Le pirate ne nous veut-il que du bien ?

Ces derniers temps, le sujet du piratage est vraiment à la mode. Le temps passe vite. Je me souviens qu’il y a quelques mois, au lancement de ce blog, on lisait déjà beaucoup de moqueries à propos d’Hadopi, moqueries souvent très bon enfant, et que je soutenais à 100%. Aujourd’hui, les réactions sont toujours aussi négatives – rien n’a vraiment changé, il n’y a pas de raison. Mais je garde l’impression que le sujet du piratage est nettement plus populaire, notamment grâce à l’action des Anonymous et, plus récemment, avec la fermeture de Megaupload.

Il aura donc fallu attendre la fermeture de Megaupload pour qu’un grand nombre de ses utilisateurs décident de parler de piratage, de réfléchir à l’acte de piratage, mais aussi à de penser à la diffusion de la culture. Megaupload ferme, et des milliers, des millions d’internautes deviennent soudain les porte-paroles de la diffusion de la culture, les détracteurs d’un régime fasciste et centré sur le fric, régime totalement corrompu et contrôlé par les méchantes majors de la culture.

Les Anonymous deviennent des héros des temps modernes, on les vénère, on les glorifie tout en maudissant leurs ennemis. Sans même y réfléchir sérieusement. Les Anonymous ont un masque marrant, ils sont contre Hadopi et Compagnie, pour la liberté d’expression et tout ça tout ça : ils ne peuvent qu’être gentils !

Lisez donc les commentaires d’articles de presse évoquant ce mouvement de hackers, tant de messages de soutien, si peu de détracteurs. Je n’ai pu réprimer un sourire en tombant enfin sur un commentaire négatif vis à vis des hackers, sur cet article du point qui explique justement que les Anonymous ont réussi à pirater les boîtes mails de l’Hadopi, embarrassante histoire pour cette dernière. Ce commentaire, je me permets de le reproduire ici car cela m’épargnera d’avoir à écrire quelque chose de semblable pour dire la même chose :

Gelatine le 14/02/2012 à 12:53

Méthodes de fascistes, ni plus ni moins !

Ces Anonymous sont de véritables fascistes, dignes héritiers de toutes les polices politiques intérieures de toute les dictatures. Ils sont en train de recréer l’état totalitaire qui décachette les enveloppes transitant par la poste : inadmissible ! De plus leurs façons de pirater sont à la portée du premier imbécile venu qui passe plus de 10 minutes sur la toile mais moins d’une heure. Pirater le courrier non crypté est très simple. Si vous êtes administrateur du site ou du fournisseur d’accès de votre victime, il vous suffit de lire ses mails en ouvrant sa boîte. Où est l’exploit ? Des complicités chez ces informaticiens de base prêts à jouer aux héros, les Anonymous en ont probablement des milliers. Maintenant il devient indispensable, et on le voit avec ces inquisiteurs, de crypter son courrier. Les entreprises devraient obliger leurs employés à le faire en mettant en place les systèmes simples qui existent déjà. [… ] Je ne soutiens pas Hadopi mais ne supporte pas ces faux justiciers.

Enfin ! Enfin quelqu’un qui aborde la chose avec un tant soit peu d’esprit critique. Je comprend qu’on puisse ne pas aimer l’Hadopi, mais il me paraît vraiment risqué d’applaudir ici les méthodes d’Anonymous. Si vous appreniez demain que le gouvernement consultait vos mails (ce qui est certainement le cas), vous crieriez au scandale ? Alors pourquoi féliciter un hacker quand il fait de même ? En quoi son geste est plus excusable ?

Le mouvement des Anonymous a beau gagner en popularité de jour en jour, il ne me paraît en rien préférable à l’Hadopi, au FBI ni à quoi que ce soit d’autre. Des milliers de hackers aux idéaux plus ou moins aboutis, persuadés de lutter pour la bonne cause, sans véritable chef, les visages cachés derrière des masques ? Les personnages masqués qui pensent œuvrer pour la bonne cause, l’Histoire en a connu, et des tristement célèbres.

Je ne dis pas ici que les Anonymous sont mauvais, encore moins qu’Hadopi et Cie sont bons, mais simplement qu’il faudrait s’accorder un peu de réflexion avant d’adhérer à telle ou telle cause, avant de soutenir tel ou tel mouvement.

Non, ce n’est pas parce que tu as les boules de ne plus pouvoir regarder Grey’s Anatomy sur Megaupload que tu deviens un pirate engagé, et encore moins que ta cause est juste.

J’ai vraiment de plus en plus de mal avec les positions caricaturales de certains, qui suivent une cause sans même en comprendre les enjeux, qui se disent victimes alors qu’ils sont parfois coupables. En France, c’est le règne des bons sentiments : tout le monde reconnait volontiers que les artistes sont exploités et méritent d’être mieux payé, tout le monde crie à l’injustice devant le sort des libraires et des petits acteurs de la culture, et pourtant personne ne daigne dépenser un centime en bien culturel, personne ne daigne changer ses petites habitudes pour rendre la situation plus juste.

Au contraire, la moindre action d’Hadopi ou de quiconque tente de mettre en avant le payant est vue comme une injure à la liberté et au droit à la culture, comme une attaque capitaliste contre les pauvres pirates opprimés.

Oui les auteurs doivent être rémunérés, oui la culture ne doit pas disparaître, mais tout doit absolument rester gratuit ! C’est ainsi qu’on se retrouve dans une situation où tout le monde déteste Hadopi et consœurs, mais ou très peu réfléchissent à des alternatives.

Par ailleurs, les gens en viennent vite à se mélanger les pinceaux dans qui est gentil et qui est méchant. Les gars du FBI sont des monstres car ils ferment Megaupload : le site de partage gratuit de la culture. Enfin, le site de partage gratuit qui a généré des milliards d’euros sans reverser un centime à personne : pas aux monstrueuses majors certes, mais pas non plus aux auteurs ne l’oublions pas. Il faudrait rappeler ici que ce n’est pas parce que quelqu’un fait quelque chose qui vous arrange (exemple : vous laisser regarder gratuitement vos séries préférées) qu’il le fait sans arrière-pensées.

Cet emmelage de pinceaux se retrouve par exemple dans les commentaires de cet article de Clubic dans lesquels un Internaute en arrive plus ou moins à comparer Amazon et Mégaupload comme deux entreprises positives pour le système, puisque opposées aux majors. Bref, tout se mélange, et ne restent que les bons sentiments.

L’article que vous venez de lire, volontairement coup de gueule, sera -comme tous les coups de gueule qui se respectent- complètement vain. Je n’apporte pas de solution, je n’offre aucun point de vue constructif. Il s’agissait simplement de réfléchir un peu aux positions de chacun, à la portée de certains actes, et à la nature de certains « combats ». Je ne soutiens pas ici l’Hadopi, mais fait simplement remarquer que j’ai déjà vu l’Hadopi avoir des réactions plus constructives que pléthore de pirates en ce qui concerne la culture et la rémunération des artistes. Je ne vise pas non plus l’ensemble des pirates : certains agissent véritablement en réfléchissant à l’avenir de la culture, et pensent plus loin que le bout de leur nez quand il s’agit de pirater. Je tenais simplement à rappeler une fois de plus que non : tout n’est pas tout noir ou tout blanc.

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27 réflexions sur “Le pirate ne nous veut-il que du bien ?

  1. Anonymous juste des hackers pour contrôler nos emails? Heuuuu pardon mais ils n’ont pas lu les miens, mais bien ceux d’instances policières et politiques qui tentent de nous contrôler toujours plus, nous taxer toujours plus, faire de nous des consommateurs dépendants de leur bon vouloir. Nous ne sommes pas loin de devoir payer l’air que l’on respire à Monsanto & Co.

    Certes les méthodes sont contestables, les médias confusants (à dessein?) mais Anonymous est surtout un électrochoc pour notre société endormie face à des Groupes Économiques surpuissant en train de nous museler. Etant une organe multiple tentaculaire, il y aura des dérives, des actions incontrôlées, des débordements, mais est ce une raison juste les condamner et ne pas s’inquieter du pourquoi des Anonymous?

    SOPA, PIPA, ACTA, Hadopi sont des lois à l’usage unique d’intérêts financiers qui se contrefoutent de la culture et des producteurs de culture. Ce n’est pas avec ses lois que l’auteur/acteur/interprète mangera plus demain, il est dans le même bain que le consommateur lambda.

    Prenons ACTA : cette seule loi que tout le monde vois comme une enfreinte à notre liberté sur le net, permettrais à des groupes pharmaceutique de faire interdire les médicaments génériques, de permettre le dépôt de brevet sur une graine de maïs et en interdire l’utilisation sans royalties.

    Ne nous leurrons pas, nos mondes occidentaux ne basculeront pas dans la révolte armée aussi facilement que les pays Arabes, notre moutonisme est bien trop ancré, les médias et politiques on trop bien endormis le peuple.

    • Je suis assez d’accord pour le côté moutonnier, et je ne suis pas la seule au regard de cette vidéo humoristique :

      C’est un peu l’histoire « Du pain et des jeux » chez les romains : pour calmer le peuple, il faut lui donner à manger et des divertissements gratuits (pour qu’ils oublient leur situation). Dès que les puissants oublient cette règle, la révolte gronde (au fond, les gens sont pas exigeants politiquement, tant qu’ils ont le minimum vital pour oublier leur position « inférieure »)
      Hors, on commence à ne plus avoir à manger et devoir payer pour les divertissements… du coup, le « peuple » râle. Ca finira par péter quand la masse critique des gens les plus pauvres seront au bord du gouffre (ils sont de plus en plus nombreux).
      C’est pas réjouissant, mais ça pètera. :/

    • L’article est plus orienté vers une critique du système actuel que contre les anonymous.Et je dois avouer que l’auteur a plutôt bien exprimé mon sentiment sur ce sujet. Il dénonce plus l’indignation irréfléchie des gens qui téléchargent illégalement que l’action des anonymous. Hadopi n’est pas du tout pertinente ni efficace, mais ce n’est pas aussi mauvais pour l’homme que l’ACTA. A coté, je trouve le système Megaupload (et consorts) tout aussi injuste en profitant d’oeuvres qu’il n’a pas contribué à financer et sur lesquels il n’a aucun droit. Enfin, l’achat d’une chanson à 0.99€ ou d’un livre numérique à 14€ avec DRM ne peut pas durer. Mais quelque part il faut se poser la question de l’accès à la culture et de la rémunération des auteurs et des parties prenantes. Les majors, éditeurs et distributeurs apportent une valeur ajoutée à l’oeuvre de l’esprit qu’est un roman ou une mélodie. Il est normal qu’ils soient aussi rémunérés pour ce travail.

      Je n’entends pas par là que remettre le système en cause est inutile. Au contraire, il existe surement des déséquilibres dans la fonctionnement traditionnel, et la consommation « pirate » est là pour l’illustrer. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut mettre sur un piedestal des anonymous (qui, étant une organisation décentralisée, fait des erreurs) ou pire encore MegaUpLoad.

      Le sujet est beaucoup trop vaste pour qu’une simple condamnation d’Hadopi et du FBI soit viable. Le coup de gueule de notre ami me parait tout à fait justifié, et bienvenu dans le courant actuel 😉

      • L’indignation irréfléchie des gens est la base de ce qui a toujours fonctionné depuis Rome (dsl j’y reviens en grosse fanatique de l’histoire qui se répètent mais que jamais les gens n’en retiennent rien)
        La « masse » populaire n’a aucune conviction politique précise : tant qu’on leur permet de vivre correctement et d’oublier leur « sous-condition » qui est d’offrir une assise confortable aux dirigeants. On peut rêver d’une monde où les gens sont intelligents, pensent, réfléchissent et construisent un monde meilleur… ça reste du domaine de l’utopie. La « masse » populaire se contente de vivre docilement sans chercher à remettre en cause le système qui lui permet de vivre et d’oublier ses malheurs.
        A partir du moment où celle-ci n’a plus de divertissement et commence à sentir le couteau sous sa gorge, normal qu’elle se révolte. C’est jamais de la bonne manière (la preuve: révolution française a « tué du noble » au lieu de « tuer du privilège ») parce que la « masse » ne réfléchit qu’à son confort direct et à acquérir une situation à nouveau stable pour elle.

        En gros, on se révolte parce qu’on ne peut plus profiter du système et que l’on découvre qu’on s’est fait avoir par les autres. Point. Pas pour mieux rémunérer les gens, pas pour obtenir un monde équitable, non, juste pour rétablir un minimum l’équilibre : c’est à dire retourner juste avant le point de rupture. Aucune révolution n’a jamais été équitable, il y a toujours des gens qui perdent beaucoup (la vie, la tête, la santé,l’argent…). Je doute que la révolution numérique soit différente, « dans la masse ».
        A l’échelle de quelques personnes sensibilisées, je ne dis pas, mais au final, dans la « masse » des utilisateurs, ils seront assez peu. Les artistes continueront à se battre pour être rémunéré des clopinettes, ça, je n’en doute absolument pas… malheureusement.

        Oui, l’action de masse d’Anonymous est irréfléchie vis à vis du droit d’auteurs, mais fallait pas s’attendre à beaucoup plus. L’éducation des masses à toujours été là pour entretenir le système du « juste » équilibre au sens qui ne bascule pas dans la guerre sociale (et non de l’équitabilité des revenus).

      • @Mathieu : Un grand merci pour ton soutien ! 😀 En effet, tu as compris mon point de vue surtout orienté contre ceux qui se disent pirates sans vraiment l’être, sans vraiment y réfléchir…

        Ce n’est pas pour autant que je soutiens les Anonymous, mais disons que je ne suis pas résolument contre leur travail. Le grand problème de ce genre de cause, selon moi, est qu’elle manque d’organisation, qu’elle reste brouillonne et pas forcément définie.

        Je suis Anonymous, je m’oppose aux puissants. Ok mec, mais qui sont les puissants ? Pourquoi t’opposes-tu à eux ? Qu’est-ce que tu vises exactement ?

        @Paumadou Indignation irréfléchie oui, mais à Rome les gens sortaient, ça sentait la tripe et la sueur au moins ! Aujourd’hui, combien de jeunes branleurs se disent indignés, se disent pirates, parce qu’ils en ont vaguement entendu parler à la télé et que ça fait bien ? Je cherche aussi à critiquer une génération qui se croit engagée mais qui se contente de cliquer du bout du doigt, pas même de lever le poing. Ce genre de révolution purement numérique est aussi valable qu’une amitié virtuelle : gentille, mais fausse.

        Le vice est également dans les prises de position. Tu dis que les révolutions ne sont pas équitables, que les révoltés pensent avant tout à eux, c’est une chose. Alors pourquoi prétendre le contraire ? Je n’aurais aucun mal à entendre : « je pirate parce que ça me saoule de payer pour regarder une série ou écouter de la musique, j’utilise ma thune pour autre chose », mais tu n’entendras jamais ça parce que les gens préfèrent toujours dire « je ne veux pas engraisser une major », « je me bats contre le système ».

        Le soucis n’est pas ici que les gens n’ont pas forcément les moyens d’accéder à la « culture » (au sens large, on s’est compris), c’est surtout qu’ils peuvent y accéder gratuitement ce qui rend l’acte de payer caduque. Très franchement, combien de pirates pourraient payer au moins une partie de ce qu’ils téléchargent ? Une grande partie. Si le soucis était vraiment à ce point financier, ce qui sera certainement le cas d’ici peu je ne me fais pas d’idées, il y aurait plus de personnes dans les rues, et bien moins dans les salles de cinéma.

        Encore une fois, mes propos sont à nuancer : je ne critique pas tous les pirates, pas tous les anonymous : beaucoup sortent dans les rues, beaucoup essaient de construire quelque chose, je ne suis pas non plus un donneur de leçons car je suis loin d’être engagé « politiquement », je ne fais que remarquer.

      • @sediter :
        La révolution française était « contre la domination des nobles et de l’église », officiellement. Officieusement, c’était une révolte populaire poussée par les bourgeois qui voulaient un rééquilibrage des biens.
        On a jamais entendu les types dire « Je veux la mort du roi, parce que j’ai bien l’intention de me faire du fric en récupérant les biens des nobles gratos ou pas chers » c’est pourtant ce qui est arrivé. D’ailleurs, les premiers contre qui la révolution s’est retourné était ceux qui critiquer cette attitude qui consistait à dire « c’est pour le bien du peuple » et à faire « je m’en mets plein les poches ».

        Le peuple pour se révolter a besoin d’une sorte d’esprit de corps. L’esprit de corps, c’est se sentir appartenir à une cause forcément noble et au dessus de tout soupçon. Les implications sont toujours terre à terre.

        Le peuple romain était quand assez docile, quand on voit que les citoyens étaient assez peu nombreux et réussissaient à tenir le reste en état de soumission la plupart du temps.
        Oui, ça a péter, mais pas si souvent que ça. Reste que les gens actuellement commence à bouger un peu (les indignés sont de plus en plus nombreux, les réunions contre ACTA se développent… les gens commencent à sortir)
        La masse a besoin d’une impulsion primordiale pour se lancer. Ce n’est pas encore arrivé parce qu’on n’est pas encore au point de rupture : les pauvres pensent encore qu’ils peuvent devenir riches… tiens en publiant des livres par exemple 😛 et que le système peut encore leur être favorable.
        Attends qu’on sucre 30% du smic, les allocs à la moitié des gens et qu’on supprime la CMU, tu verras que ça pètera ! Ca sera certainement pas aussi gentil que de pirater le site de l’Elysée, ça gènera pas mal de monde (nous les premiers, c’est pourquoi ça serait bien que la situation se règle autrement, mais j’en doute)

      • (faut que j’arrête d’écrire le ventre vide, c’est une hécatombe de fautes d’orthographe, d’oublis de mots et de français… 😛 )

  2. Héhé, y’a enfin quelqu’un qui réalise que MegaUpload c’était une pompe à fric ? (ça rémunérait du monde, crois-moi, mais pas les majors et les artistes c’est vrai, plutôt ceux qui étaient débrouillards, c’est con, c’est souvent le cas : les débrouillards lancent de nouveaux moyens de subsistances)

    Pourquoi MU a fermé ? pour plusieurs raisons :
    – Ils n’étaient pas réglos niveau contenu illicite (non-suppression de comptes/fichiers signalés)
    – Ils encourageaient les gens à envoyer du contenu et les rémunéraient pour ça (au contraire de Youtube par exemple, qui garde l’argent pour lui-même… tout en diffusant des contenus illicites envoyés par les utilisateurs – c’est la seule différence, avec le fait que Google a beaucoup d’amis dans les milieux de décisions US, là où MegaUpload est un « petit poucet étranger »)
    – Ils s’apprêtaient à lancer une version « 100% légale » et donc à bouleverser le système mis en place et imposé par les majors.
    – Ils ont eu la connerie de faire un .com et d’être hébergé aux US… alors que la société était basée à HongKong (il me semble). En gros, ils étaient sur le territoire US et l’état n’a eu qu’à dire « on coupe tout » (ça, c’était techniquement bête, mais bon, vu les conneries commises par les dirigeants prétentieux, ça m’étonne qu’à moitié – la preuve que ce sont des cons et pas des nouveaux mafiosi comme annoncé par le FBI)

    Ok, le système MU, c’était du « parasitage », mais la faute aux majors et aux artistes (pas tous, certains utilisaient le système pour se rémunérer légalement aussi) bloqués dans leur modèle économique fermé : je vends, tu achètes. Ou pour les séries US, je vends la pub pour rentabiliser la série, hors si les gens ne regardent plus à la télé, ils ne voient plus les pubs…
    Alors que MU se rémunérait soit en compte premium, soit en pubs.
    Si on prenait un modèle MU légal, le système passe du « paiement avant production » à « paiement après production », ça exige une prise de risque énorme qui est de ne peut-être pas rentabiliser la série…
    Hors, les majors US ne prennent aucun risque avec leur argent, frileuses, manque d’audace (un épisode pilote ne marche pas, la série ne continue pas par exemple). Or, les producteurs sont des gens qui (avant) prenaient des risques financiers (un peu comme les éditeurs, pour en revenir au numérique), mais plus maintenant : ils ont du fric et feront tout pour le conserver sans risque (le contraire total du libéralisme d’ailleurs !)
    Pour les utilisateurs FR, il y a aussi les logiques commerciales qui imposent d’attendre 1-2ans avant de voir des séries ! Le temps que les accords soient signés, les traductions faites, les doublages aussi (truc con, la plupart des FR du web regardent en VO sous-titrées, encore une mécompréhension du système de la part des chaines TV) sans parler des épisodes balancés dans le désordre sur TF1 et M6. A une époque où internet rend les échanges quasi instantanés, c’est une aberration d’attendre si longtemps quand le piratage apporte tout plus simplement et plus rapidement.

    Après, pour la « culture », MegaUpload (et tout l’univers MegaVidéo, MegaPorn, etc.) je tendrais à relativiser : c’était essentiellement de la consommation de masse, pas culturellement intelligente, ni franchement intéressante. Du divertissement consumériste. La plupart des séries et films (et même livres, puisqu’ils y en avaient, et en a toujours, MU n’était pas le seul dans la partie, les autres existent toujours) sont des trucs américains sans grande qualité. Donc la « culture », on repassera (oui, la culture de masse est aussi une culture… mais j’ai tendance à la voir dans ses tendances et non dans ces « références » qui varient beaucoup trop vite : les séries « stars » achevées disparaissent trop vite des mémoires pour être conservées autrement qu’à l’état de « tendances générales »)

    Après, pour Anonymous : il y a du bon et du mauvais. C’est le problème d’un réseau anarchiste non structuré : pas de direction générale et des attaques parfois complètement à côté de la plaque. D’un côté, ça montre que la guérilla est possible d’un point de vue numérique (même si ça bouge pas dans la rue, le numérique peut faire du dégât) et donc que les gouvernements devraient se soucier un peu plus de ce qui se passe sur internet (et pas uniquement pour cadrer-enfermer-légiférer)
    D’un autre côté, c’est le bazar car le système n’est pas encore structuré (ça le deviendra, je n’en doute pas…) donc des actions pas toujours honnêtes, pas toujours pertinentes. Un peu comme une démonstration de force aussi : « Vous voyez, nous aussi on peut faire des dégats, méfiez-vous ». Que la complicité soit technique (FAI, hébergeur) ou de compétences réellement pirates, peu importe, ça montre que le ras-le-bol est partout. Je pense qu’Anonymous n’est plus dans une démonstration de hack et de « vous voyez, je suis balèze j’ai réussi à entrer dans le serveur du site de Chantal Goya » qui relève de l’ado immature, le mouvement entre dans une démo : vous voyez, maintenant ce qu’on peut faire, les complicités qu’on peut avoir, méfiez-vous. C’est un rappel à l’ordre pour les politiques et pour les autres aussi.
    Valable ou pas, légitime ou pas, éthique ou pas, c’est à prendre en compte.
    Même la démocratie la plus équitable a un côté totalitaire…
    (j’arrête, on pourrait en écrire des pages et des pages, ce qui a été fait d’ailleurs)

    • Merci Paumadou pour cette très bonne analyse de Megaupload.

      Ce que l’on oublie de signaler avec cette fermeture, c’est la méthode utilisée, fermeture brutale et définitive, sans ordre de justice (je suis pas avocat mais il doit y a voir une faille là) d’une société étrangère, sans tenir compte des utilisateurs légitimes de Megaupload et de leur données.

      La rumeur d’une futur offre légale est tout aussi troublante et jette un doute sur les raisons « réels » de cette action au moment de voter PIPA/SOPA.

      Ce qu’il ressort pour moi de Megaupload, c’est l’envie de millions de gens de payer pour un contenu non disponible facilement chez eux. Un netflix Français vient d’ouvrir (filmotv.fr), si leur offre est conséquente, je ne doute pas de leur succès. Mais c’est à l’encontre des intérêts financier de grand groupe du divertissement. Je leur souhaite bonne chance en tout cas.

      Et oui MU est une pompe à fric illégale, oui les Anonymous sont dans l’illégalité.
      Mais
      Ils ont réveillé des consciences et mis en branle qqc d’impressionnant qui pourrait devenir un vrai mouvement citoyen dans les mois à venir.

      • Oui, j’ai vu… mais je doute du principe : « 200 films par mois » ressemblent plus à une chaine de ciné à la mode satellite/cable par internet.
        Au fond, ça n’apporte pas ce que les gens demandent : les séries récentes, les films récents (quand on voit le programme, c’est quand même du vieux… voire du très vieux)
        Il y aura un public mais je doute que ce soit celui qui payait un compte premium chez MegaUpload.
        Ce n’est pas comprendre le principe qui a fait le fonctionnement de MU.
        En quoi lancer à la fois un film (ou une série) au ciné/télé et sur internet en VOD serait néfaste ?
        Vu que regarder un film sur le net, c’est quand même pas la même expérience que dans une salle de ciné (autant niveau confort, niveau son, niveau image, niveau « loisir en groupe »)
        De même regarder sur sa télé en même temps que des centaines d’autres personnes (et puis live-tweeter, nouvelle habitude sociale qui s’enracine) et regarder seul en vod plus tard, ce n’est pas la même expérience. (réflexion qui effleure à peine les distributeurs/producteurs qui pensent uniquement « numérique=piratage=perte d’argent » au lieu de tenter de trouver un moyen de récupérer une part du gâteau)

        Un peu comme les éditeurs papiers qui redoutent la version numérique de leur propre livre pour le système de rémunération en place et archaïque (pour en revenir au livre) et au final se voient quand même piraté (par des gens qui veulent une version numérique et scanne les livres…) alors qu’ils pourraient récupérer une part du gâteau (au lieu de ça ils veulent tout le gâteau, quitte à en réduire la taille… logique que je ne comprends pas)

      • @LecteurEnColere: Je suis tout à fait d’accord avec ta conclusion !

        @Paumadou : Je pense que tu oublies quelques points dans ton analyse :

        « Ils encourageaient les gens à envoyer du contenu et les rémunéraient pour ça (au contraire de Youtube par exemple, qui garde l’argent pour lui-même… tout en diffusant des contenus illicites envoyés par les utilisateurs – c’est la seule différence, avec le fait que Google a beaucoup d’amis dans les milieux de décisions US, là où MegaUpload est un “petit poucet étranger”) »
        Youtube supprime les contenus illégaux. Ce n’est pas là que l’on regarde tous nos séries ! Cela fait un moment que Youtube a mis en place un système rapide de suppression des contenus sous droits d’auteur. A coté de ça, il a mis en place un vrai système de rémunération des créateurs de contenus. Il « suffit » d’atteindre 1 million de vues pour recevoir quelque chose comme 1000$ (ou €, à vérifier).

        « Ils s’apprêtaient à lancer une version “100% légale” et donc à bouleverser le système mis en place et imposé par les majors. »
        Je ne pense pas que tu aies regardé en détail ce que comptait faire Megaupload. Leur idée était d’installer un logiciel sur le PC de leurs utilisateurs. Ce logiciel remplacerait la pub qui est en place sur les sites et blogs que l’utilisateur visite par de la publicité Megaupload. L’argent ainsi récolté financerait les artistes écoutés par l’utilisateur. Cependant, plutôt que de voler les artistes, Megaupload aurait là volé la création des journalistes, webmasters et blogueurs en « piratant » leurs espaces de publicité. Cette solution ne me parait pas meilleure.

        Concernant ton analyse sur les producteurs. Je la partage en partie. Plus les productions sont grosses, moins elles vont prendre de risques. C’est pour ça qu’on voit de plus en plus de films qui se ressemblent ! A coté, tu as des producteurs qui investissent lourdement sur des projets à risque, ou des choses qui ne se sont pas trop vues. Elles ne reçoivent des retours financiers qu’après la production, et prennent des risques. Je ne connais pas vraiment le monde de la production mais il me semble que typiquement, Canal + finance pas mal le cinéma français. La chaine espère donc gagner de l’argent derrière, par l’exploitation sur sa chaine, et la vente de dvd, vod, vente à l’étranger etc etc… Un système comme Megaupload pirate tout ça, et quelque part, s’il n’y a plus personne pour financer, il y a moins de création. Il est vrai que vu la qualité de certaines productions, ce ne serait pas qu’un mal 😉 A coté, financer de manière indépendante est difficile aussi. Mais il existe des solutions innovantes (voir les nombreux sites de crowdfunding).

        Bref, un sujet sur lequel on pourrait écrire pendant des heures, comme tu l’as dit.

      • @Matthieu : je ne dis pas que le système « légal » de MU était le bon, je dis juste qu’il faut trouver un moyen de s’adapter à l’économie en train de se faire et non essayer de plaquer ce qui se faisait ailleurs. Je pense que les majors l’ont eu mauvaise avec la vidéo de MU où les artistes eux-même vantaient les biens de MU, ce qui a précipité la chute de MU. Je ne défends en rien MU, je constate juste qu’il y a une nouvelle économie possible avec un système payant sans pub ou gratuit avec pub et restriction de temps.

        Pour Youtube, depuis la fermeture de MU, j’y regarde beaucoup de contenus illicites -amusant quand on sait que je n’allais quasiment jamais sur MegaVideo ou MegaUpload comme quoi ça m’a incité à ça plus qu’autre chose… :/ (c’est google qui doit être content… quoi que j’ai également un bloqueur de pub, ce qui doit réduire leur impact)
        Il suffit de chercher le titre d’un film suivi de (film en entier) pour trouver ce qu’on veut ! Il supprime les contenus illicites quand ils sont dénoncés, comme certains systèmes concurrents de MU (je pense à RapidShare qui est efficace de ce point de vue), mais il reste que beaucoup de vidéos sont illicites et restent disponibles.
        Youtube ne cherche absolument pas à les supprimer de lui-même, ça leur rapporte beaucoup d’argent qui ne retournent jamais aux créateurs ni aux artistes.
        Ensuite, 1millions de vue, c’est énorme et ne concerne que peu de créateurs, MU avait l’avantage de rémunérer à moins et au prorata des visionnages/téléchargements.

        Ensuite quand j’émets l’idée d’une diffusion via un modèle à la MU, c’est évidemment en partenariat avec les producteurs, les artistes et les distributeurs, pas sur le modèle « inconnu qui envoie un fichier piraté ».
        Si les majors envoient rapidement de bons fichiers, bien encodés, de leurs oeuvres, ils seront ceux qui récolteront l’argent ! On sait tous que c’est la course au premier qui postera le fichier en question : premier arrivé, premier servi, premier payé.
        Si les majors fournissent eux-même les fichiers, les gens n’ont plus intérêt à aller voir les « petits » pirates. Le direct download est également plus rapide et plus légal que les réseaux de pear-to-pear, ce qui éliminerait progressivement cette diffusion moins rémunératrice pour eux. L’argent reviendrait aux producteurs/artistes/distributeurs.
        Au lieu de ça, il paraît plus rentable d’attaquer les « pirates » qui distribuent sans accord… Consternant, mais sans doute économiquement plus sûrs pour les majors et leurs avocats.

      • @Paumadou

        Mea culpa, je n’étais pas au courant pour les contenus illégaux sur Youtube.

        On est d’accord sur le fait que de nouveaux modèles sont possibles. Je paierais facilement 5-10€ par mois pour avoir un deezer des séries TV sur lequel je pourrais voir toutes les séries américaines dès le moment de leur diffusion là bas! Cependant, pour cela il faut mettre d’accord énormément de producteurs. Comme on l’a vu dans le cas de Deezer et Spotify, c’est difficile et cher. S’il n’y a pas d’investisseur privé pour financer un tel projet, c’est à l’Etat de donner l’impulsion. Malheureusement, aucun candidat à la présidentielle n’est innovant sur le sujet. Le PS proposait une licence globale mais l’a retiré récemment de son programme. De toute façon, la licence globale comme présentée actuellement n’est peut-être pas la solution, je vous invite à lire cet article sur Owni : http://owni.fr/2011/08/04/la-licence-globale-une-mauvaise-solution-pour-un-faux-probleme/

      • @Matthieu :
        Le problème de Deezer (je ne sais pas si c’est pareil pour spotify) c’est aussi que les majors exigent une somme considérable pour exploitation du catalogue, à fournir AVANT diffusion – d’où l’impérative présence d’Orange dans le financement – et non une rémunération a posteriori en fonction des écoutes…
        Ce qui rend le modèle économique très peu sûr financièrement.
        Alors qu’il suffirait que les majors mettent le contenu à disposition gratuitement au départ avec rémunération sur la base du nombre d’écoutes, pour que les initiatives soient valables financièrement.

        Un peu comme un système dérivé d’Amazon : le site fournirait un service aux majors qui en récolterait les bénéfices. Or, ce genre de site est plus en position de soumissions vis à vis des majors qui imposent leurs vues.
        Le problème d’un système de mise à dispo gratuit de contenu (contre rémunération au prorata) c’est que les majors ont tellement peu d’innovation qu’elles pourraient bien ne pas rentrer dans leur frais… les petits producteurs/artistes risquant, par leurs audaces et innovations, de leur piquer une part du marché qu’ils ne sont pas prêts à céder. D’où leur résistance à changer de mode de rémunérations. Tout ça, c’est toujours une histoire de très gros enjeux financiers (jamais de rémunération équitable des auteurs/chanteurs/artistes)
        On voit que des systèmes comme Jamendo fonctionnent très bien avec des petits artistes (et parfois de très bons artistes !) Même Deezer a tendance à priviliégier la mise en avant des petits groupes aux grosses productions… la preuve que le système imposés par les majors ne pourra pas tenir indéfiniment.

      • Vraiment super intéressant votre échange. A chaque fois que je réfléchis à ce sujet, je me souviens à quel point il est impossible à résoudre : un vrai sac de nœuds comme on en fait plus !

        Le souci revient toujours au niveau des majors, qui veulent absolument retomber sur leurs pattes, quitte à parfois se tirer une balle dans le pied. D’une ils n’osent pas les risques en matière artistique, et de deux -ce qui nous touche plus ici- ils ne risquent rien non plus en matière économique.

        Au niveau « culture » on en arrive à des aberrations du style : « bienvenue chez les cht’is », le petit truc régional qui cartonne par hasard, que des studios américains veulent du coup adapter. Au niveau économie on en arrive à des aberrations du style DRM et Cie, sans jamais essayer des modèles plus risqués (financement par la pub, etc.). Un modèle à la Deezer c’est risqué pour eux, et ils ne signent rien sans toucher l’argent immédiatement.

        Bref, je pars n’importe où mais le problème dans tout ça c’est que beaucoup trop d’acteurs entrent en compte. Je déplore d’ailleurs que le problème prenne un enjeu si politique (Hadopi versus licence globale… pfff), car les politiques sont souvent les moins bien placés pour parler de tout ça !

      • Je serais plus nuancée pour Bienvenue chez les chtis qui n’a rien d’un « petit truc régional » (il en avait l’air, mais de mémoire, la région y a mis pas mal de fric : car elle espérait en récupérer d’un niveau touristique, de même que les gros producteurs nationaux Canal+, TF1, etc… c’était quand même prévisible que ça marcherait bien – acteurs, histoires, sketchs rodés pendant des années par Dany Boon en spectacle, etc.)
        Reste que les financements « autrement » sont possibles, pour les audacieux. Je pense aux Choristes : petit budget (là c’était vrai) avec le pari pour les acteurs d’être payé en fonction des recettes du film, pratique à risque car il se peut que l’acteur ne touche rien si le film ne rapporte pas… et qui a payé cette fois-là.

        Bref, c’est toujours beaucoup plus complexe que MegaUpload, c’était des gentils, tiens allons hacker le site du FBI avec des petits poneys !

  3. C’est le propre des utilisateurs d’Internet de répondre de façon décentralisée aux attaques centralisées. La destruction de mes fichiers et de ceux de mes clients, déposés sur MU, m’a causé un tort auquel je ne m’attendais pas, et qui m’a foutu dans une rage telle que plus jamais je n’irai au cinéma voir un film bien cher, plus jamais je n’achèterai de fichier audiovidéo à qui que ce soit d’autre qu’aux producteurs de contenus eux-mêmes. La réaction des Anonymous m’a, disons, déchargé la haine, et me permet de réfléchir plus sereinement.

    La rémunération des auteurs, par exemple des créateurs de fichiers musicaux, passe par celle de leurs promoteurs, de ceux qui les soutiennent : les agents, les financeurs du projet. Pour faire du bon boulot, il faut un bon studio. Et ça, ça coûte un oeil ; or ce ne sont pas cinq musicos qui pourront se le payer. Donc le producteur est important. Mais s’il y a bien, aujourd’hui, un intermédiaire dont on doit se passer, un goinfre ahurissant qui mérite de gicler au diable, c’est bien le distributeur ; qu’est-ce qu’il apporte aujourd’hui ? Moi je ne sais pas. Si quelqu’un sait, qu’il le dise, moi je ne vois pas. C’est comme si, entre l’éditeur de livres et la plate-forme de vente, il y avait un groupe, au nom ronflant, qui prendrait 90% du bénef pour rien, juste parce qu’il est incontournable et que par tradition liée à d’anciennes technologie, rien ne se fait sans lui… Chiche qu’on les contourne, ces blaireaux, et qu’on se partage leur gâteau ! Donc les réactions rapides, désordonnées, terriblement transgressives et sans gêne aucune des Anonymous sont comme un courant d’air bordélique, foutrement hétérogène, pour dégager le terrain et laisser apparaître les problèmes, avec les questions.

    Et une solution, dit-on, est la License Globale. je n’ai aucun avis là-dessus. Au passage, cette destruction de Megaupload montre bien qu’on ne peut pas envisager de laisser quoi que ce soit de crucial sur des espaces privés, commerciaux, et qu’un État qui financerait ces espaces sur fonds publics en garantissant l’anonymat et la plus parfaite transparence des processus, associée à la plus épaisse opacité du côté de l’usager, serait béni de tous. techniquement, il suffit de laisser faire les passionnés. C’est comme pour la machine à voter : tu confies le projet à une boîte privée, elle te chie un machin immode et bien cher, qu’on pirate avecune main dans le dos. Tu refiles le bébé à la communauté, et huit semaines plus tard on te rend une architecture qui a traversé des douzaines de test virulents ; tout ça pour le plaisir de bien faire et d’être utile ; car s’il y a bien une caractéristique nouvelle qui émerge chez l’internaute moyen, c’est qu’il cherche à être utile en partageant ses compétences et en les mettant au service de qui en veut… pour rien, pour peanuts, parce qu’il en profite aussi en retour.

    C’est cette liberté absolue du Net, et sa totale neutralité, qui sont la garantie pour tous de voir le niveau cognitif de l’humanité faire un bond de démon. En conséquence les péages doivent gicler, et l’argent aller directement au producteur de contenu, s’il en demande.

    Voici mes petites réflexions à deux balles, que les désordonnés éclats anonymousiens, brutaux, libertaires, primitifs, indignés, explosifs et bourrés à craquer de jeunesse drue, me suggèrent.

    • Des « petites réflexions à deux balles » qui me semblent pourtant très justes quoi que tu dises ! Je partage ton avis quant à la place du distributeur et l’importance du producteur. Je trouve ça dommage de critiquer les producteurs car ils sont souvent vitaux à l’artiste. J’ai beau parler pas mal d’auto-édition sur ce blog, je reconnais (et déplore…) que les textes d’auto-édités sont bien souvent amateurs au possible, pour ne pas dire simplement dégueulasses.

      Pour les majors, les vraies de vraies, le distributeur pourrait donc facilement être dégagé, mais c’est peut-être plus difficile pour les entreprises et artistes plus méconnus, qui ont besoin de plate formes pour les distribuer. Les auto-édités qui vendent bien sur Amazon n’auraient jamais fait de telles ventes depuis leur site internet. Mais sur le principe, je suis d’accord avec toi -concernant le numérique.

      Quant à la Licence Globale, je suis d’accord avec Mathieu ça me paraît vraiment douteux comme solution. On est encore dans l’utopie. Je pense que cette solution ferait encore plus gueuler que l’Hadopi.

      Au niveau des « communautés » internet et de la bonté de l’internaute moyen. Je nuancerai juste un peu tes propos. Oui tu trouveras des communautés de mec avec la main sur le cœur, prêt à tout pour t’aider , tout comme tu pourrais rencontrer une âme charitable et bonne dans le métro, reste que ce n’est pas l' »internaute moyen » comme tu le dis, mais une minorité.

      L’internaute moyen reste… moyen. La plupart du temps il n’interagit pas vraiment, se contentant de chercher contenu et infos sur le net, et nombreux sont ceux qui ne réagissent que pour troller. Lis les commentaires des lecteurs de sites de presse (sur à peu près tous les sujets) : 1% constructif, 99% insultes ! Et combien de créateurs de contenus ne le font pas par bonté d’âme mais par appât du gain ?

  4. Moi, je vais faire court : je partage l’avis de Pierrick. J’ai toujours pensé que 3/4 des pirates étaient des trous du cul… Je me faisais d’ailleurs insulter sur les sites de jeux vidéos quand je disais que des gars comme GeoHot étaient des blaireaux qui devraient aller en tôle alors que la plupart des internautes de ces sites lui auraient tailler des *bip*. Ils se donnaient bonne conscience en se cachant derrière l’argument bidon qui consistait à dire qu’il leur permettait, grâce au Custom Firmware, d’utiliser leur console à 100% en les autorisant à lancer des « homebrews » minables. Bah oui, que le CF puisse lancer des jeux téléchargés sur le net, ce n’était qu’une fonctionnalité mineure du CF…

    Comment les gens peuvent se foutrent de ta gueule, sans en avoir l’air, c’est juste incroyable.

    • C’est bien vrai mon cher lecteur en colère ! C’est là qu’on réalise que le « simple » sujet du piratage, qu’on serait tenté de résumer en quelques phrases, devient vite un labyrinthe de thématiques et de problématiques.

      Ensuite, chacun prêche pour sa paroisse, c’est bien naturel ! 😉

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  6. Déjà, au seul sujet de la littérature Julien Gracq (M’sieur Poirier, pour ses élèves) se plaignait de cette posture « à l’estomac ».
    1950, si déjà la littérature est affaire de sentiments, alors la politique n ‘est qu’émotions.

    Si tout le monde a une idée concernant le piratage sur Internet, sans jamais bien définir ce que l’on entend par là, personne, absolument personne ne tient à connaitre les tenants et les aboutissants de l’économie de la culture et de la distraction.

    Personne ne souhaite accorder plus de 15 secondes d’attention à ces sujets barbants, la culture toussa …

    Si, madame la ménagère de moins de 50 ans et monsieur Tout-le-Monde de 26 à 49 ans, dépensent de moins en moins pour les livres, les CD de musique et les DVD cinématographiques, et, surtout ne veulent rien savoir en ces sortes d’affaires, le silence est confondant des politiques quand on les interroge sur les conséquences de la dématérialisation des œuvres culturelles et de leur reproductibilité à l’infini et pour un millième de cent d’€ l’exemplaire.

    Walter Benjamin, dès 1924, avait conclu que l’évolution technologique entraînerait une refonte complète du régime de la propriété intellectuelle.

    Évidemment, on ne tient pas compte aujourd’hui, comme hier, de ce qui apparaît comme une évidence.

    Dans aucun programme des partis de gouvernements en lice pour les prochaines élections nationales, on ne parle d’un nouveau code de la propriété intellectuelle.

    Pendant ce temps là, les producteurs et les éditeurs proposent (imposent) des nouveaux contrats primaires d’auteur pour les ouvrages numériques en offrant, sans rire, un taux ridicule de 10% (SNE) des droits.

    Déjà les tarifs des exemplaires d’ouvrages numériques sont plutôt bas, bien que les chalands trouvent cela bien trop cher et boudent les offres à l’unité, préférant des abonnements à consommation « illimitée », que reste-t-ils aux auteurs ?
    Rien, ou presque à ce tarif.

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  9. Bien plus que des fascistes; les anonymous sont les « Vichistes » du net.
    Je suis juif et Algérien (de souche comme diraient certains) et je vis en zone populaire, autant vous dire que la vie est loin d’être simple, Anonymous semble s’attaquer à des personnes qui n’existent pas dans la vie réelle; à l’image de leur mouvement (geek), je m’explique : les Anonymous représentent les bourgeois mal dans leur peau, l’homme blanc riche et libéral qui n’assume pas vraiment sa position et s’identifie dans les héros de Mass Effect ou V. Cependant Anonymous est un collectif vivant dans un monde parallèle, les Nazis n’existent pas hors de la sphère internet et de leurs regroupement privés; je n’ai jamais vu un nazi de ma vie et j’arpente les zones populaires depuis que je suis né (Mureaux/Pyramides/Barbès/Marseille et aujourd’hui; plus propre : Danube), je suis désolé de le dire mais les seuls agressions : orales ou physiques; dont j’ai été victime viennent des communautés Islamiques de ces dites zones (ps: c’est le cas pour tous les juifs en zone urbaine S) à partir du moment ou ils apprennent que je suis Juif (traitre à ton sang; sous race; sioniste et j’en passe sont des « remarques » quotidiennes). Le pire c’est que la police n’intervient JAMAIS. Ceci est la réalité en ZUS; ceci est la réalité de la France. Et croyez moi; c’est bien plus déplaisant de se faire cracher dessus par des gens qui ne craignent pas la justice que de voir les théories du complot des geek fascistes qui parsèment Youtube&co.
    Et je serais ravis de rencontrer un Anonymous à Danube si il veut constater les choses par lui même. Je suis trop libéral pour approuver des méthodes de délation, mais si c’était pour refléter une réalité dont PERSONNE ne parle, ce mouvement serait dans son rôle; là, j’ai juste le sentiment que vous vous attaquez à des paumés qui ne servent à rien et ne font rien de particulier à part : jouer aux racistes sur le net. Les fans du dernier état Hitlerien : L’iran parsèment mon lieu de vie et eux affichent leur anti-sémitisme dans la rue, à ça je me demande réellement : Anonymous est en passe de devenir une nouvelle idéologie anti-sionistes/Israel/juive

    • Saïd, j’ai quelque peu hésité à approuver votre commentaire tant il me paraissait en dehors de la conversation et quelque peu… limite. D’autant plus que je n’ai pas vocation à animer un blog politique, même si tout est plus ou moins lié à la politique. J’ai tout d’abord relu mon article écrit il y a déjà quelques semaines et donc plus forcément neuf dans mon esprit. Le terme « fasciste » pour désigner les Anonymous me parait finalement très mauvais. L’idée est plus « autoritaire », « dictatorial », mais pas « fasciste ». Les Anonymous ne sont clairement pas des fascistes, et encore moins des Hitlériens si c’est ce que vous déclarez ici.

      Je veux bien céder que les Anonymous vivent certainement en dehors d’une réalité, car leurs problématiques ne sont souvent pas celles qui concernent la plus grande partie de la population. C’est d’ailleurs le cas de la plupart de ceux qui vivent derrière les écrans, et le défaut de nombreuses communautés Internet (Twitter en tête peut-être) que d’être un peu fermée. Internet donne la fausse impression de pouvoir faire la révolution en quelques clics grâce à des commentaires anonymes ou quelques hacks. Geek, les Anonymous le sont certainement, mais blancs, riches et bourgeois ? Pourquoi penser ainsi ? Et Nazi ? Anti-sioniste ? Là on part vraiment dans la dérive. D’où viennent cette idée que les Anonymous aient pu être lié de près ou de loin à des mouvements anti-sionistes ? Votre raisonnement ne me laisse même pas comprendre d’où vous est venue cette idée.

      On est ici aussi à mille lieues de la réalité de penser ainsi, car je reste persuadé, malgré mes critiques dans cet article, que les Anonymous ont un projet altruiste et positif. Qui plus est, ce projet n’est tout simplement pas lié à la religion, au racisme ou aux autres problématiques que vous évoquez dans votre commentaire, d’où mon hésitation à le valider.

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