Auteurs, faut-il proposer vos livres gratuitement ?

Livres gratuits

Crédits photo : Rudi Riet

Aujourd’hui chers amis auteurs, je vous propose un article sur le prix de vos ebooks, ou plutôt sur l’absence de prix, autrement dit le fait de proposer vos textes (ou certains de vos textes) gratuitement. Choisir un prix pour ses livres numériques est une étape comme une autre de l’autoédition. Bien souvent, un auteur ne sait pas vraiment quel prix fixer pour son livre. Il est assez tentant de proposer un prix élevé, surtout si on prend en compte la marge qui ira dans la poche du distributeur (Amazon ou autre…), néanmoins il faut aussi penser à l’intérêt du lecteur. Ainsi, la récente conférence FutureBook a vu quelques débats autour du prix du livre numérique, en admettant finalement le prix de 4,99$ comme « juste tarification » d’un ebook.

Mais là n’est pas le propos ! L’intérêt du livre numérique est que ses coûts de distribution sont presque nuls. Il peut donc être tentant (et cela se voit très souvent) de proposer un ou plusieurs livres numériques gratuits, par exemple en guise de « produit d’appel ». Cela ne vous coûtera rien, si ce n’est bien sûr le temps passé à la rédaction et à la mise en page du livre. Ainsi, si vous avez écrit cinq livres numériques que vous aimeriez vendre, vous pourriez très bien en proposer un gratuitement, en imaginant que la qualité dudit texte donnera envie à ses lecteurs d’acheter vos quatre autres œuvres.

La question du jour sera donc : est-il pertinent de proposer ses livres gratuitement au lecteur numérique ?

Comme j’aime bien faire retomber immédiatement le soufflé que je viens de faire monter, je vous annonce franchement que je n’ai pas la réponse. Mais cela ne m’empêche pas d’avoir un petit avis que je vais vous exposer ici.

Pour commencer, parlons des avantages de la gratuité du livre numérique (vous comprendrez bien vite qu’il s’agit de flatter un peu la gratuité avant de lui enfoncer un couteau dans le dos !). En proposant un ebook gratuit, il y a de fortes chances que vous génériez bien plus de téléchargements qu’avec vos livres payants. C’est un fait, les gens préfèrent généralement les choses gratuites ! D’autant plus que dans le cas du numérique, il suffit d’un clic pour profiter de cette gratuité. La gratuité avance donc un potentiel de diffusion nettement plus fort.

MAIS, et le mais est là, le gratuit n’est pas pour autant un générateur absolu de popularité. Imaginons que vous choisissiez le gratuit pour faire découvrir plusieurs de vos livres payants, jusque là passés inaperçus sur la toile. Si vos livres payants sont perdus dans les milliers de pages du catalogue Amazon, aurez-vous davantage de succès avec votre livre gratuit perdu dans les millions de pages du catalogue « gratuit » d’Amazon ? Vous n’êtes pas le seul à proposer un livre gratuit, loin de là. A partir du moment où vous n’arrivez pas à générer un public potentiel autour de vos textes, un livre gratuit ne changera rien au problème, et c’est davantage sur votre communication que vous devrez travailler.

Pire encore, le pouvoir du gratuit s’estompe rapidement s’il est trop utilisé. Imaginez que Coca-Cola offre gratuitement des cannettes sur un stand devant chez vous. Bingo ! Vous vous empressez d’aller en chercher une ou deux. Maintenant imaginez que des centaines d’employés de Coca-Cola distribuent à tour de bras des canettes de Coca-Cola, à toute heure. Vous serez heureux le premier jour, puis finirez par éconduire poliment le quinzième employé qui tient à tout prix à vous refiler sa canette alors que vous en avez les bras pleins ! Pire encore dans cette situation, plus personne n’acceptera d’acheter du Coca-Cola. Pour le livre numérique, c’est un peu la même chose. Non seulement vous arriverez sur un marché déjà saturé de livres gratuits, mais en plus vous risquez de générer le mécontentement des lecteurs en essayant de leur vendre vos livres par la suite.

Par ailleurs, le côté gratuit peut avoir une symbolique sur la valeur de l’œuvre. Fixer le prix d’un livre est souvent un moment délicat pour l’auteur, qui par cette étape peut avoir l’impression d’évaluer son propre travail. Les auteurs ont souvent le défaut de répugner à fixer un prix bas à leur texte numérique, car ils y ont passé beaucoup de temps et de travail. En proposant un livre gratuit, l’auteur peut donc avoir l’impression de dévaloriser son travail. Vendre un texte peut d’ailleurs motiver l’auteur à donner le meilleur de lui, et à soigner parfaitement son livre (contenant et contenu). Il ne faudrait pas que l’idée de faire du gratuit le pousse à faire moins bien, et donc peut-être à décevoir ses lecteurs.

La gratuité peut aussi avoir quelques effets sur la perception du livre par le lecteur lui-même. Un lecteur aura nécessairement moins de respect pour un livre gratuit, et aura même tendance à ne pas le lire. Je vais ici citer un article de The best place qui m’a en partie inspiré ces lignes, dans lequel LeReilly dépeint ces pirates qui téléchargent tant de films ou de livres qu’ils ne savent même plus quoi regarder, et ont même tendance à oublier ce que contient leur disque dur tant ils ont téléchargé.

Le vice avec la gratuité est en effet qu’elle n’engage à rien. Ainsi, vous n’aurez aucun scrupule à jeter un simple échantillon de parfum, alors même qu’il vous semblerait impossible de faire de même avec un flacon entier ! Le simple fait d’avoir payé pour un livre, ne serait-ce que 0,99 €, vous forcera toujours à le lire, à moins que vous ne soyez du genre à jeter l’argent par les fenêtres. Certes, si le livre ne vous plait pas, votre ressenti sera plus fort et vous risquez d’en faire une mauvaise publicité, mais vous pourriez en faire autant (effet vicieux du gratuit) pour un texte qui vous aura été offert. En tant qu’auteur, c’est de toutes manières à vous de vous arranger pour que le texte soit bon !

Je tenais ici à citer un tweet amusant de Numériklivres, l’un des éditeurs 100% numérique français : tweet_numeriklivres

Au final l’affaire est là : le gratuit sera souvent plus intéressant pour le lecteur (encore faudrait-il connaître la différence entre le nombre de téléchargements et le nombre de lectures) mais ne peut être une fin en soi. Que vous soyez éditeur ou auteur, l’important est aussi de pouvoir rentabiliser votre travail, même si effectivement il est intéressant d’attirer le plus de lecteurs possible.

Pour conclure, relativisions un peu : le livre numérique gratuit n’est pas non plus le mal du siècle pour les auteurs. Il peut en effet être un procédé marketing efficace. Mais s’il vous tente chers auteurs, essayez de réfléchir au mieux à la manière de le mettre en place. Si vous le pouvez, n’hésitez jamais à laisser des extraits de votre texte disponible (ce n’est d’ailleurs pas pour moi du gratuit, mais simplement de la possibilité de feuilleter votre texte avant achat). Concernant les livres gratuit en tant que tels, essayez de faire en sorte qu’ils s’intègrent suffisamment au reste de votre œuvre pour donner envie d’en lire davantage. Si votre livre gratuit est le premier tome d’une saga, le lecteur sera plus poussé à acheter la suite que si votre texte se suffit à lui-même.

Citons ici de nouveau les bonnes pratiques des éditeurs numériques, avec la célèbre série des Waldganger, éditée par Numériklivres, série de plusieurs épisodes dont le premier est gratuit, ou encore plus récemment la saga quasi-hollywoodienne Jésus contre Hitler des Studios Walrus, qui fonctionne sur le même modèle.

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23 réflexions sur “Auteurs, faut-il proposer vos livres gratuitement ?

  1. Voilà, tu l’as bien dit bouffi :

    « Concernant les livres gratuit en tant que tels, essayez de faire en sorte qu’ils s’intègrent suffisamment au reste de votre œuvre pour donner envie d’en lire davantage. Si votre livre gratuit est le premier tome d’une saga, le lecteur sera plus poussé à acheter la suite que si votre texte se suffit à lui-même. »

    En France en tout cas, ça ne me semble fonctionner que comme ça pour le moment.

    Par contre,

    « Le simple fait d’avoir payé pour un livre, ne serait-ce que 0,99 €, vous forcera toujours à le lire, à moins que vous ne soyez du genre à jeter l’argent par les fenêtres. »

    Suis l’exemple-même du mec qui peut acheter à 1 € (quand promo flash par exemple, ou exceptionnellement un livre « au prix fixe » de 1 €) et zapper de lire le bouquin. J’en ai tout un tas que je n’ai pas encore lu, par manque de temps souvent, mais qui prend pour profiter du bas prix et lire plus tard.
    Donc au final, je ne fais pas trop de différenciation gratuit / payant à 1 euro dans mes pratiques personnelles…

    Par contre, les bouquins plus chers, là, je me force à lire rapidement. Et je me force aussi à lire jusqu’au bout alors qu’un livre à 1 euro qui ne me plaît pas, j’arrête.

    Faut aussi prendre en compte l’intérêt que tu portes à la chose (téléchargement utile Vs. téléchargement de constitution d’une bibliothèque). Enfin bref…

    Au final gratuité / prix pondéré par pleins de facteurs dans mes usages. Et pas loin de penser que prix de 1 euro peut dévaloriser le livre, comme il a été dit à FutureBook par un mec de Kobo, vu que j’en achète très peu à ce prix hors promotion… et doit avouer que je ne me penche pas sur les livres vendus à ce prix-là dans les catalogues en ligne (je n’en regarde même pas la description par exemple, me base juste sur le titre et la couverture, alors qu’il se peut que le prix soit tout à fait juste par rapport à la longueur du bouquin…)

    My two pesos.

  2. Discussion nécessaire et je pense que l’expérience est la meilleure façon de savoir si un livre gratuit est efficace. C’est en effet avant tout un outil marketing qui peut avoir des objectifs différents sur des marchés différents. C’est un outil efficace pour se faire connaître, pour faire connaître un livre qu’on vient de publier. Je l’ai fait avec mon premier livre La couleur de l’oeil de Dieu (que je vais du reste retirer du marché) surtout parce qu’à l’époque je n’en aurais de toute façon pas vendu ou si peu… Début 2011 Amazon.fr n’existait pas et les francophones étaient encore rarement équipés d’une tablette. Aujourd’hui encore La couleur est plus téléchargé aux États-Unis (40 semaines) qu’au Canada ou en France (2 à 3 copies/semaines). À quoi ça m’a servi ? À me faire connaître des éditeurs numériques et aussi de quelques lecteurs qui ont achetés mon 2e ebook Le baiser de la mouche quand il est sorti il y a un mois. La plupart des auteurs anglophones que je connaissent qui ont un livre qui a fait un succès, l’on publié dans un premier temps gratuitement. Pour eux ça marche, je crois que là on a affaire à un syndrome culturel. Je ne connais pas pour l’instant un auteur auto-édité francophone qui a fait un succés de cette façon. Voilà pour mon expérience. Excellente journée à toi.

  3. Une réflexion intéressante, merci !
    Je pense que bien utilisé, le gratuit peut avoir du sens: proposer quelques textes courts/un plus long/un premier d’une série, pour inciter au reste. Sous conditions toutefois:
    – Vos textes gratuits doivent être bons. Genre vraiment bons. S’ils ne sortent pas du lot, c’est inutile.
    – Je pense que les textes gratuits doivent cohabiter avec du payant. Et quand je dis cohabiter, c’est immédiatement. De cette façon, vous annoncez directement la couleur, et ne donnez pas à votre futur lectorat l’idée fausse que vous n’allez faire que ça. Les gratuits devraient également être par la suite exceptionnels dans votre production: quand vous le faites, c’est une récompense pour votre lectorat.
    – Si vous avez fait du bon gratuit, vous avez fait une promesse implicite: votre payant doit être encore meilleur.
    Malheureusement, il ne faut pas oublier qu’au-delà de l’argent, c’est aussi le précieux temps du lecteur pour lequel les auteurs sont en concurrence. S’il est trop submergé par la gratuité, il n’aura plus le temps de lire le reste.
    À la gratuité, peut-être vaut-il mieux préférer des modèles de prix libre ou des opérations ponctuelles de dons à des œuvres caritatives. Ceci pour que le lecteur ne perde pas de vue le fait qu’un créateur doive être rémunéré, tout en permettant aux plus démunis d’accéder tout de même à la production littéraire. Je pense par exemple au système à la Humble Bundle pour les jeux vidéos, ou à la Leanpub.

    (à noter: je ne suis ni écrivain, ni éditeur, ni employé marketing, purement lecteur. Je n’ai pas l’air au premier abord de prêcher pour ma paroisse mais en fait si: j’ai juste conscience qu’un auteur dont les œuvres me plaisent ne pourra pas m’en fournir d’autres s’il crève la dalle.)

  4. Merci pour cet article et assez d’accord avec ce qui est dit : le gratuit n’a plus de valeur de nos jours.
    Mais après tout un blog est gratuit. Et s’il me prenais un jour l’envie de mettre sous forme de livre une étude ou une réflexion assez développée, je pourrais choisir de la mettre à disposition sous forme de livre et non d’article. Et tout aussi gratuitement.
    C’est drôle, à la réflexion je conçois en fait plus le payant pour le divertissement et le gratuit pour le sérieux, la participation au débat des idées. Effet de culture contemporaine ?

  5. Merci à tous pour vos commentaires avisés !

    @Panoz : Tu as certainement raison sur les prix bas, et j’ai aussi tendance à avoir cette habitude face aux livres à bas prix. A voir si un prix dévalorisé ne donne pas la même impression que le gratuit à propos de la qualité. A prendre en compte au moment de fixer un prix en tout cas. Encore une fois, le 0,99€ me paraît justifié sur une collection de textes courts ou en épisodes, comme le Waldganger. Reste que le simple fait d’entrer ses coordonnées bancaires me paraissait déjà plus engageant, ne serait-ce que dans la démarche.

    @Le baiser de la mouche : Totalement d’accord sur l’importance du test. Comme tu le dis, le marché francophone numérique est loin d’être rodé, et reste à voir les attentes des lecteurs concernant les prix et les habitudes. C’est finalement surtout vis à vis de cette jeunesse du marché que la gratuité m’effraie. Si tout le monde commence à faire du gratuit, il se peut que les lecteurs considèrent le livre numérique comme quelque chose de gratuit par nature.

    @FennNaten Merci de tes ajouts ! Je suis d’accord pour dire que le texte gratuit doit sortir du lot, mais il s’agit encore une fois d’une limite. Je veux dire par là que l’auteur qui est fier de son texte, qui a réussi à produire quelque chose d’original et de vraiment bon, n’aura peut-être pas intérêt à le rendre gratuit… Et comme tu le dis, le payant doit être ENCORE meilleur, ce qui rend la tâche encore plus difficile. Concernant la cohabitation gratuit/payant, je pense qu’il y a du terrain à exploiter. Par exemple utiliser de courts textes gratuits pour fédérer une communauté de lecteurs, des textes qui seraient par exemple diffusés via une newsletter, pour un contact direct auteur/lecteur (pour le coup, Jiminy Panoz doit avoir une expérience à ce sujet puisqu’il a, si je me rappelle bien, déjà utilisé cette technique).

    @JCgarnier : Donc plus le livre est sérieux, et moins il a de valeur ? :-p Je pense que tout dépend les attentes et la portée du livre. Quand je vois le coût de certains textes uniquement dédié aux professionnels, je me dis que certains n’hésitent pas à saler la facture pour les textes « sérieux ». Reste à voir si on veut partager une idée, un savoir-faire, ou rentabiliser un travail et une expérience (les deux se valent, à l’auteur de déterminer ses attentes !). Dans cet article, je n’ai pas vraiment parlé des auteurs qui se contentent d’être lus (que ce soit par plaisir d’écrire ou volonté d’échanger), mais il est vrai que les blogueurs tiennent peu être un peu de ça. Bref, merci de m’avoir rémunéré grâce à vos commentaires ! 😉

  6. En fait, si je comprends bien, que l’on choisisse la gratuité ou non pour notre livre, l’important pour qu’il soit lu est qu’il soit de bonne qualité. Voilà qui est rassurant !

    En fait, je ne crois pas à la gratuité. Elle dévalorise par trop l’objet ainsi offert. J’ai fait le test en donnant à lire gratuitement la totalité d’un de mes romans sur mon site. À ma grande surprise, je n’attirais pratiquement pas de lecteur. En fait, la gratuité ne constitue pas une stratégie marketing. Voilà le mot est lâché. Nous autres auteurs avons comme principal défaut de n’être pas des vendeurs. Élaborer une stratégie de communication (quelle image, quels supports ?), packager le produit (la couverture, la quatrième de couverture, le résumé…), décider d’un mode et d’un réseau de diffusion en fonction de la cible, tout cela est un vrai métier que l’on appelle par habitude « éditeur ».

    Soyons honnêtes ! Pourquoi nous posons-nous ces questions sur le prix de notre livre ? Parce que nous n’avons pas trouvé d’éditeur prêt à investir (argent, temps de travail, énergie, etc.) dans la promotion de nos chefs d’œuvre. Ou lorsque nous en avons trouvé, c’était généralement de tous petits éditeurs qui n’ont guère l’envergure pour les promouvoir. Mais cela n’est pas neuf ! Avant l’ère du numérique et de l’autoédition facile, on parlait souvent des morts-nés pour évoquer ces livres retenus par les grands éditeurs pour marquer le territoire mais qui faisaient l’objet d’un promotion tellement à minima qu’ils n’avaient aucune chance de sortir de l’anonymat.

    Je n’ai pas trouvé LA solution, puisque je ne suis pas encore édité par un très grand éditeur et que j’attends toujours de recevoir une invitation pour promouvoir mon œuvre au Grand Journal de Canal+. Mais je ne crois hélas guère à la possibilité de percer par l’auto-édition dans l’océan des auteurs auto-édités. Il faut pouvoir s’extirper du lot pour se faire remarquer et cela passe par des concours, des échanges, de l’influence dans divers réseaux. Bref ! C’est peut-être une erreur de se focaliser sur le marketing du livre auto-édité ; il vaut peut-être mieux se concentrer sur la mise en valeur de l’auteur et de son œuvre vis-à-vis de personnes susceptibles de lui donner le coup de pouce qui le fera percer. Mais là aussi, c’est un métier peu présent en France mais quasi incontournable dans d’autres pays, celui d' »agent littéraire ».

    Alors à l’instar de Milan dans dans Le grand blond, nous pouvons dire en cœur « Merde on tourne en rond. Merde on tourne en rond…. » 😉

    • Merci pour ce commentaire si complet.

      Oui, il peut paraître absurde de rappeler l’importance de la qualité du livre, mais il faut juste souligner le fait que les lecteurs ne seront pas forcément plus cléments avec un livre qui leur aura été offert, d’où le besoin de soigner tout autant un livre gratuit qu’un livre payant.

      Pour le reste, je pense qu’il n’y a pas forcément de fatalité chez les auteurs. Un écrivain peut très bien apprendre quelques « stratégies marketing » et autres qualités éditoriales, ne serait-ce qu’en expérimentant, ou en se confrontant à d’autres auteurs ou éditeurs. Mais bien entendu, il se peut également qu’il n’en ait aucune envie, et aura dans ce cas plutôt intérêt à apprendre comment bien présenter son texte pour l’envoyer aux éditeurs, ce qui est un autre travail.

      Je suis d’accord avec vous pour dire que l’autoédition ne mènera certainement pas à la gloire, mais il en va finalement de même pour l’écriture : combien d’appelés pour si peu d’élus chez les grands éditeurs ?

      Je crois qu’en toile de fond, l’auteur doit surtout s’interroger sur ses désirs et ambitions. Veut-il juste être lu ? Veut-il être célèbre ? Veut-il être reconnu ? veut-il simplement écrire ? Je connais certains auteurs satisfaits de petits succès, même s’ils ne cracheraient pas sur une gloire internationale ! Je pense que ce n’est pas plus mal de savoir se satisfaire de petites choses, et que c’est un pas vers des choses plus ambitieuses !

      Je vous souhaite de trouver un éditeur au plus vite, mais vous conseille de ne pas forcément vous focaliser sur les plus grands. Certes, le petit éditeur ne vous rendra pas célèbre du jour au lendemain, mais il ouvrira peut-être la porte vers plus de succès. De toutes manières, je reste persuadé que notre époque rend la célébrité plus facile aux concurrents de real TV plutôt qu’aux écrivains ! :-p

  7. Très bon article, comme d’habitude ! Je pense effectivement que les romans ne doivent pas être gratuits. Il faut, en même temps, que les auto-éditeurs montrent l’exemple, puisque les maisons d’édition ne le font pas. Il est décourageant de voir qu’en France, une version numérique d’un livre ne coûte qu’un euro de moins que sa version papier. C’est une stratégie pour que le numérique ne se développe pas avant que les maisons d’édition traditionnelles aient trouvé les moyens d’en tirer un maximum de profit. Dernièrement, j’ai voulu acheter un livre de poche en numérique : 15.6 euros en français, 5.3 en version originale (anglais) ! Personnellement, je propose mes livres papier à 15 euros, mais jamais je n’oserais proposer le même livre, en numérique, à 14 euros ! 5.99 euros est le prix que j’ai fixé, à voir si j’ai raison ou pas (les ventes se portent bien, en version numérique !). Et puis, de temps en temps, Amazon permet une promotion : une journée durant laquelle le livre est offert, si on n’en abuse pas, cela peut permettre de se laisser découvrir…

    • Merci pour ce commentaire.

      Effectivement, proposer gratuitement le livre sur une période limitée peut permettre un petit éclairage sur le texte, de même que l’offrir en « service de presse » à quelques influenceurs au moment du lancements. Concernant le prix, il n’y a pas de méthode miracle. Effectivement, les éditeurs papiers ont du mal à proposer un prix numérique attractif, ce n’est d’ailleurs certainement pas un hasard.

      Pour l’auto-édition, le numérique est l’occasion de baisser les prix. Je n’acheterai pas le livre papier d’un inconnu à 20€, car c’est un gros risque de déception. Pour 5€ la version numérique, je me laisserai davantage tenter. Ce qui est intéressant, c’est que l’auteur gagnera autant car l’investissement de base pour le livre numérique est quasi nul.

      • @Pierrick, l’investissement de base n’est pas quasiment nul ! 😉 Il faut penser qu’un roman peut prendre de 1 à 3 ans ou plus à écrire et que si l’on n’est pas un auteur très techie, on devra payer quelqu’un pour faire le formatage. C’est vrai que pour l’instant les auto-édités formattent tous leur livre ou le font faire par des copains, mais cela va évoluer et beaucoup le feront faire moyennant de l’argent. Donc je mets un bémol sur cette déclaration. Je ne sais pas pourquoi il y a un refus (ou une ignorance) de valeur au temps et travail d’écriture. Pourtant, je pourrais dire que c’est l’activité qui me prend le plus de temps dans ma vie, devant toutes les autres, inclus essayer de gagner de quoi payer les factures tous les mois ! 😉 Bonne journée à toi.

      • Bien sûr ! Je ne remets pas du tout en cause le coût « humain » : numérique ou papier, l’écriture, la correction et les finitions d’un livre prennent un temps considérable. Le coût du formatage est également à prendre en compte. Néanmoins, une fois le livre numérique livré, il n’y a plus aucun coût, alors que le livre papier exige un investissement à chaque exemplaire, même si des solutions moins coûteuses apparessent, comme le print on demand.

        Merci pour cette précision qui m’évite de laisser des bêtises sur le blog, et très bonne journée à toi aussi ! 🙂

  8. Je voulais tout d’abord vous dire, Pierrick, que je lis toujours vos articles, fort intéressants, même si, par manque de temps, je ne laisse que rarement un commentaire. Sur la question de la gratuité, tout a été dit et bien dit, plus haut.
    Disons que le principe de la gratuité est un peu malhonnête puisqu’il laisse supposer au lecteur que réaliser ce livre et le diffuser n’a rien coûté à personne, ce qui est nécessairement faux. L’auteur a travaillé, celui qui l’a relu et corrigé aussi, celui qui l’a fabriqué, grâce à une machine certes, mais que quelqu’un a achetée, ensuite il a fallu le diffuser par la voie d’un ou plusieurs canaux, le présenter dans les rayons des librairies numériques. Qui a payé à chaque étape ? Un ensemble de bénévoles dévoués à la cause de la culture ? Un mécène ? Des entreprises qui ont placé en contrepartie, leur publicité au travers ? Qui avait intérêt à faire ça ?

    • Merci pour vos compliments et votre apport au sujet. Vous soulignez ici un effet vicieux du gratuit à long terme: le fait d’enlever sa valeur à l’objet numérique. Si les acteurs de la chaîne du livre ne parviennent pas à habituer le consommateur à l’achat numérique (que ce soit par une abondance de gratuit, ou encore par des actions qui incitent au piratage : prix élevés, DRM,…), le risque est en effet d’enlever toute notion de travail, comme vous le soulignez si bien.

  9. Bonjour
    Un livre publier en ligne sur Amazon empêche t il une maison d’édition classique de le faire ?
    Merci d’avance pour vos réponses

    • Bonjour,

      Evidemment, c’est un risque. Une maison d’édition peut tout à fait considérer qu’un livre auto-édité sur Amazon n’est pas exclusif, et en conséquence décider de ne pas l’éditer.

      Naturellement, chaque éditeur aura sa propre politique sur ce point. Un éditeur peut par exemple uniquement exiger que vous retiriez le livre de la publication sur Amazon.

      Si vous souhaitez à tout prix faire publier votre ouvrage par une maison d’édition, il me paraît tout de même plus cohérent de ne pas le publier sur Amazon.

      Pierrick

  10. Nous avons aujourd’hui d’autres façons de rendre accessible la culture et de récolter des fonds, en name your price ou en microfinancements par exemple. La gratuité est un atout.
    La métaphore de la distribution de canettes est par ailleurs faussée, car dans le cas des livres gratuits, personne ne harcèle le consommateur pour qu’il lise, et la canette a toujours un goût différent.
    Quant à la valeur du payant VS gratuit, c’est peut-être en poursuivant sur la voie de la gratuité qu’on arrivera à changer cette mentalité.

    • Bonjour Said, et merci pour ce commentaire.

      En toute franchise, il m’est difficile d’y répondre puisque l’article date de 2012, et que mon avis sur la question a probablement bien changé. Je ne suis pas opposé à la culture libre (et je ne pense pas jamais l’avoir été), mais j’ai plus de mal à considérer le microfinancement comme une solution viable.

      Pour moi, a intérêt à rendre ses livres gratuits un auteur qui ne cherche pas à dégager le moindre centime de son art. L’auteur qui cherchera à générer de l’argent par la gratuité aura toujours à se placer dans une position bâtarde et un peu mendiante (je ne demande pas d’argent, mais j’en ai besoin).

      La métaphore de la distribution de canette n’est sans doute pas très pertinente, en effet. Mais je pense tout de même que le consommateur peut être harcelé à la lecture (par l’auteur qui cherche à se faire connaître, par exemple). Je continue de penser qu’il est une erreur de considérer le livre (ou l’art en général) comme un produit non commercial.

      • Bonjour Pierrick. Nos avis divergent, mais ce n’est pas bien grave. Il est déjà fort intéressant de pouvoir trouver des endroits sur le net où discuter de cela.

  11. La gratuité n’est peut-être pas un bon argument marketing, mais on ne cherche pas toujours à vendre. Je mets des livres en ligne (sur Amazon) pour leur donner des chances de rencontrer des lecteurs. Je n’ai absolument aucune envie de gagner de l’argent avec ça. Je ne dois pas être le seul dans cette disposition. Je ne cherche pas non plus la gloire, qui ne profiterait qu’à mon pseudonyme.
    Mais si la gratuité (ou la quasi-gratuité) décourage la lecture, c’est gênant. Encore que… Un lecteur qui confond le coût et la valeur a, de toute façon, peu de chances d’apprécier les textes que je propose.
    Songeons qu’on peut télécharger gratuitement tout Balzac ou tout Anatole France, par exemple. Évidemment, ceux-là n’ont plus guère besoin de réclame.
    Petite provocation finale: et si une certaine gratuité était la condition même de la qualité littéraire ? (La notion de gratuité s’entend ici bien au-delà d’une simple absence de contrepartie financière.)
    Encore une petite précision: mes bouquins, qui sont à bas prix, ne se vendent pas. Mais c’est peut-être parce qu’ils sont mauvais.

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