L’Assimilande

Paul Laurendeau, (auteur de l’Assimilande, livre dont je vais vous parler aujourd’hui) aurait été bien incapable de s’en douter, mais son livre avait bien des choses à prouver quand je l’ai fait entrer dans le cœur fragile mais vaillant de ma fidèle PRS-300*. Il faut dire que j’ai décidé d’acheter son livre suite à un commentaire honteusement commercial mais très audacieux de son éditeur sur l’un des articles de ce blog, article qui critiquait pourtant plus ou moins ouvertement de telles pratiques publicitaires. Allan E. Berger, l’éditeur en question, présentait l’Assimilande comme sa dernière découverte littéraire. Autant dire qu’il avait intérêt à ne pas se rater… Alors : publicité mensongère ou découverte franche et sincère ? Parlons-en !

L’Assimilande est un court roman qui met en scène Kimberley Parker, une brillante étudiante en doctorat, choisie par sa professeure Odile Cartier pour être l’objet d’une expérience ethnolinguistique… rien que ça ! Au cœur de cette expérience : le glottophore, un appareil récemment mis au point qui permet à son porteur d’apprendre une nouvelle langue à vitesse grand V, et une seule. La conception du glottophore est telle qu’il ne permet en effet pas de travailler sur plusieurs langues à la fois, sous peine d’infliger de violents maux de tête à son porteur.

L’objet de la mission de Kimberley Parker, devenue l’Assimilande -terme qui lui tient à cœur pour désigner le porteur du fameux appareil- est de mener une étude sur son propre ressenti vis à vis de l’utilisation de l’appareil, et sur les conséquences que son utilisation pourrait entrainer. Pour cette étudiante canadienne, dont la langue natale est l’Anglais, c’est l’occasion d’approfondir sa connaissance du Français, mais aussi de découvrir bien d’autres choses…

Face aux attentes inimaginables qu’avaient générées en moi les promesses bassement commerciales de l’éditeur… je n’ai pas franchement été déçu ! Qu’on soit clair : l’Assimilande n’est clairement pas mon genre de livre, mais je ne suis pas non plus homme à me laisser arrêter par de si menus détails. Le texte est bien écrit, malgré un vocabulaire parfois très complexe, ce que l’on ne pourra pas reprocher à l’auteur : c’est le concept même du glottophore que de faire de son porteur un maître incontesté du Français. On reprochera peut-être au roman sa rapidité, quoi qu’il ne nous laisse pas sur notre faim.

Outre le concept même du glottophore (qui n’a jamais rêvé d’apprendre une langue en quelques jours ?), j’ai particulièrement apprécié les différentes réflexions que son existence entraine tout au long du texte. J’en suis allé jusqu’à réfléchir à ma connaissance et à mon usage de ma propre langue. Il faut dire que les réflexions autour du langage nous touchent certainement moins souvent, nous autres tristes Français, qui sommes bien souvent paresseusement liés à notre unique langue officielle.

Je n’ai pas été surpris d’apprendre, dans la biographie en fin de texte, que Paul Laurendeau était un professeur de linguistique, ni même qu’il exerçait cette profession à Toronto. Le contraire m’eut d’ailleurs étonné car l’auteur maîtrise clairement son sujet, qu’il n’a certainement pas choisi par hasard ! Si bien que je recommande particulièrement cet ouvrage aux étudiants en linguistique, ou à ceux qui s’intéressent ou voudraient s’intéresser au sujet des langages, de leur apprentissage, de leur diversité, etc.

Si l’expérience vous tente, vous trouverez l’Assimilande chez Immateriel au prix de 3€49, et c’est aux éditions ELP.

*Ou plutôt de celle de Jean-Basile Boutak qui me l’a gentiment prêtée

Retour écrit pour le club des lecteurs numériques

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3 réflexions sur “L’Assimilande

  1. Sediter,

    Votre critique donne envie de découvrir ce livre.
    S’agit-il d’une fiction pure, ou bien l’auteur nous présente-t-il sous une forme détournée ce qu’il a constaté dans sa pratique de linguiste ? Le glottophore s’apparente-t-il, de près ou de loin, à une méthode pédagogique pour maîtriser une langue efficacement ?

    Tipram

    • Bonjour Tipram,

      Il s’agit en effet d’une fiction pure. Je dirais au contraire que le glottophore ne s’apparente à aucune méthode pédagogique, puisqu’il permet d’apprendre le langage en étant directement au contact de ceux qui l’utilisent, soit de manière exagérément rapide et artificielle. Le livre est plutôt fondé sur le fantasme d’apprendre une langue en un instant, et s’attarde donc sur ce concept et sur ses limites. Du point de vue d’un linguiste qui connait donc bien le sujet !

      • Merci d’avoir éclairé ma lanterne, Sediter.
        Le fantasme consistant à apprendre sans effort existe bien. Je me souviens que quand j’étais à l’école primaire, je rêvais devant les publicités vantant les vertus d’une méthode censée permettre d’apprendre pendant que l’on dort…

        Tipram

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