La Pasta Box de l’auto-édition

Cet article me trottait dans la tête depuis un petit moment, je pensais même l’avoir déjà écrit, c’est dire ! Il aura fallu que je tombe sur un article des Studios Walrus : The Digital’s writers Dead End , pour me faire sauter le pas. Dans cet article que je vous invite à consulter, l’éditeur français de livres numériques enrichis fait un triste constat sur une partie du business actuel du numérique, dont certains acteurs cherchent l’argent là où il est : dans la poche de l’écrivain et non dans celle du lecteur. Autrement dit amis auteurs, attendez-vous à voir proliférer non pas des éditeurs numériques soucieux de présenter une littérature de qualité et de porter vos talents face à des lecteurs exigeants, mais avant tout des sociétés d’escrocs plus ou moins avoués qui vont tout faire pour vous vendre des services et des conseils hors de prix. Vous l’aurez compris, l’édition à compte d’auteur a aussi sa version numérique, que ce soit via des entreprises qui se présenteront comme « éditeurs » ou comme « prestataires de services ». Je termine ici cette petite introduction à l’article que vous allez lire, et vous invite une nouvelle fois à lire l’excellent article de Julien Simon qui m’aura poussé à écrire les quelques lignes à venir.

Pour vous faire comprendre facilement ce que je considère comme la « Pasta Box de l’auto-édition », le plus simple est de vous expliquer comment je considère… la Pasta Box tout court. La Pasta Box, pour ceux qui n’auraient jamais eu l’occasion de croiser ce merveilleux produit de notre société de consommation, est une bête boîte en carton (recyclé ou non, ce n’est pas vraiment mon problème) contenant, je vous le donne en mille, des pâtes ! Certains vous diront qu’elles contiennent également une sauce onctueuse, un fromage fondant ou des conneries du genre, mais je maintiens mon observation principale : elles contiennent essentiellement des pâtes. Il s’agit pour le propriétaire de l’une de ces merveilles de placer sa boîte de carton pleine de pâtes dans le micro-ondes, de manière à disposer d’une boîte de carton pleine de pâtes chaudes, qu’il sera alors possible de consommer en tout sécurité.

En soi, le concept n’a rien de très exceptionnel ni d’innovant, ce qui l’est plus en revanche, c’est son prix : comptez 3 euros et quelques dizaines de centimes pour l’une de ces merveilles, qui je vous le rappelle vous durera à peine le temps d’un repas. Vous l’aurez compris, la Pasta Box réussit l’exploit de vendre à prix d’or un produit de grande consommation habituellement très bon marché, et que tout le monde arrive à cuisiner. Voilà ce que représente la Pasta Box pour moi : vendre aux gens quelque chose qu’ils sauraient faire facilement sans trop d’efforts ni de moyens, et leur vendre horriblement plus cher que s’ils l’avaient fait eux-mêmes, grâce à la magie du marketing.

En auto-édition, vous devez commencer à deviner ce que pourrait représenter la Pasta-Box. Votre livre, vous l’écrivez, c’est d’ailleurs plus ou moins ce qui fait de vous un auteur. Mais pour devenir éditeur et vendre votre livre, il faudra passer par les cases relecture, correction, mise en page, couverture, publicité, marketing, diffusion,… C’est là qu’entre en jeu la Pasta Box de l’auto-édition ! Votre livre, la Pasta Box va lui promettre un grand avenir, à condition d’y mettre les moyens. Pour une modique somme, la Pasta Box va faire de votre document Word un ebook au poil, qui se vendra par centaines… tout du moins c’est ce qui est écrit sur son emballage. Dans la réalité, la Pasta Box va tout juste faire le travail, et vous laissez le porte-monnaie plus léger, avec un ebook que vous n’arriverez pas à mieux vendre que si vous l’aviez fait vous-même !

Arrivé là, vous vous demandez peut-être quelle autre opportunité vous avez, surtout si vous arrivez tout juste à faire cuire vos pâtes seul ! Rien ne vous empêche d’être aidé, bien au contraire : demandez la recette de bolognaise de votre grand-mère, faites-vous offrir les tomates du voisin, chercher des conseils de cuisson sur Internet ! Deux choses me paraissent primordiales : d’une, que j’arrête cette métaphore lourdingue sur les pâtes, et de deux, que vous cherchiez à travailler vous-même votre texte avant d’être tenté par la Pasta Box.

Produire un bel ebook nécessite un minimum de savoir-faire, et aucun auto-édité « professionnel » ne se risque à travailler seul. Le fait de bien écrire n’assure en rien votre capacité à créer des couvertures attirantes, ni même à être le roi ou la reine de l’orthographe, ce pourquoi il faudra peut-être passer par un graphiste et un correcteur. Avant même cela, vous devrez recevoir les avis de premiers beta-lecteurs pour être certain que votre œuvre n’est pas à jeter ! Bref, d’autres personnes vous aideront certainement dans votre travail. Mais avant de consulter qui que ce soit, commencez d’abord par tâtonner par vous-même, investissez-vous dans tous les domaines qui touchent à l’auto-édition. Cela vous permettra de combler certaines lacunes et vous forgera un regard plus « pro » sur votre travail à venir.

Vous identifierez certainement des lacunes que vous ne pourrez pas combler, mais ne vous ruez pas pour autant sur la Pasta Box ! L’auto-édition est aussi une histoire de débrouille et d’entraide. Vous ne connaissez personne capable de faire votre couverture ? Ce n’est pas une raison pour contacter un studio de graphistes hors de prix. Demandez à d’autres auteurs comment ils s’en sortent, voyez s’il n’est pas possible de passer par un étudiant qui vous fera un prix défiant toute concurrence et aura une créa de plus à accrocher à son book !

Le numérique a cela de formidable qu’il permet de proposer ses œuvres à petit prix, sans avoir à débourser de frais comme c’est le cas pour le papier. Tâchez donc de profiter de cet opportunité, et non pas de la gâcher. Aussi peu « motivational » que soit ce conseil : considérez que vous ne ferez aucune vente ! Cela vous permettra certainement de faire plus attention aux frais que vous débourserez avant publication, et d’éviter de vous faire plumer.

Si malgré tout, vous gardez l’envie de passer par la Pasta Box, c’est votre droit. Je maintiens ma pensée : un auteur ne devrait pas avoir à payer pour se faire lire…

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6 réflexions sur “La Pasta Box de l’auto-édition

  1. Juste un mot sur ta conclusion : Je suis parfaitement d’accord avec le fait qu’un auteur ne doit pas payer pour se faire lire.

    Cependant, d’une part, il ne peut pas non plus revendiquer de « droit » à être lu, si personne ne veut le publier/diffuser et ben tant pis.
    D’autre part, à partir du moment où un auteur quitte sa casquette unique d’auteur et s’aventure dans l’auto-édition/publication, il endosse un rôle de publieur, qui lui peut inclure des dépenses et prises de risques, d’ordre financières ou autres.

    Mais également, et comme tu l’explique sur tout le reste de ton billet, avec cette casquette, il doit à l’auteur (et à lui même) de mesurer ces risques, de se renseigner et d’appréhender le processus dans son ensemble.

    Si un auteur s’auto-publie, il faut bien qu’il se rende compte qu’il doit adopter un second rôle tout à faut différent de celui de l’auteur : celui d’un professionnel de la publication, du marketing etc.

  2. La vraie question à se poser pour un auteur est : « est-ce qu’on veut vendre des livres, ou être lu ? ».

    Si on veut juste être lu, un blog gratuit sur wordpress ou blogspot, on peut avoir son premier lecteur dans la journée.

    Si maintenant on veut vendre des livres, pour n’importe quelle raison (pour pouvoir dire « t’as vu j’ai écris un livre », pour gagner de l’argent,…), c’est un peu plus compliqué…

    Autre idée de comparaison : Kindle est le Nespresso du lecteur numérique 🙂

    • Promolivre, je suis d’accord (en partie tout du moins) sur le fait qu’il faille se poser cette question. Cependant, pour toi, mettre ses écrits sur un blog est suffisant pour être lu. Je crois que la publication de ses écrits (même payants) sous forme de livres peut (parfois) être un vecteur de diffusion plus important et efficace pour atteindre ce but d’être lu.

      Une fois une certaine visibilité atteinte, un livre/ebook sera sans doute plus accessible et découvrable dans les (e)librairies que sur un blog « anonyme ».
      Que certains puissent au contraire bâtir toute leur visibilité/lisibilité sur un blog, c’est absolument certain. Des exemples il y en a à la pelle.
      Cependant, plus le public « visé » est large, plus à mon avis, une vraie « publication » s’impose.

  3. Merci pour vos commentaires.

    @TheSFreader : Tu as bien raison, personne ne doit revendiquer le droit à être lu. Il ne faut donc pas croire à l’auteur malheureux qu’il lui suffira de faire un chèque pour ce faire. Si ton livre est mauvais à la base, l’éditeur honnête te le dire, tandis que l’escroc prétendra simplement qu’il suffira d’un bel emballage pour le vendre.

    Ensuite, la casquette d’éditeur impose bien sûr quelques investissements, je ne vais pas dire le contraire. Mais je pense qu’il faut tout faire pour limiter les investissements, et par dessus tout, revêtir la casquette d’éditeur veut aussi dire mettre les mains dans le cambouis.
    Récemment, dans cet article de paumadou, notre Pauline nationale (enfin, l’une de nos deux Pauline nationales) reparlait du défi Numeriklivres versus Publie.net, lors duquel les deux éditeurs ont mené 100% du travail sur l’édition des textes de Karl Dubost, preuve que nos deux éditeurs sont capables de monter un livre de A à Z, même si je doute qu’ils fassent ainsi avec toutes leurs publications !

    @PromoLivre Tout à fait, ici on parle davantage de vendre des livres. Qui veut simplement être lu n’a pas intérêt à vendre son produit, et n’a pas nécessité à proposer un produit parfait d’ailleurs.
    Ah… Le Nespresso : la Pasta Box du café ! 😉
    Simple remarque : je ne dirais pas que Kindle est une Pasta Box. Au contraire, ça me paraît un bon moyen d’être un tant soit peu visible actuellement. L’auteur qui ne reste que sur son site pour vendre ses livres fera de moins bons chiffres que s’il était sur le Kindle, pour la simple raison que tout le monde connaît Amazon et que personne ne connaît son site…

  4. (JE VAIS TUER CHROME QUI M’A PERDU UN SUPERBE COMMENTAIRE DE 3 PAGES ! >o<)
    Je raccourci donc :
    Je suis fatiguée, je vois pas le rapport entre l'article et les commentaires (pas réagi avant car rien à redire à ça)
    Je rebondis sur les commentaires :
    L'auteur maudit (celui qui pense que l'éditeur est le seul obstacle entre lui et SON public) pense que le monde n'attend que son génie. Le monde n'attends personne, faut se mettre ça en tête. Il y a un "droit à s'exprimer" mais ça n'implique pas un devoir d'être lu de la part du lecteur. Le devoir n'engage que celui qui exige le droit en regard. Le lecteur n'a aucun compte à rendre à l'auteur (et je pense que l'auteur n'a aucun compte à rendre au lecteur, mais là tu vas me sauter dessus avec un article où tu me parles relation auteur-lecteur ! 😛 )

    Les systèmes de comptes d'auteurs (déguisés ou non) sont très bien rodés (vu chez un membre de la belle-famille) :
    1- On te flatte, on te dit que c'est génial, vraiment tout à fait innovant, que tu as du talent, que ça a tout de suite attirer leur attention (avant même d'ouvrir l'enveloppe, c'est dire) – L'auteur maudit aime être flatté parce que ça lui donne l'impression d'être important et qu'enfin on reconnait son génie. (c'est pour ça que je déteste être flattée, j'ai toujours l'impression que ça cache quelque chose… faut que j'arrête d'être parano)
    2- On te présente un business modèle en béton : tout est calculé, argumenté, chiffres de ventes prévisionnels à l'appui. Si tu a le moindre doute, ils te le démonte en un rien de temps. Leur arnaque est rodé, ce sont des commerciaux. Ils zappent le fait qu'un auteur auto-édité vend moins qu'un édité, présente des chiffres mirobolants (1000 ventes papier pour rentabiliser, mais c'est rien ça ! Vous ferez dix fois plus – oui, elle a gobé ça) et oublient de dire qu'en étant publié chez eux, c'est une très mauvaise image qui se surimpressionne à celle de l'auto-édité qui n'est déjà pas fameuse.
    3- Ils te jouent la carte : d'habitude on ne fait pas ça, mais là, c'est un prix parce qu'on sait que c'est exceptionnel et que ça ne pourra QUE se vendre comme des petits pains. Là, tu craques, parce qu'ils ont vraiment l'air d'y tenir à ton bouquin (ils disent "livre, génie, gloire" et non pas "on veut tes sous", ça aveugle beaucoup de naïfs)
    4- En numérique je ne connais pas trop, mais les arguments doivent certainement être les mêmes. Avec des adaptations comme "100 ventes sur notre boutique à 90% et vous rentabilisez votre investissement" alors qu'en dehors des grosses plateformes d'ebooks qui rémunèrent beaucoup moins (et la centaine de vente, c'est encore uniquement pour les "top vendeur" vu le marché actuel), il est impossible de tenir des volumes pareils ! Pareil, ils cachent les chiffres réels derrière des prévisionnels.
    Des prévisionnels, j'en ai fait pour avoir des aides de l'état et je peux te dire qu'on peut mettre n'importe quels chiffres, tant que le compte est juste, tu as tes aides (ce qui est aberrant vu que les comptes d'une boîte ne tombent jamais pile poil juste !), là tant que l'auteur maudit rentabilise son investissement (et souvent le double ou le triple), ça passe.
    Même si ce sont des conneries.

    (je pense que je suis complètement HS, mais spa grave, c'est le premier jour des vacances avec 3 gamins surexcités, il est plus de 21h, j'ai plus vraiment ma tête sur les épaules)

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