Le gang des chaussettes

Le gang des chaussettesPour débuter mon activité au sein du club de lecture numérique, je m’étais promis de commencer par un livre pour enfants, plus précisément par un livre de La Souris Qui Raconte : une jeune maison d’édition 100% numérique entièrement dédiée aux enfants. Pourquoi ce choix ? Tout simplement car j’ai la conviction que le livre augmenté a (entre autres) son public à trouver auprès des très jeunes. C’est donc  tout sourire que j’ai parcouru le catalogue de La Souris Qui Raconte, auprès de ma dulcinée, en nous disant l’un et l’autre que nos (futurs) enfants auraient toutes les chances de bouffer ce genre de livres durant leur phase de développement.

Au programme du catalogues de LSQR, quatre types d’histoires : les histoires à lire, les histoires à jouer, les histoires à inventer ou les histoires d’écoles, qui permettent au choix à l’enfant de découvrir un récit, d’y participer ou d’y jouer. La ligne éditoriale est claire : les récits de LSQR n’ont pas pour vocation de remplacer la lecture du soir ou le livre papier, mais simplement d’offrir une expérience d’écran interactive et intelligente à l’enfant, qui pour le coup est bien servi puisque chaque parent crée un compte spécifique à son enfant, ce qui laisse à ce dernier le choix de parcourir seul sa bibliothèque et de (re)découvrir les histoires achetées jusque là.

Errant un peu hasard dans le catalogue de LSQR, si riche qu’il est facile de s’y perdre, nous nous sommes décidés ma chère et moi pour une histoire à lire, baptisée de ce titre amusant : « Le gang des chaussettes ». Amusante, l’histoire ne l’est pas forcément, puisqu’elle évoque la violence à l’école, mais nous y reviendrons ! L’histoire est écrite par Régine Raymond Garcia, illustrée par Dirat et contée par Brigitte Quinton.

Pour relater notre expérience de lecture, commençons par le commencement : comment ça marche ? Une fois achetée, l’histoire (dont le premier chapitre est gratuit), apparaît dans notre bibliothèque. Il est possible de choisir de la lire chapitre par chapitre, ou dans son intégralité. Il faut noter que l’histoire ne peut se lire que sur le site, mais que l’enfant peut s’il le veut la télécharger sous forme de MP3. Petit souci : quand on choisit de lire l’histoire chapitre par chapitre, il est impossible de passer directement d’un chapitre à l’autre. Il faut nécessairement revisiter la bibliothèque, ce qui nécessite quelques clics superflus. Mieux vaut donc sélectionner l’histoire complète, qui finalement est découpée de la même manière (chapitre par chapitre), mais qui permet de passer rapidement d’un chapitre à l’autre (on s’interroge alors sur la pertinence du choix par chapitre, plus contraignant).

L’histoire est une succession de petites scènes animées, où l’on voit les personnages (ici de jeunes écoliers) évoluer et discuter. Les dessins du Gang des chaussettes sont réussis, dans un style simple mais détaillé qui sert très bien le récit. De même, les animations sont discrètes mais agréables. Il ne s’agit pas de s’en prendre plein la vue, mais simplement d’animer un peu l’histoire, et le tout prend bien ! Nous apprécions quelques détails, comme une barre de chargement en forme de chaussettes qui tournent l’une autour de l’autre avant le lancement d’un chapitre. Malheureusement, le détail est un peu gâché quand ces mêmes chaussettes (habituellement sur fond blanc) apparaissent avant l’un des chapitres sur un fond vert. On s’aperçoit alors que les chaussettes n’ont pas été détourées sur l’image, puisqu’on voit clairement un carré blanc, les chaussettes en son centre, qui tourne sur lui-même au milieu du fond vert.

Les détails, c’est là où le gang des chaussettes flanche un peu, et nous a donc déçus. Certes, aucun de ces détails ne ruine l’histoire, mais mis bout à bout, ils gâchent un peu l’expérience. La musique pour commencer : assez entrainante au début, elle tourne en boucle jusqu’à la fin de l’histoire, ce qui a eu le don d’énerver mon amoureuse, qui aurait aimé pouvoir la désactiver. La voix ensuite. Brigitte Quinton est seule à conter cette histoire, et incarne donc l’ensemble des personnages en modifiant légèrement sa voix. Cela ne m’aurait pas dérangé si la conteuse ne se mélangeait pas les pinceaux sur une phrase, où l’un de ses personnages prend soudainement les intonations de la narratrice. Autre détail dérangeant : la police d’écriture, qui nous donne un « ç » majuscule en plein milieu d’un mot. Je peux également citer une « faille » du dessinateur, qui affuble le personnage principal d’une chaussette verte sur la tête, alors que la narratrice parle d’une chaussette rouge ! Encore une fois : du détail, mais c’est souvent le détail qui fait la différence.

Ce qui m’a plus fondamentalement dérangé se joue au niveau de la forme. Alors que les animations se déroulent, les propos des personnages apparaissent dans des bulles, à la manière de bande-dessinées. Seule ombre au tableau, les propos de la narratrice (très présente tout au long du récit), sont malheureusement absents. Je m’interroge alors sur l’intérêt du mode « muet », qui coupe la voix de la conteuse (et pas la musique au grand désarroi de ma chère et tendre). Impossible pour l’enfant (ou plus logiquement pour le parent), de lire lui-même l’histoire, puisque toute la partie de narration, la plus importante, n’est pas affichée. Si bien que ce qui est présenté comme une « histoire à lire » est davantage devenu une histoire à écouter. Frustrant pour moi qui aurais bien envie de raconter l’histoire à mon gosse (pas encore né, ni même élaboré, je le rappelle) en prenant ma grosse voix.

Au final, le Gang des chaussettes est une histoire intéressante, quoi qu’un peu trop terre à terre à mon goût. Elle parle de violence à l’école, de popularité, d’acceptation de soi et des autres,… Des thèmes plutôt osés, et correctement abordés, qui auront le mérite d’évoquer des problèmes sérieux, qui pourraient poser problème à vos enfants. Mon grand regret est le côté trop « ado » de cette histoire, dont le titre amusant faisait rêver mon âme d’enfant d’un vrai faux gang de gamins en couches culottes, comme les Razmoket en leur temps !

Je rejoins donc l’avis de La Dame Au Chapal, qui dans sa chronique de Polo le Clodo (autre histoire de LSQR) soulignait le courage de l’éditeur à évoquer des thèmes forts. Cependant, le gang des chaussettes comporte trop de défauts, aussi minimes soient-ils. Je recommanderai donc à cette ambitieuse maison d’édition d’apporter un soin tout particulier aux détails, parce que rien n’est plus important que le détail !

P.S : Pour avoir lu une autre histoire, plus récente, de la Souris qui Raconte, je peux vous assurer que le gang des chaussettes m’a tout l’air d’être une erreur de jeunesse. Ce pourquoi* je commenterai d’ici peu un autre texte, nettement mieux réussi, du même éditeur…

*Les plus avertis remarqueront certainement que tous les prétextes sont bons pour me faire lire des livres pour enfants !

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2 réflexions sur “Le gang des chaussettes

  1. Pingback: Les textes chroniqués (septembre 2011) « Le club des lecteurs numériques

  2. Pingback: En quête d’espace « lesoufflenumerique

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