Plagiat ou inspiration ?

Après avoir commencé l’année sous le signe de la protection juridique, dans un précédent article, j’ai pensé qu’il était bon de continuer sur cette voie en évoquant un sujet plus complexe encore : le plagiat. Le plagiat, nous savons tous que c’est mal et que ce n’est pas très gentil. Mais il est important de ne pas limiter notre pensée à cela…

Et pour cause, ce que certains considèrent comme plagiat peut tout à faire être de l’inspiration, un thème nettement moins néfaste que le vol d’idées en lui-même.

Quand je dis à des auteurs de trouver de l’inspiration dans d’autres œuvres artistiques, certains m’avouent qu’ils ont peur de plagier leurs récits favoris. Et il est vrai que la distinction entre l’inspiration et le plagiat peut parfois être mince.

Cela sera justement notre sujet du jour…

Crédits photo : Brett Jordan

Crédits photo : Brett Jordan

Qu’est-ce que le plagiat ?

Avant de parler d’un sujet, il est important de pouvoir le définir. Le meilleur moyen d’aborder le plagiat reste finalement de chercher la définition de ce mot le dictionnaire.

Définition du plagiat

D’après le Larousse  en ligne, le plagiat est donc :

Acte de quelqu’un qui, dans le domaine artistique ou littéraire, donne pour sien ce qu’il a pris à l’œuvre d’un autre.

Ce qui est emprunté, copié, démarqué.

Jusqu’ici rien de bien compliqué : si je vole ou que je copie l’œuvre d’un autre, et que je me l’approprie, je commets un plagiat, et c’est mal.

À priori, la définition semble claire... (Crédits photo : TRUC)

À priori, la définition semble claire… (Crédits photo : Greeblie)

Et d’un point de vue juridique ?

Mais pour mieux comprendre le plagiat, l’idéal est aussi de se renseigner du côté de la loi. Et c’est là que les choses commencent à se corser. Car, au niveau juridique, le plagiat n’existe pas.

En effet, le plagiat n’est juridiquement pas séparé de la contrefaçon. Contrefaçon que le code de la propriété intellectuelle définit comme suit :

Toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d’une œuvre de l’esprit en violation des droits de l’auteur, tel qu’ils sont définis et réglementés par la loi.

Cette fois-ci, il ne s’agit plus de prendre quelque chose à l’œuvre d’un autre ou de la copier en partie, mais clairement de la diffuser telle quelle.

Pour autant, la loi peut protéger du plagiat, et pas uniquement quand il s’agit d’un simple copier/coller. Si on arrive a prouver qu’un auteur a copié des éléments caractéristiques et originaux du récit de l’un de ses confrères sans le citer, il pourra alors être poursuivi pour plagiat.

Mais autant avouer que pour être poursuivi en justice, le plagiat doit clairement dépasser la vague ressemblance.

Soyons clairs : ceci n'est pas une manière d'écrire un roman.

Soyons clairs : ceci n’est pas une manière d’écrire un roman. (Crédits photo : Rasmus Olsen)

Plagiat ou inspiration ?

Nous savons désormais à peu près ce qu’est le plagiat. Venons épicer un peu notre thématique en ajoutant la notion d’inspiration. Ici, nous n’allons pas parler de l’inspiration au sens général, mais uniquement du fait de s’inspirer d’œuvres (littéraires ou non) pour créer son propre récit.

Nous nous attarderons donc sur l’inspiration qui peut nous pousser à dire « Je me suis inspiré de X ou Y pour écrire ce roman », et non pas de l’inspiration divine qui touche l’auteur bohème lorsqu’il contemple un coucher de soleil sur un paysage bucolique.

Désolé, ce n'est pas de ce type d'inspiration dont il est question aujourd'hui...

Désolé, ce n’est pas de ce type d’inspiration dont il est question aujourd’hui… (Crédits photo : Honey Tee)

S’inspirer d’autres histoires : est-ce mal ?

Quand on me demande où trouver de l’inspiration pour un roman, je conseille très souvent de dévorer des œuvres artistiques :

  • Livres,
  • Film,
  • Séries,
  • Jeux-vidéo,
  • Etc.

Je dois avouer que bon nombre de mes idées de roman sont apparues quand je découvrais des œuvres de l’esprit, ou peu après.

Et j’ai d’ailleurs tendance à regarder ou lire uniquement des créations d’un même genre quand je m’attelle à l’écriture d’un récit. Ainsi, je vais spontanément et naturellement regarder des œuvres de science-fiction si j’écris un texte de science-fiction. Tout simplement pour que ma tête baigne dans le même type d’univers.

Le problème, me direz-vous, c’est que cette méthode d’inspiration semble assez proche du plagiat. Après tout, si j’utilise les œuvres d’autres personnes pour inspirer mes univers, ne suis-je pas en train de copier, d’emprunter et de démarquer des idées qui ne sont pas à moi ? Pire encore, ne suis-je pas en train de me les approprier sans même citer leurs auteurs ? Tout cela ressemble horriblement à du plagiat…

Faut-il avoir peur de la copie ? (Crédits photo : Maik Meid)

Faut-il avoir peur de la copie ? (Crédits photo : Maik Meid)

La copie : indispensable à la création

Et pourtant, s’inspirer d’une œuvre n’est pas forcément la plagier ! Au contraire, il s’agit d’un processus créatif à la fois naturel et inconscient, et ce qu’on le veuille ou non.

Il ne faut pas oublier que l’homme est un animal qui copie. Tout apprentissage, dans n’importe quelle branche que ce soit, n’est autre que de la copie. Il suffit de voir comment les bébés imitent et singent les adultes qui les entourent pour savoir que la copie est ancrée dans nos gênes dès les premiers jours.

Et en création artistique, c’est pareil. Même les plus brillants écrivains ne sont que des copieurs. Ils s’inspirent au choix d’autres œuvres, mais aussi de la nature, de leur environnement socioculturel et des différentes thématiques qui les intéressent. Leur talent n’est alors pas de créer une idée neuve et jusqu’alors inconnue, mais de recycler de vieilles idées sous une forme travaillée et pertinente.

J’aime d’ailleurs à penser qu’on n’a rien écrit de neuf depuis Homère, et que les générations d’écrivains qui lui ont succédé ne sont que des copieurs talentueux.

écriture et inspiration

Ce qui différencie l’inspiration du plagiat

Il n’en reste pas moins que copier les idées d’un livre de A à Z reste du plagiat et ne pourra jamais être considéré comme un processus créatif.

Mais alors, comment différencier l’inspiration du plagiat ? La réponse est simplissime : on ne peut pas.

Si certains cas de plagiat sont évidents (quand l’auteur vole des passages entiers ou emprunte complètement la trame scénaristique d’une autre œuvre), d’autres sont tout simplement impossibles à prouver. C’est d’autant plus vrai qu’un auteur peut facilement « plagier » sans même s’en rendre compte, par exemple en s’appropriant des idées qu’il pensait siennes, mais qu’il avait récolté chez d’autres, des années auparavant.

Avec un peu de naïveté, nous pourrions ainsi placer les intentions de l’auteur comme une barrière entre le plagiat et inspiration. L’auteur qui plagie est alors celui qui a eu l’intention de le faire, depuis le début.

Copier sans plagier

Si c’est l’intention de l’auteur qui définit le plagiat, et que vous êtes un auteur, vous aurez tout intérêt à savoir comment éviter d’avoir cette intention.

Et si ma suggestion de vous inspirer d’autres œuvres pour concevoir vos écrits vous paraît semblable au plagiat, c’est que vous ne l’avez pas comprise… Tâchons donc de mieux définir ce que signifie l’expression « s’inspirer d’autres créations ».

Peut-on s’inspirer d’autres œuvres sans les plagier ?

Si à mon conseil de vous inspirer d’autres créateurs, vous démarrez un film avec un carnet de notes en mains et notez les idées phares du scénario… You’re doing it wrong !

Plagier un livre

S’inspirer de faits réels ou de récits pour créer votre propre histoire est une chose saine, mais il ne faut pas chercher à copier les autres. L’idée est de transformer les œuvres que votre esprit découvre en terreau fertile pour votre imagination et pour la croissance de votre propre récit.

Si vous souhaitez écrire un livre sur le clonage, par exemple, vous aurez intérêt à lire de nombreux livres et articles sur le sujet, mais aussi à voir comment les artistes ou philosophes ont déjà traité ce thème. Ce sera peut-être l’occasion pour vous de découvrir que les idées que vous aviez pour votre récit ont déjà été traitées, et que vous alliez faire un plagiat sans vous en rendre compte.

Gardez en tête que plus vous connaîtrez de livres et de créations sur un thème, et plus vous vous échapperez de la tentation de plagier. Certes, vous risquez certainement de piocher des idées à droite à gauche, mais c’est ce en quoi l’inspiration consiste.

La démarche de créateur, tout comme celle de chercheur, vise à compiler l’existant pour créer quelque chose de neuf, ou mettre en valeur une idée sous-exploitée.

En réponse à la question de cette partie de l’article : il est tout à fait possible de s’inspirer sans plagier, à condition de comprendre que réexploiter une idée déjà existante n’est pas forcément du plagiat.

Peut-on connaître d’autres œuvres sans les imiter ?

À la lecture du précédent paragraphe, vous pourriez être tenté de ne justement jamais vous inspirer d’autres créations, dans l’idée de créer un récit totalement neuf.

Oui et non… Certes, un auteur qui n’a jamais lu de science-fiction pourrait créer un récit SF déroutant et neuf. Mais il aura beaucoup plus de chances de taper à côté de la plaque et de créer une histoire déjà vue 1000 fois ou qui n’a ni queue ni tête.

N'ayez jamais peur de lire avant d'écrire ! (Crédits photo : Starry Raston)

N’ayez jamais peur de lire avant d’écrire ! (Crédits photo :
Starry Raston)

Car découvrir d’autres créations artistiques, c’est aussi éviter de les plagier par inadvertance.

Il faut bien comprendre que même un esprit jugé « neuf » (par exemple un auteur n’ayant jamais rien lu) dispose d’une base culturelle inculquée par son éducation, la société dans laquelle il a grandi, sa famille, la télévision, etc. À tel point que les idées qu’il pensera créer sont en réalité des poncifs. Pour éviter cet écueil, il est indispensable de développer un esprit critique en découvrant et analysant d’autres créations.

Le mieux dans tout ça ? Vous n’êtes pas obligé d’imiter les œuvres que vous découvrez. Au contraire, vous pouvez tout à fait développer l’idée d’écrire un livre sur un sujet, car vous trouvez que ce sujet est très mal exploité dans d’autres créations artistiques.

Je suis ainsi certain que de très mauvaises œuvres en ont parfois inspiré d’excellentes, et vice-versa.

Où situer la limite entre le plagiat et l’inspiration ?

L’une des plus grandes difficultés pour l’auteur reste de savoir quand s’arrête l’inspiration et quand débute le plagiat.

Si j’écris l’histoire d’un jeune sorcier adolescent, suis-je en train de plagier Harry Potter ? Et si l’histoire se déroule dans une école de sorciers, est-ce que le plagiat est encore pire ? Et si mon héros est accompagné d’une jeune fille intelligente et d’un acolyte maladroit et pauvre, est-ce le pire des plagiats de l’histoire de la littérature ?

Comme nous l’avons vu, il n’y a pas de ligne claire entre le plagiat et l’inspiration. À tel point que certains verront le plagiat partout, même quand il n’y en a pas. Certains vont me reprocher de plagier Harry Potter à partir du moment où je présente un jeune sorcier dans mon histoire.

Pourtant, je pourrais tout à fait écrire un roman de sorcier, dans une école de sorcier, avec une jeune intello et un gosse maladroit comme acolytes du héros principal, sans même que cela soit un plagiat. Car au final, ni la sorcellerie, ni les archétypes de l’ado orphelin face à un destin extraordinaire, de l’acolyte un peu lourdaud et de la première de la classe n’appartiennent à JK Rowling.

Je pense que la démarcation est surtout claire dans l’esprit de l’auteur. Si vous vous posez une seule fois la question « Suis-je en train de plagier un tel ? », ne cherchez plus : la réponse est oui !

Naturellement, n’allez pas jouer de cette absence de démarcation. Si votre livre n’apporte rien de plus à l’œuvre dont il s’inspire, il sera au mieux inutile et au pire une pâle copie. Et ce n’est pas le fait de citer votre unique source d’inspiration qui enlèvera à la chose son statut de plagiat.

L’originalité est-elle une qualité ?

Pour clore le sujet, il reste un point essentiel à aborder : est-ce qu’un roman original est forcément un bon roman ?

Certes, le lecteur cherchera toujours quelque chose de neuf dans les récits qu’il consomme. Tout simplement car une idée ou un sujet neufs sont attractifs et rafraîchissants. Si une histoire ressemble à toutes les autres et donne une impression de déjà-lu, elle ne suscite pas l’intérêt.

Un roman générique ne risque pas vraiment de plaire... (Crédits photos : Woodley Wonder Works)

Un roman générique ne risque pas vraiment de plaire… (Crédits photos : Woodley Wonder Works)

En revanche, chercher l’originalité pour l’originalité n’est pas une bonne démarche. Je pourrais tout à fait décider de m’habiller en caleçon toute la journée, en colorant ma peau en vert et en portant  des perruques flashy. Mon style vestimentaire serait alors original… mais pas forcément de bon goût.

La simple existence de genres littéraires est une preuve en soi que l’originalité n’est pas une finalité. Si vous labellisez votre roman comme une œuvre fantastique, le lecteur va attendre un récit ancré dans la vie réelle, uniquement troublé par un élément fantastique. La forme de votre œuvre sera donc banale au possible, même si vous pouvez utiliser quelques idées originales.

Au final, le lecteur aura toujours besoin d’un cadre « banal » pour s’accrocher au récit, tout simplement car un univers habituel est rassurant, et qu’il est plus simple de s’y retrouver quand on peut s’attacher à des thèmes ou à des univers connus, même si quelques idées inconnues peuvent le bouleverser.

Pourquoi ne faut-il pas interdire définitivement toute forme de copie ?

Pour conclure, je tenais à rappeler à quel point cette thématique est d’une importance majeure pour tout artiste et créateur.

Si vous êtes arrivé ici, j’espère avoir réussi, faute de vous avoir convaincu, à exprimer clairement ma pensée sur les sujets de l’inspiration et du plagiat. Naturellement, mon avis n’engage que moi, et je ne tiens pas forcément à en faire une vérité universelle. Si mon propos vous paraît bancal, n’hésitez d’ailleurs pas à me dire pourquoi dans les commentaires de cet article.

Mais si tout ce pavé devait au moins vous apprendre une chose, c’est que le plagiat n’est pas le pire ennemi du créateur. Si vous êtes du genre à avoir peur de vous faire voler vos idées, gardez en tête que c’est loin d’être la pire chose qui puisse vous arriver.

Ainsi, je préfère vivre dans une société qui autorise le plagiat plutôt que dans une société qui cherche à interdire la copie à tout prix. Et pour cause, je garde en tête que la copie est le fondement de la création. Sans copier, il est tout simplement impensable de créer.

Imaginez donc une société où chaque auteur pourrait protéger toutes les petites idées qu’il utilise et pense avoir créé. Certes, les juristes et l’INPI se frotteraient les mains, mais il ne faudrait pas plus de quelques années pour voir la création disparaître à tout jamais, monopolisée par une poignée de créateurs suffisamment puissants ou riches pour protéger leurs idées…

PS : Je profite de cet article pour vous parler de mon prochain roman : Harrold Pottier à l’école des mages. Vous y retrouverez un jeune adolescent orphelin confronté à son ennemi de toujours, Voldedécès. Une œuvre originale et inattendue s’il en est !

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4 réflexions sur “Plagiat ou inspiration ?

  1. Le problème de la copie ou du plagiat, à mon avis, existe essentiellement pour protéger le travail de chacun. Une société ou il serait légal de s’emparer du travail des autres pour en récolter les bénéfices à leur place, mènerait rapidement à l’émeute.
    Donc notre législation tente de limiter les conflits, tout en sachant que sur le fond, aucun argument ne tient vraiment. Pierrick, tu as d’ailleurs décortiqué de manière exhaustive ce point là.
    Sinon, nous pourrions imaginer une civilisation où la question d’assurer son pain quotidien, n’existerait plus et où le narcissisme intellectuelle ne serait plus qu’un souvenir.
    La création pourrait alors être partagée. Et on pourrait reprendre l’œuvre d’un autre pour l’améliorer. Tout en chacun ne pourrait que s’en féliciter.
    J’émettrai une réserve quand l’œuvre serait dépréciée, et je verrai bien un jury composé d’experts en art pour émettre un avis.
    A priori, cette attitude porterait l’art à ses plus hauts niveaux.
    Nous avons déjà cette situation dans le domaine du cinéma.
    On ne compte plus les versions de (Les misérables, Cyrano de Bergerac, Le tour du monde en 80 jours, etc … ).
    Ce qui n’empêcherait pas de continuer à produire des œuvres originales, et il est probable que ces auteurs n’en auraient que plus de valeurs aux yeux de tous.

  2. Bonjour, je suis tombée par hasard sur cet article que je trouve très complet et réaliste, merci ! Au passage, je serais tentée de lire Harrold Pottier à l’école des mages lol !

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