Apprendre à « distribuer » ses personnages (Seconde Partie)

Je sens que vous avez du mal à contenir votre excitation depuis le dernier article consacré aux personnages. Je vois bien que vous avez commencé à préparer vos crayons et vos feuilles pour nous pondre les personnages les plus charismatiques qui aient jamais été écrits, mais que vous attendez impatiemment que je commence vraiment à aborder l’écriture, parce que le dernier article n’était finalement qu’un amas de bêtises théoriques ! L’objectif du jour sera donc d’aborder un aspect plus pratique de la création de personnage, tout en reprenant directement là où nous nous sommes arrêtés…

Mais ATTENTION ! Je vous préviens : tout ne sera pas abordé aujourd’hui ! En effet, j’en garde encore un peu pour la fin de semaine, histoire de rythmer vos jours, de créer en vous un irascible besoin de fréquenter ce blog, et d’améliorer la monétisation du souffle numérique en dopant les visites ! Les plus observateurs d’entre vous me diront qu’il n’y a pas de publicité sur ce blog. C’est pas faux ! Je commence à comprendre pourquoi je n’arrive pas à améliorer la monétisation du blog… Mais si nous entrions plutôt dans le vif du sujet ? Aujourd’hui, apprenons à faire une distribution correcte des personnages !

La distribution des personnages

Un roman, c’est comme un film. On choisit les acteurs principaux, les têtes d’affiche, on garde peut-être quelques guest-stars en personnages secondaires pour créer un effet de surprise, et on se moque des figurants comme de notre dernière chemise ! C’est vrai après tout, les figurants on les trouvera bien au moment du tournage, des badauds anonymes ce n’est pas ça qui manque ! D’ailleurs, qui cherchera à lire leur nom dans le générique ?

Pour votre roman, ce sera la même chose ! Avant tout, rappelons simplement que nous avions évoqué lundi les trois différents types de personnage : principaux, secondaires et figurants. Aujourd’hui, voyons un peu comme faire un bon mélange de tout ça !

Exposition et existence des personnages

Imaginons deux notions qui seront importantes ici pour faire notre popote :

  • Le taux d’importance du personnage : soit le temps de présence du personnage dans le livre. Le lecteur est-il confronté à lui longtemps ou non ? Dans un récit en narrateur interne par exemple, ce temps d’exposition est de 100% pour le narrateur/personnage.
  • Le taux de distribution du personnage : calculé à partir du nombre total de personnages. S’il n’y a que 4 personnages au total, chaque personnage aura 25% de taux de distribution S’il y en a 100 au total, chaque personnage aura 1% de taux de distribution, et ainsi de suite !

Avant toute chose, je tiens à rappeler que j’ai inventé ces deux notions vers 7 heures du matin, dans un train, si bien qu’on peut affirmer qu’elles sont parfaitement sérieuses et légitimes.

Ces deux informations seront très importantes pour définir chacun de vos personnages, et elles permettent d’établir de multiples scenarii possibles. Naturellement, si le roman a certains codes, il serait stupide d’affirmer que seules une ou plusieurs situations existent, ou de prétendre offrir une exhaustivité de solutions, voici pourquoi ces propositions ne seront jamais que des exemples et non pas des modèles absolus.

Scenarii envisageables :

  • Seul au monde : Un seul personnage, qui aurait donc 100% d’importance et 100% de distribution. Pour un récit de survie, de voyage dans la nature,… Risqué et courageux pour l’auteur, mais envisageable.
  • Seul contre tous : De multiples personnages, mais un seul important et de nombreux figurants. Ce dernier aurait 100% d’importance, mais 1% de distribution. Pour un récit de paranoïa et de folie… Encore une fois risqué, mais possiblement génial !
  • Enquête : Nombreux personnages secondaires, un ou deux principaux. Taux de distribution dispersés, mais taux d’importance de 50 à 70% pour le ou les personnages principaux. Classique pour un polar par exemple.
  • Chambre close : Plusieurs personnages principaux, aucun autre personnage. Taux d’importance et de distribution égaux pour chaque personnage. Récit en huit clos où peu de personnages sont amenés à interagir. A tenter pour un récit basé sur le psychologique.
  • Situation classique : Un ou deux personnages principaux, quelques personnages secondaires, le reste de figurant. Les taux de distribution sont dispersés, mais les taux d’importance sont fortement concentrés sur les personnages principaux, un tout petit peu moins sur les secondaires, et sont nuls sur les figurants. Un récit classique, mais efficace.
  • Intrigue : De multiples personnages, dont plusieurs principaux et de nombreux secondaires. Taux de distribution fortement dispersés, et taux d’importance des différents personnages principaux  relativement faibles (disons de 10 à 20%). Histoires de guerres des clans, grandes romances, récits complexes.
  • Bordel inimaginable :  Des personnages dans tous les sens, tous plus ou moins importants. Taux de présence et d’importance et de distribution complètement dispersés. Un récit compliqué et incompréhensible. Les tentatives seraient courageuses de la part des auteurs, mais suicidaires.
  • Désert : Taux de distribution et d’importance nuls car aucun personnage. Là, c’est certainement que vous écrivez une thèse ou un mémoire. Pas très marrant !

Naturellement, les possibilités sont multiples et plus ou moins originales ! Ce ne sont là que quelques exemples lus ou moins utilisés. L’important est de comprendre vers quoi vous vous engagez en débutant votre récit. Plus votre personnage aura un taux d’importance forte, et plus il faudra le travailler. Plus le taux d’importance sera dispersé entre différents personnages, et plus vous aurez de travail. Par ailleurs, notez qu’il sera toujours plus facile et efficace de concentrer le taux d’importance sur certains personnages en particulier. Non seulement vous écrirez sereinement, mais vous aurez aussi moins de chances de perdre le lecteur !

Pensez également que le choix de votre taux de distribution entrera directement en rapport avec le genre choisi. Le seul survivant d’une attaque zombie pourra assumer un taux de distribution très haut, mais un détective se sentira vite très seul dans le même cas. Disperser la distribution permet bien souvent d’apporter plus de richesse à une intrigue, ou plus de crédibilité à un univers. Il est finalement très intéressant de multiplier les figurants pour donner une atmosphère, un mouvement. Peu importe que le taux de distribution de vos personnages principales soit très faible, c’est son importance qui compte ! Car finalement, votre héros spatial aura beau vivre dans un Univers de 3000 milliards d’âmes, c’est bien lui qui parviendra à restaurer l’équilibre dans la Force ! (tiens, ça pourrait faire un bon scénar’ ça…)

 

« Bon, je suis à peu près sûr d’avoir laissé traîner mon personnage principal dans le coin... »

Les erreurs à éviter dans la distribution

Terminons par quelques écueils facilement évitables, qui pourraient rendre vain le moindre travail sur vos personnages !

  • Multiplier les personnages principaux : A moins que le scénario du Bordel inimaginable ne vous plaise, évitez de créer trop de personnages principaux. Cela diminuerait l’importance et l’attrait de chacun de ces personnages, et aurait tendance à rendre le récit trop complexe et plus lassant.
  • Ne soigner que les personnages principaux : Vos personnages principaux sont forts et charismatiques, mais les personnages secondaires sont en carton pâte ? Mauvaise idée ! Si le second rôle n’arrive pas à donner correctement la réplique, l’acteur phare aura bien du mal à briller.
  • Privilégier les personnages secondaires : Au contraire, sachez laisser vos personnages secondaires à leur place. Il est risqué de leur donner trop d’importance car cela déséquilibrerait le récit. Si vous réalisez, au milieu de votre roman, que l’un des personnages secondaires a un taux d’importance plus gros que votre héros, c’est qu’il y a comme un souci…
  • Surqualifier les figurants : Déjà évoqué dans le précédent billet, mieux vaut éviter de considérer les figurants comme plus importants qu’ils ne sont. Évitez par exemple d’attribuer des prénoms aux figurants. Cela ne fera qu’alourdir le récit et créer de l’information superflue.

Bon, et si nous arrêtions un peu avec les pourcentages et les trucs compliqués ? Assez pour aujourd’hui ? Allez, rassurez-vous, dans le prochain article attaquerons enfin le vrai vif du sujet : comment travailler un personnage en particulier ? Ce sera enfin l’occasion de s’attaquer au personnage de manière individuelle, et de créer de vrais personnages comme on en fait plus ! Alors soyez au rendez-vous !

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10 réflexions sur “Apprendre à « distribuer » ses personnages (Seconde Partie)

  1. Sediter,

    Votre article tombe à pic.
    Pas plus tard qu’hier, je discutais avec ma fille des 4 principaux personnages de mon prochain roman. Ma fille suggérait d’en créer 7, comme les sept jours de la semaine. A quoi j’avais répondu que je craignais qu’une telle abondance de figures principales ne soit une source de confusion, exactement ce que vous mentionnez dans votre 1er § des erreurs à ne pas commettre.

    Merci d’avoir énuméré l’éventail des différents cas de figure existants.

    Vivement la fin de semaine pour votre troisième article.

    Tipram Poivre

    • Sept personnages principaux, ça commence à faire beaucoup sur un roman de taille raisonnable ! Peut-être serait-ce plus judicieux sur une saga de plusieurs tomes. Ensuite, rien n’est impossible bien sûr, mais si vous-même avez peur d’en devenir confuse, autant ne pas s’y risquer ! 🙂

      Et bien entendu, il ne s’agissait pas d’un éventail exhaustif, mais davantage de quelques exemples !

      Merci pour vos encouragements, le troisième article sera nettement plus pratique puisqu’il évoquera la création du personnage en particulier.

  2. Pingback: Semaine 28- La revue de Web « Agaboublog

  3. Est-ce que 5 personnages principaux ça fait trop ? Mon histoire parlent d’internes (des adolescents en internat, pas en prison) ^^ et je comptais faire 5 personnages principaux pour élargir l’éventail des caractères et pour jouer entre les différents liens qui se créent etc… est-ce une bonne idée ou pas ?

    • Bonjour Glimm, et désolé de cette réponse tardive !

      Pas forcément de règles en écriture, ce ne sont que des conseils que je donne ici. A ta place je n’hésiterai pas ! Cinq personnages ça reste très raisonnable. Par ailleurs dans un univers « fermé » comme un internat, ça me parait une très bonne idée d’alterner les personnages. La difficulté sera simplement de ne pas faire des personnages trop semblables, mais je suppose que tu as déjà réfléchi au caractère de chacun ! 😉

      • En effet, je compte jouer sur les différentes personnalités etc… Merci pour le conseil !! Je reviendrais 🙂

  4. Bonjour, j’ai commencer l’écriture d’un roman ou plutôt sept romans qui se suivent un peu comme une série avec différentes saisons. Enfin bref, le truc c’est que je n’ai pas qu’un personnage principal mais 13(dans le 1er tome) plus ou moins important. j’ai bien réussi à leur donner à tous assez de place (le plan du 1er livre est fini). le problème est que dans le tome 2, j’aurais 21 personnages principaux dont 3 à présenter et dans le tome 3, 24 personnages principaux avec pareil 3 à présenter. Je voudrais savoir si cela ne paraitra pas trop brouillon pour les lecteurs (sachant aussi que je construis mon histoire comme une série tv)?
    J’ai aussi une autre question, dans les tomes à suivre, certain personnages principaux perdent en importance mais je n’ai aucune raison de les tuer ou de les faire disparaitre, je voudrais donc savoir si les faire devenir secondaire est une bonne idée?
    Merci d’avance.

    • Bonjour Esteban,

      Je pense qu’on peut difficilement parler de 24, 21 ni même de 13 personnages principaux. À moins que chaque roman ne fasse des milliers de page ? Sans connaître votre projet, je pense ou j’espère que le véritable « personnage principal » sera le lieu de votre roman ou son univers (la trame principale, les villes, l’environnement socio-culturel, etc.).

      Il est inutile d’attendre qu’un lecteur, aussi dévoué soit-il, s’attache ou retienne les enjeux, caractères et désirs de 13 personnages ou plus. Avec autant de personnages, il faut forcément vous attendre à ce que l’attachement à chaque personnage soit dilué, à moins que quelques personnages en particulier sortent du lot.

      Je ne veux surtout pas paraître décourageant et je pense que tout projet littéraire est intéressant, mais un tel projet sera forcément délicat à mener. Avec autant de personnages « principaux », je vous conseille vraiment de porter un grand attention à l’univers du roman. L’une des difficultés si les personnages se rejoignent d’un roman à l’autre est que le lecteur aura tendance à les oublier. L’autre difficulté sera bien entendu de rendre le tout cohérent, et pas trop difficile à comprendre pour le lecteur.

      Pour ce qui est des personnages dont vous ne parlez plus, libre à vous de décider de leur sort. Vous pouvez ne plus parler d’eux, pour peu que leur trame scénaristique soit conclue (exemple : un personnage cherchait à retrouver sa fille, il finit par retrouver sa fille, son problème se conclut et ce n’est pas grave de ne plus entendre parler de lui), vous pouvez aussi faire de brèves allusions (un autre personnage parle de ce que le personnage est devenu au cours d’une discussion) ou encore les faire réapparaître pour de courtes scènes.

  5. Bonjour, je pense faire un roman avec deux personnages principaux, mais est-il possible que le deuxième personnage vient plus tardivement que le premier? Ou es-ce que sera brouillon? Merci de me répondre 🙂
    PS: super article! Il me sert beaucoup !

    • Ravi d’être utile ! 🙂 Au contraire, je pense que c’est une excellente idée. Le second personnage pourra justement apporter un vent de neuf dans le récit, et donc le redynamiser.

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