Peut-on tout vendre en numérique ?

Peut-on tout vendre en numérique ? Cette question me vient parfois à l’esprit (ou plutôt sa réponse : « non ! ») quand je tombe sur des textes amateurs, mal mis en page et truffés de fautes d’orthographe, vendus sur telle ou telle plateforme de publication ou d’auto-édition numérique. Cette question, je me la pose aussi parfois, en voyant des nouvelles numériques vendues à plus de 10€, toujours par des amateurs. Par « amateur », je ne veux bien entendu pas parler des auto-édités en général, mais bien… des amateurs (voir les sept familles d’auto-édités pour plus d’informations) ! Ce sont ceux qui veulent vendre quelque chose sans y mettre la forme, ceux qui veulent se passer d’éditeur sans faire le moindre effort, et qui se couvrent malheureusement souvent de ridicule à cause de cela.

Bref, tout cela pour dire que cette question : « Peut-on tout vendre en numérique ?» me paraissait trop belle pour ne pas en faire un article. Tout d’abord, car elle pourrait prendre plusieurs sens.

Juridiquement pour commencer : on ne peut bien entendu pas tout vendre en numérique. N’essayez pas de vendre un texte qui ne vous appartient pas, n’est pas Joseph Macé Scaron qui veut ! Légalement encore, vous ne devriez pouvoir vendre vos livres que si ceux-ci  disposent d’un numéro ISBN. Je doute au passage que les auteurs numériques prennent en compte cette règle. Vous serez peut-être surpris d’apprendre qu’on peut tout de même vendre une multitude de choses en numérique. Rien ne vous empêche, par exemple, de rééditer les œuvres libres de droit, et de les vendre. Oui, vous pouvez si vous le voulez vendre du Victor Hugo !

Mais ce qui m’intéressait davantage dans cette question était dans l’aspect qualitatif de la chose. Peut-on vendre le pire des romans en numérique ? Peut-on vendre une micro-nouvelle en numérique ? Cette fois-ci, la réponse légale est « oui », mais ce n’est pas la plus intéressante de ce point de vue. Vendre un mauvais roman, qu’est-ce que cela signifie ?

  • Premièrement, que vous aurez beaucoup de mal à l’écouler. Tout auteur numérique qui se respecte propose un extrait avant achat, et il sera facile pour le lecteur averti de reconnaître un mauvais livre (ce qui marque au premier coup d’œil : fautes d’orthographe, de syntaxe, mauvaise mise en page… sans parler du style). Tout comme il suffit d’un regard à l’éditeur pour rejeter immédiatement un livre, il suffit d’un regard au lecteur pour ne pas l’acheter.
  • Deuxièmement, que vous ruinez votre réputation avant même de la fonder. Votre objectif initial est de trouver des premiers fans, qui seront ravis d’acheter vos prochains livres et, dans le meilleur des cas, de jouer du bouche à oreille. Vendre un mauvais roman, c’est provoquer l’effet contraire : vos rares lecteurs vous détesteront, laisseront de mauvais commentaires sur Internet et vous poursuivront dans la rue en vociférant les pires menaces… Encore une fois j’exagère un peu, mais l’idée est là ! Citons l’exemple de Sharon Kena – je ne l’ai pas lue et ne vais donc pas me permettre de critiquer son œuvre, même si sa réputation semble la précéder- qui est grandement connue sur le net grâce… aux mauvaises critiques qui circulent sur elle, voir par exemple ce petit billet d’Eienblog.

Au-delà de l’aspect qualitatif de votre livre, l’aspect quantitatif jouera également. Peut-on vendre un texte court ? Pourquoi pas, mais cela risque de créer des déceptions. En considérant que n’importe quel auteur peut lire des milliers de pages de Proust pour pas un centime, on peut comprendre la frustration de votre fidèle qui paiera 5 euros pour quelques chapitres… Certes, je comprends le côté dramatique de ces mots, et certains, surtout parmi les auteurs, pourraient me répondre avec colère : « Proust est mort, (…) il faut encourager la création littéraire (…) 5 euros ce n’est presque rien (…) mieux vaut une excellente nouvelle qu’un mauvais roman (…) etc. ». Mais je ne parle pas ici de notions artistico-littéraires mais de réalité du marché : qui achèterait du pâté si le foie gras était gratuit ?

Pour conclure, je dirai simplement, même si ce n’est que mon humble avis, qu’on ne peut pas tout vendre en numérique. A partir du moment où vous demandez à vos lecteurs de vous payer, quand tant d’autres auteurs amateurs ne demandent qu’à se faire lire voire sont prêts à payer pour cela, il faut proposer quelque chose de professionnel à vos lecteurs. Par ailleurs, même si votre nouvelle vous aura demandé beaucoup d’implication et de réflexion, elle risque de décevoir un lecteur qui lui ne prendra en compte qu’un seul constat : il a payé X euros pour seulement quelques minutes de lecture…

Pour aller un peu plus loin encore, je dirais même que vous auriez tout intérêt à proposer un ou plusieurs textes courts de manière gratuite, pour prouver à vos lecteurs que vous valez l’investissement et peut-être les convertir en « clients » par la suite, ou encore pour leur permettre de vous donner quelques retours, qui ne vous seront que bénéfiques, sans qu’ils aient à se sentir floués avant cela. Encore une fois, on parle de réalité du marché. Toutes les marques soumettent leurs nouveaux produits à des tests clients, et vont ensuite distribuer des échantillons gratuits pour convertir les foules…

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15 réflexions sur “Peut-on tout vendre en numérique ?

  1. Je suis à peu près d’accord sur tout, à une nuance près : pourquoi ne pourrait-on pas vendre un texte court ?
    Rien n’empêche de le vendre à bas prix, mais bien sûr à condition de bien préciser la longueur dans les metadonnées du texte afin que les acheteurs ne se sentent pas floués. Cette longueur peut être précisée , même approximativement, en mots ou en pages (j’aime bien 250 mots par page, c’est rond et correspond à peu près) par exemple.

    • Voilà ce que j’ai oublié de faire ! Je voulais parler de ta notion de Epage en fin d’article ! Damn it !
      Tu as tout à fait raison, l’essentiel est que le client ne se sente pas floué, donc qu’il sache ce qu’il achète.

      Ensuite, je maintiens que les textes vraiment courts ne devraient pas être vendus. J’entends par là les textes de moins d’une dizaine de pages (ou d’epage ! 😉 ).

      • Tu proposes quoi pour rémunérer les auteurs de textes de moins de 10 pages qui les écrivent en série mais ne peuvent pas faire un recueil car les sujets sont trop variés, les styles incompatibles, les formes impossibles à rassembler en un volume cohérent ?

        Pense qu’un recueil de nouvelles n’est pas une accumulation de textes, mais bien un ensemble cohérent éditorialement parlant, dans lequel le lecteur appréciera peut-être plus tel ou tel récit, mais trouvera l’ensemble homogène. On ne peut pas tout coller n’importe comment ! 😉

        La réponse est donc bien sûr qu’on peut vendre un livre de moins de dix pages : il faut un prix cohérent, évidemment, pour que les gens ne se sentent pas frustrés. C’est aussi une éducation à avoir pour le lecteur : oh oui, je peux aller lire Proust gratuitement, mais c’est vieilli, ça n’a rien d’actuel, je ne m’y retrouve pas (pour ne pas dire, ça m’emmerde… nota:j’aime bien Proust, personnellement)
        Si le lecteur veut du contemporain (de qualité ou non, quelque soit le sujet) qui parle à son quotidien d’occidental du 21ème siècle, avec son imaginaire, ses références, ses émotions exacerbés de geek en puissance, et bien il n’a pas le choix, il lui faut des auteurs contemporains et de son âge. Et s’il veut de la véritable qualité, il doit apprendre à rémunérer leur auteur comme il faut quelque soit la rémunération.
        Mais soyons logique : si tous les lecteurs rémunéraient en critiques de blog élogieuses et en bouche à oreille pour du « gratuit », l’auteur crèverait rapidement de faim ! Ah oui, mince, j’oubliais, auteur c’est pas un métier. 😛
        Il y a un moment où l’auteur « bénévole » qui veut devenir « pro » doit passer le cap qui consiste à estimer son texte, à l’évaluer et à proposer un prix de vente. Comme un artiste qui vend sa première toile (50€ pour moi, je m’estimais pas beaucoup à l’époque 😄 ) : on regarde ce qu’on fait, on regarde ce que les autres font, on se compare (obligé) et on fixe un prix qui doit être réaliste. Ce prix, c’est à la fois une évaluation du marché (à partir de quel prix les gens m’achèteront-il ?) une évaluation de l’oeuvre (quel prix ça vaut d’un point de vue qualitatif, quantitatif et nominatif ?) et une évaluation de soi-même (je pourrais mettre gratuitement, mais je vaux mieux que ça: par contre, je ne veux pas 10€ pour un ebook de 20 pages…)
        Après le prix bas et la gratuité peuvent être synonyme d’autre chose : volonté d’être lu, volonté de ne pas exclure des lecteurs moins aisés, volonté de faire confiance au lecteur pour vous rémunérer en conséquence par la suite (bouche à oreille, publicité, critiques, dons…)
        La courte longueur ne doit pas être forcément synonyme de gratuité, cela dévalorise les récits courts, voire très courts, et donc inconsciemment, ceux-ci sont considérés comme « moins bons ». Le meilleur texte d’Hemingway d’après lui-même fait à peine 6 mots. Ca ne vaut pas 10€, mais pourquoi ça ne vaudrait pas 10centimes ?

      • Je propose aux auteurs de textes de moins de 10 pages d’écrire des textes plus longs ! :-p

        Tu as raison pour les recueils, il faut que le sujet soit cohérent, il faut une ligne éditoriale, et tu fais bien de le préciser. Là où je ne te rejoints définitivement pas, c’est que ce n’est pas au lecteur de s’adapter à l’auteur, mais l’inverse. Ce n’est pas dur pour un auteur de penser ses nouvelles comme intégrant un recueil. Je pense que même un auteur qui n’écrirait que des nouvelles garderait un thème commun, au moins pour certaines d’entre elles, et pourrait donc en faire un recueil.

        Si l’auteur ne fait même pas l’effort de chercher un format qui pourrait satisfaire son lecteur/client, c’est qu’il n’a pas un point de vue de vendeur et ne devrait donc pas vendre son œuvre.

        J’ai l’intime conviction que l’auteur qui n’écrirait que des textes de moins de 10 pages et n’arriverait même pas à en faire un recueil cohérent est quelqu’un qui écrit pour lui-même, pour son plaisir, pour son loisir, et qu’il ne devrait donc pas être rémunéré pour cela. Quand j’ai le temps, j’aime perdre quelques heures face à des jeux vidéos : devrais-je être payé pour cela ? (bon, je suis encore trop caricatural et fais preuve d’un brin de mauvaise foi, mais c’est bien parce que c’est toi Pauline, et que j’aime te taquiner !).

        Reste le côté artistique de la chose. Un texte court peut être génial, et un lecteur peut tout à fait vouloir rémunérer l’artiste qui l’aura touché en quelques lignes. On ne parlerait plus alors de vendre les textes, mais de proposer à son lecteur de rémunérer l’auteur pour lui permettre de continuer, en proposant aux lecteurs de donner une somme libre à l’auteur par exemple…

        Ta collection 4 (en tout cas j’en ai l’impression) est fondée sur cette idée. Le lecteur peut consulter l’œuvre gratuitement, et tu lui laisses le choix de te rémunérer ou non pour cela. Dans ce sens, je pense que tu ne donnes pas de valeur commerciale à ton texte (puisqu’on peut y accéder gratuitement) mais plutôt à ton travail (ce qui paient pour cette collection ne paient pas pour accéder à ces textes qu’ils pourraient avoir gratuitement, mais paient bien pour te soutenir dans ton travail).

        Ensuite, et pour finir, je ne tiens pas à dévaloriser les récits courts, voire très courts, mais simplement à les situer dans un cadre concurrentiel. Aussi travaillé que puisse être une nouvelle de deux pages, tu ne me feras pas croire qu’elle aura exigé plus de travail d’un texte de cent pages.

        Je ne connaissais pas cette histoire d’Hemingway, mais wikipédia m’apprend que cette fameuse « micro-nouvelle » est « For sale : baby shoes, never won ! » On m’apprend aussi que l’attribution de cette phrase à Hemingway est contestée, et que le fait qu’il la considère comme sa meilleure œuvre est plus ou moins légendaire. Quoi qu’il en soit, aussi intéressants que soient ces mots, je ne leur trouve aucune valeur commerciale pour le simple fait qu’ils n’ont pas nécessité un réel travail…

        Bon Pauline, ça fait longtemps qu’on ne s’est point vu, faudrait vraiment prendre un café pour se gueuler dessus librement un de ces quatre ! 😀

  2. Mais quand tu veux ! Enfin, pas ce week-end parce que y’a la braderie de l’art, le marché des modes et que je risque d’être en vadrouille photo pour mon projet/blog (enfin, si ça te dit de marcher dans les rues désertes et des champs de boue, tu peux m’accompagner).

    Je réponds pas plus précisément car j’ai le cerveau en vrac (travaux dans la rue + boulot de relecture prise de tête/réflexions + commentaires sur d’autres blogs qui abordent aussi les côtés artistiques/financiers de la création littéraire = je m’y perds complètement et je risque de répondre à côté de la plaque)

  3. Sérieusement Sediter, je ne suis pas d’accord avec toi. Je ne vois pas en quoi le fait qu’un texte soit court (voir très court) le disqualifierai pour une « exploitation commerciale ».

    Si le « public » est là pour l’acheter aux conditions de prix fixées par le publieur, en connaissance de cette « particularité » de longueur, au nom de quoi ces textes ne devraient-ils pas être vendus ?

    Que cette vente soit ou non « bénéficiaire » est du ressort à mon avis du publieur, qui doit veiller à l’équilibre cout (en temps/efforts/finance) / revenu, et pas de qui que ce soit d’autre…

    Je conçois parfaitement que toi tu n’achèterais pas un tel texte (c’est d’ailleurs aussi mon cas), je comprends pourquoi tu ne conseillerais pas de publier des textes de moins de 20 pages, mais pour autant je trouve assez déplacé d’associer comme tu le fais les textes courts à l’amateurisme.

    • Je ne voulais pas taxer les textes courts d’amateurisme. Au contraire. Mon auteur préféré est Dino Buzzati qui s’illustre essentiellement dans l’écriture de nouvelles.
      Comme tu le dis, tant que chacun y trouve son compte rien ne me dérangera.

      Ce que je voulais essentiellement dire, c’est qu’un auteur doit aussi faire l’effort de deviner ce qui plaira à son lecteur et ne le satisfera pas.
      Un auteur qui n’écrira que des textes courts sans soucis de faire un recueil est un auteur qui écrit par plaisir. Son texte ne sera pas forcément amateur au niveau artistique, loin de là, en revanche je ne suis pas sûr qu’il arrive à vendre ses textes à l’unité et à réussir de cette manière.

      • Petite contradiction (:P) entre « pas taxer les textes courts d’amateurisme » et « Un auteur qui n’écrira que des textes courts sans soucis de faire un recueil est un auteur qui écrit par plaisir. »
        Le texte en lui-même doit se suffire, sans être inclus dans un recueil. L’auteur peut attendre d’avoir suffisamment de textes du même genre pour les réunir, mais ça peut prendre des années !
        J’ai deux textes courts qui collent à peu près ensemble, mais je ne les ai pas écrit pour qu’ils le soient ! Je fais le rapprochement logique dans un but de publication commerciale : si je les vends à l’unité, même 10centimes, je sais que les gens se sentiront floués. Par contre, dans un recueil de 10-15 nouvelles courtes, ils seront contents (disons qu’au rythme d’écriture de ce type de texte, j’en ai pour… 10 ans ?)
        Mais c’est l’éducation « commerciale » du lecteur qui veut ça !
        C’est se baser sur le modèle économique du papier : il faut rentabiliser les coûts d’impression ! En quoi vendre 5 pages, si le prix est juste pour l’auteur et le lecteur, ne serait pas une bonne chose ? En quoi se serait juste « écrire pour le plaisir » ? (sans parler de l’amateurisme)
        L’avantage du numérique, c’est qu’on se coupe des contraintes liées au papier. On peut vendre du court sans surcoût énorme. Le seul obstacle sont les lecteurs qui, effectivement, sont dans un mode de consommation d’objets physiques. Au 19ème, on écrivait des nouvelles et des textes courts publiés dans des revues, ils n’y avaient pas de lien entre eux/elles, et quand il y en avait assez que l’auteur avait du succès, on pouvait éventuellement publier un recueil. Mais avant le recueil, la nouvelle trouvait un lecteur qui avait payé pour lire !
        Ce n’est pas dans les moeurs de consommation actuelles, ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas le faire !
        Franchement, personne n’aurait parié sur les tablettes de type iPad quand c’est sorti ! Tout le monde riait en disant que c’était plus encombrant qu’un iphone et qu’en plus on ne pouvait pas téléphoner avec… N’empêche que ça marche du feu de Dieu ! Ce n’est pas parce qu’un modèle économique semble absurde qu’il ne fonctionnera jamais !

        Ma collection 4, ce sont des textes d’études, des esquisses, des tentatives. Pas des textes aboutis, travaillés, ciselés pendant des heures ! C’est aussi pour ça que je les propose également gratuitement : parce qu’ils n’ont pas la valeur des autres textes et que j’en suis consciente.

      • Voilà ! Je suis tout embrouillé maintenant ! 🙂

        Bon, au sujet amateurisme, je précise juste pour ne pas qu’on dise de moi que je déteste les nouvelles : comme Asia Morela l’a très justement remarqué, je ne précise pas assez la différence entre amateurisme littéraire et amateurisme commercial.

        La phrase « Un auteur qui n’écrira que des textes courts sans soucis de faire un recueil est un auteur qui écrit par plaisir » reflète le côté « amateurisme commercial » : j’écris pour moi, je ne pense pas à un produit ni à une clientèle, mais pas nécessairement le côté amateurisme littéraire. L’auteur qui écrit pour son plaisir est certainement celui qui risque d’écrire les plus beaux textes au niveau littéraire.

        De ce côté, l’éducation commerciale du lecteur, comme tu le dis, ne s’effacera jamais en numérique. En papier, le genre de la nouvelle est très difficile à éditer car difficile à vendre. Là où tu pourrais me faire mentir, c’est en rappelant que la nouvelle reprend ses lettres de noblesse grâce à la lecture numérique nomade. Le lecteur aime pouvoir lire un texte court pendant son trajet de métro. A présent, reste à savoir si, au delà d’aimer, le lecteur sera prêt à payer pour des textes courts à l’unité.

        Plus que jamais, je pense que c’est bien dans les mœurs de consommation actuelle qu’il faut chercher à toucher son lecteur. Les gens piratent leurs films et leurs musiques, pourquoi achèteraient-ils leurs livres ? Surtout si ceux-ci sont courts…
        Je pense qu’on se retrouve avec trois types de « clients » en littérature numérique :
        – Ceux qui téléchargent illégalement (ils seront nombreux, je n’en doute pas : surtout ne pas se fier à notre « entourage virtuel » de fanatiques du numérique !)
        – Ceux qui sont prêts à payer pour des choses qu’ils aiment, mais qui exprimeront facilement leur mécontentement en cas de déception.
        – Ceux qui cherchent à supporter la littérature contemporaine, se sentent plus comme des mécènes que comme des clients (ceux-là sont les plus rares de tous, j’en suis encore une fois persuadé)

        L’important selon moi, est de toucher au moins en partie la deuxième catégorie…

        Quant à l’iPad, je ne suis pas sûr que ce soit un très bon exemple… D’une, tu ne me feras pas croire qu’il n’y a eu aucune étude de marché et qu’ils l’ont lancé en se disant « un gros iPhone, les gens vont kiffer », de deux l’iPad a de réelles qualités (d’après ce qu’on dit !) et donc une valeur ajoutée par rapports à d’autres produits, de trois Mac comptait déjà sur ses nombreux fidèles et sur les fans de high-tech…

        Bon, sur ce j’ai la désagréable impression de troller mon propre blog ! Je suis vraiment têtu sur cecoup là mais je n’arrive pas à en démordre !

        Les numéricos ! Envoyez moi des bons chiffres de ventes de nouvelles et de textes courts, il faudrait des faits pour m’aider à en démordre !

      • Tu veux des chiffres ? Allez, j’en balance !

        A ce jour, 4 Histoires de Zombies Bretons (4 très courtes histoires, mais tu le sais vu que tu les as sur ton dd) a été acheté à 0,99€ exactement 33 fois sur lesquels il y a eu 2 avis négatifs à cause de la longueur et 1 remboursement, et il continue sa progression (visiblement les avis négatifs n’ont pas d’impact sur les ventes… quoi que si, ça les a un peu boosté O.o )
        A côté de ça, le même titre a été téléchargé gratuitement seulement 11 fois ! (ouais, d’habitude, c’est le ratio inverse)
        Tout ça en un mois et demi, il me semble.

        Voilà, tu es content ? 😉
        (il suffit de le faire pour voir si ça marche !)

  4. Je connais des tas de gens qui n’aiment pas Proust ou le foie gras.

    Pour ce qui est de la longueur des textes, ça me rappelle une micro-nouvelle mise sur Amazon par une auteure que j’aime, et dans les commentaires quelqu’un se plaignait que c’était hyper court, et que « cela ne valait pas le temps qu’il fallait pour le télécharger ». En effet, cette nouvelle était gratuite!

    Pour ma part, je crois que plus les textes sont courts, plus il est difficile de les réussir, tout simplement. J’encouragerais un auteur débutant à écrire au moins des novellas, histoire de limiter la casse, mais après chacun son style, chacun ses goûts.

    Ceci dit, je trouve qu’il y a une sorte de flou dans ton article entre « un mauvais roman » (qui pour moi se réfère au seul contenu de l’oeuvre) et un mauvais produit, qui concerne justement toute la forme, et aussi la façon de le présenter, de le vendre. À ce propos, je lis souvent que la meilleure façon de se faire publier/lire, c’est d’écrire quelque chose de bon, mais… il se trouve que j’ai commencé un roman par une auteure connue, à succès, pas débutante, et que la naïveté et la maladresse de l’écriture me confond. Pour moi, c’est mauvais. Et ça s’édite,et ça se vend. Quand je lis des trucs comme ça, j’avoue que cela ne m’encourage pas à écrire « un bon roman ». Je me dis: écris simplement « quelque chose », ça suffira.

    • Il est vrai que tous les goûts sont dans la nature. Et je n’aime pas vraiment Proust… Ni le foie gras !

      Au sujet des textes courts, je vais encore être contradictoire, mais je pense qu’un texte court peut être vraiment réussi. L’intérêt d’une nouvelle est qu’elle va droit au but. Je trouve la nouvelle parfaite lorsqu’on ne cherche qu’à transmettre une idée, à dégager un sentiment, sans vraiment s’attarder sur des personnages ou une intrigue. Si bien que certaines nouvelles me paraissent vraiment tirées du génie quand il est rare qu’un roman me fasse le même effet.

      Tu as tout à fait raison, l’article reste vague entre mauvais roman et mauvais produit, même si ni l’un ni l’autre ne gagnent à être vendus. Dans mon esprit, j’évoquais surtout les mauvais produits (même si le fait d’être mauvais roman entraîne le fait d’être un mauvais produit) : des choses trop courtes ou non abouties, des choses qui ne méritent pas l’investissement car elles ne sont pas correctement travaillées.

      Pour ce qui est : écrire un « bon roman » pour être édité, ça me paraît un conseil pour le moins évident. Sans tomber dans le cliché de l' »horrible monde de l’édition », certaines personnes profitent de contacts ou d’amis bien placés pour être édités, comme partout ailleurs. Il y a aussi une part de chance, et une part de goût. Peut-être n’aimes-tu pas, mais si des milliers d’autres aiment, tant mieux pour l’auteur.

      Pour exemple, je n’accroche radicalement pas à Beigbeder ou Nothomb, qui sont pourtant des auteurs très vendus.

      Merci de vos commentaires à tous ! 😉

    • (on s’éloigne du sujet mais ça donnera peut-être des pistes de billets pour Sediter)

      En ce moment, je suis en pleine relecture/réécriture de deux textes.
      J’avoue qu’entre le roman prise de tête (que veux-tu dire exactement ? Est-ce que c’est bien cette impression avec cette tournure de phrase ? Et tel conseil, comment peux-tu l’intégrer dans ton chapitre que tu croyais « bouclé » ?) et le roman juste bon sans plus (et là, je relis, je rectifie un ou deux trucs et puis basta !), hé bien, je préfère le roman juste bon !
      Vraiment, c’est beaucoup plus simple et je sais qu’il aura un plus grand public que l’autre. Je pourrais me contenter de textes comme ça : c’est rapide à écrire et à corriger, je peux même le faire avec les enfants qui hurlent dans mon dos, c’est dire !

      Le roman « prise de tête », lui, est beaucoup plus enrichissant intellectuellement.
      Par contre, je sais qu’il sera certainement moins « grand public ». Je peux comprendre que certains auteurs ne se prennent plus la tête à écrire, que certains éditeurs ne poussent pas plus avant certains textes parce qu’ils savent que ça se vendra autant comme ça. Ca leur demande aussi du temps et de l’énergie, on est tous partisans du moindre effort quand c’est possible. 😉

      • 100% d’accord avec toi, et c’est vrai que ça ferait un bel article (quoi que tu en aies déjà parlé sur ton blog ici

        Ce qui se vendra le mieux ne sera pas littéraire, car les best sellers ne sont généralement pas des perles d’intelligence. Personnellement, j’ai vraiment du mal à faire appel aux notions « art » et « littérature » quand il s’agit de vendre. Peut-on vraiment donner une valeur à une perle littéraire ? Et quand bien même, le 5 euros d’un livre numérique reflétera-t-il vraiment cette valeur ?

        Au moins, le « roman rapide » (à écrire, à lire) et sa dose de divertissement valent bien cinq euros. Le prix d’un paquet de clopes pour un truc que tu fumeras rapidement et qui ne te marquera pas plus qu’un autre…

      • Tu fais partie de ceux qui considère l’art comme au dessus de tout et donc sans valeur.
        Comme la majorité des français, avec l’idée que la « culture » est au dessus de tout ce qui est bassement matérialiste.
        J’ai fait des études dans l’histoire de l’art, j’ai vu les musées, les mécènes, les collections privées, l’évolution et la démocratisation des arts, la vie des artistes, leurs idéaux et puis leurs galères commerciales aussi ! Du coup, je n’ai aucun mal à voir dans la littérature même la plus « au dessus de toute contrainte bassement matérielle » un produit comme un autre. On peut avoir des « best-sellers grands publics » pour faire tourner la boutique et des « perles » par passion (beaucoup d’éditeurs sont confrontés au problème, on le leur reproche souvent d’ailleurs. Le problème vient que les grosses maisons d’éditions se sont mises à fonctionner comme des entreprises côtés en bourses avec des actionnaires à satisfaire : or les actionnaires s’en fichent de la culture, ils veulent rentabiliser leur investissement)

        L’art a toujours une valeur. Si on oublie la spéculation qui se fait a posteriori et les ventes aux enchères, une oeuvre d’art a toujours une valeur de départ : celle de l’investissement (matériels/Matériaux) et de ce que l’artiste et le vendeur veulent en tirer. Sans allez jusqu’à pigeonner les gens, ils doivent bien manger.
        La différence entre un tableau et un livre, c’est que le tableau est rentabilisé en un achat (et qu’il est toujours possible de négocier un prix). Le livre est un investissement beaucoup plus risqué : il faut évaluer le nombre de ventes, calculer un prix décent et jeter les dés ! Quand on sait ça, on comprend l’abondance de livres vendeurs et le peu de risques pris par les maisons d’éditions (surtout celles fonctionnant avec des actionnaires).

        Les auteurs qui comprennent ce fonctionnement s’en sortent bien, ceux qui restent des « amateurs commercialement » n’iront pas loin, même s’ils sortent des livres exceptionnels ! C’est dommage, mais c’est comme ça, et étrangement, si l’on arrive pas à se faire repérer de son vivant, il est fort probable qu’on soit oublié dans sa mort (oublions donc l’espoir d’une gloire posthume !)
        (mais là, on est complètement HS)

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