontons la chaîne alimentaire pour être sûr de cette info : le FBI bosse pour le Gouvernement, et son action profite essentiellement aux Industriels de la culture, à Hollywood et compagnie, à des mecs en costume qui fument sûrement des cigares. Ils n’ont pas l’air nets ceux-là ! Est-ce moi où les places de ciné ont triplé de prix ces dernières années ? Pourquoi ais-je l’impression que le prix de ma place pour aller voir Space Jam à l’époque me permettrait à peine d’acheter le quart d’un paquet de pop corn aujourd’hui ? L’industrie du cinéma n’a jamais généré autant de profits… Et pourtant, ils en veulent plus ? Mettons d’ailleurs la musique et le reste dans le même sac. Les éditeurs qui se plaignent le plus du piratage et placent des DRM sur leurs livres numériques, ce sont bien les plus gros éditeurs français ? Ceux qui vendent leurs livres par milliers ? Merde, les industriels n’en veulent qu’à notre argent, les cupides qu’ils sont ! Eux aussi sont vraiment méchants !

Et l’artiste ?

 Je commence à voir le tableau : les méchants pirates pillent les produits culturels, si bien les méchants industriels corrompent les méchants gouvernements qui envoient les méchant FBI (et assimilés…) lutter contre les méchants pirates plutôt que de lutter contre des méchants plus méchants encore. Mais l’artiste dans tout ça ? Spontanément, je dirai qu’il est le gentil de l’histoire, mais mon raisonnement d’enfant ne se fera pas avoir sur ce coup, car Scar aussi était présenté comme un gentil au départ !

L’artiste, qui se présente comme une victime, en est-il forcément une ? Ce qui me met la puce à l’oreille quant à sa probable méchanceté, c’est le fait qu’il travaille pour le méchant Industriel. L’artiste s’insurge, se rebelle, se plaint de voir ses œuvres pillées, certains artistes menacent même de ne plus rien produire si on les pirate… Une minute les enfants, on parle bien de culture n’est-ce pas ? C’est plutôt méchant d’impliquer le vilain mot « argent » quand on parle de culture. Après tout, si l’artiste voulait faire de l’argent, pourquoi ne s’est-il pas lancé dans une autre carrière ? Car c’est bien beau de jouer de la musique, de faire des films et tout ça, mais pendant ce temps là, il y en a qui bossent, et qui font pas forcément des boulots gratifiants, loin de là !

Par ailleurs, si je ne m’abuse, certains artistes gagnent bien leur vie, même scandaleusement bien. Et ceux-là voudraient quand même prendre l’argent des pauvres gens qui bossent ? Et quand bien même certains artistes crèveraient de faim, les artistes outrageusement riches pourraient leur filer un peu du magot, ils en auraient largement les moyens. Où est passée la solidarité artistique ? Au lieu de ça, Lady Gaga préfère acheter des robes en viande, et on devrait encore payer pour ça ? Non vraiment, les artistes me paraissent également très méchants dans cette histoire. D’autant plus que j’ai ouï dire que certains d’entre eux pirataient eux-aussi… Pas très fair-play tout ça !

Reste le tout dernier acteur : le consommateur de culture, celui dont on attend qu’il paie, et qui est donc finalement à l’origine de tout ces problèmes, qui en est l’enjeu. Cela risque de vous surprendre, mais lui aussi est méchant. A vrai dire, je ne saurai pas vraiment dire pourquoi. Tout ce que je vois, c’est que le consommateur est sans arrêt sermonné, qu’il subit les politiques du Gouvernement, qu’il est fliqué par le FBI, surveillé par les Industriels, sollicité par les artistes. Pour qu’on lui fasse si peu confiance, il faut qu’il soit foncièrement mauvais…

Conclusion

Voilà, j’espère ne pas vous avoir gâché le film en vous en dévoilant trop sur ses personnages. Vous qui passez ici, qui que vous soyez, vous devez certainement me détester d’une manière ou d’une autre à la lecture de cet article. Je vous laisse le soin de démêler le vrai du faux, moi-même je m’emmêle un peu les pinceaux à force d’évoquer le sujet. Ce que j’arrive à comprendre en tout cas, c’est qu’il suffit d’être un gosse de cinq ans pour réaliser qu’il n’y a ni bon ni gentil, et que le « problème » du piratage culturel (en est-il vraiment un ?) ne peut tout simplement pas être résolu, ni dans un article puéril comme celui-ci, ni dans un article plus compliqué, ni dans un débat, et encore moins dans un programme politique. Mais qui sait, tous les « méchants » de cette triste histoire finiront peut-être un jour par trouver un compromis…

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