Apprendre à travailler ses personnages (première partie)

J’ignore si ce n’est qu’une impression ou une tendance, mais je crois remarquer que les personnages prennent de plus en plus d’importance dans les histoires que nous consommons. Combien de séries, de livres, de films ne tournent plus aujourd’hui qu’autour d’un ou quelques personnages, sans réels efforts portés sur le background, l’univers, parfois même le scénario ? J’en veux pour preuve les différentes séries qui nous viennent de l’Amérique depuis ces dernières années : Mentalist, Lie to me, Dr. House, Dexter, Bob l’éponge, Bones,… Enlevez le personnage principal, et ces séries se ressemblent toutes ! Bon, peut-être pas Bob l’éponge parce que l’aventure se situe au fond de l’océan, mais ce n’est qu’un détail.

Deux choix s’offraient donc à moi : disserter sur l’influence de notre société individualiste sur la production culturelle contemporaine, ou rédiger une série d’articles de conseils pour vous aider, vous écrivains, à créer des personnages tellement classes qu’ils enverront voler le moindre nanar américain aux oubliettes ! Comme vous me connaissez bien, vous savez que je n’ai pas hésite longtemps…

Aujourd’hui chers auteurs, commençons donc notre série d’articles consacrés à la création des personnages !

Un personnage, qu’est-ce que c’est ?

Avant de commencer à travailler nos personnages, mieux vaut comprendre l’intensité de la tâche que nous nous apprêtons à affronter. Le personnage est la matière humaine (ou animale, ou extra-terrestre, ou bionique, etc.) de votre récit. C’est à travers lui que votre histoire avancera, à travers lui que se passera toute action. La plupart des romans sont en effet à 99% entrainés par les différentes interactions que les personnages ont entre eux, le reste n’étant bien souvent que secondaire, partie du décor.

Pour exemple, voici la description d’une épique scène de bataille entre deux armées férocement opposées, mais qui aurait été décrite, par excentricité de l’auteur, sans faire mention d’aucun personnage :

« La plaine verdoyante s’étalait jusqu’à l’horizon.« 

Plutôt triste n’est-ce pas ? Vous comprendrez que le personnage jouera souvent un grand rôle dans le succès d’un roman. C’est en effet bien souvent à travers ses yeux (que l’on ait affaire à un narrateur interne, externe ou omniscient) que le lecteur aura tendance à vivre l’histoire. Si le personnage fait éprouver des sensations au lecteur (sympathie, amusement, colère, dégoût,…) ce sera déjà un très bon point pour vous !

Dois-je soigner mes personnages ou non ?

Le personnage est bien souvent la moelle épinière du roman, ce qui le fait vivre. Des personnages intéressants et convaincants vous permettront de faire oublier au lecteur un récit imparfait, tout comme des personnages fades et passables exigeront pour vous de vous surpasser au niveau de l’intrigue ! En soi, vous n’avez donc pas besoin d’avoir des personnages extraordinaires, mais si vos personnages sont passables, mieux vaut assurer sur tout le reste du roman.

Comme j’ai commencé cet article avec des exemples de séries policières US, j’aimerais continuer sur cette voie en évoquant les Experts. En soi, les personnages des Experts n’ont aucune importance. Vous pouvez les interchanger à volonté, voire transmuter une équipe de Miami à Manhattan, personne ne remarquera ou presque. Car l’intérêt de la série est avant tout centré sur la résolution des meurtres. Et si certains des personnages ont un charisme relatif, ils n’en restent pas pour le moins bien souvent secondaires.

« Qu’est-ce qu’il vient de dire là ?!« 

Remarquez en revanche que de nombreuses œuvres ont avant tout marqué les esprits grâce à leur personnage principal : Frankenstein, le capitaine Nemo, Dr. Jekyll, Madame Bovary, Bob l’éponge (bon j’arrête avec lui, promis !),… Je suis persuadé que vous connaissez tous ces personnages, sans pour autant avoir forcément lu les œuvres qui s’y rapportent.

Faut-il travailler tous ses personnages ?

Naturellement, tous vos personnages n’ont pas à être inoubliables pour que vous réussissiez votre œuvre. Il y a trois types de personnages :

  • Les personnages principaux : Les plus vitaux. Ces personnages sont ceux qui seront présents tout au long de l’intrigue, et joueront un rôle primordial. Ceux-là exigent le travail le plus complet pour convaincre, car il seront confrontés au regard du lecteur durant tout le récit. Il est fort possible de ne faire qu’avec un seul personnage principal, que vous vous efforcerez de rendre le plus attractif possible pour marquer les esprits.
  •  Les personnages secondaires : Ceux-là sont bien souvent des excuses pour faire jouer les personnages principaux. Le lecteur les rencontrera à une ou plusieurs reprises mais n’aura pas forcément à tomber amoureux d’eux. Il sera important de les travailler correctement, mais inutile d’essayer d’en faire des héros ! Si vous écrivez dans un univers ouvert, sur plusieurs tomes, un personnage secondaire qui plait aux lecteurs pourrait néanmoins prendre de l’importance. Après tout, avant de devenir le modèle génétique de toute une armée de clones, Boba Fett n’était guère qu’un simple homme de main de Jabba le Hutt qui aura tapé dans l’œil des geeks !
  • Les figurants : Les figurants sont comme les gens contre lesquels vous vous serrez le matin dans le bus ou dans le métro, ou encore ceux que vous croisez dans la rue sans y prêter attention. Ils existent, mais n’ont aucune importance. Quand vous dépeignez un univers, il est important de peupler ses rues, ses bars, ses magasins. Vous aurez donc forcément besoin de figurants. En revanche, si vous commencez à travailler chaque figurant, votre lecteur sera vite submergé. Un auteur trop scrupuleux aura en effet vite tendance à transformer ce passage :

                « Bill bouscula quelques personnes pour entrer dans le métro.« 

En  ce passage :

                «  Bill bouscula quelques personnes pour entrer dans le bus. La première, une vieille dame acariâtre aux dents jaunes et à l’air patibulaire, rabattit son foulard gris que Bill avait manqué d’arracher en forçant le passage. Elle avait passé une mauvaise journée jusqu’ici, et cela se lisait sur son visage. Mais ce n’était rien comparé au second type que Bill venait d’envoyer valdinguer. Celui-ci…« 

Le résultat pourrait donc vite s’avérer lourdingue si cette méthode est appliquée sur 200 pages ! Vous l’aurez donc compris, il vous faudra travailler vos personnages avec un certain soin, mais surtout sans en faire trop…

To be continued

Nous pourrions continuer sur notre lancée dès aujourd’hui, mais je sens que votre attention commence déjà à flancher. Et si on attendait un jour ou deux pour reprendre cette séance de conseil ? C’est d’accord ? Alors rendez-vous mercredi pour notre second article consacré aux personnages ! J’essaierai de vous expliquer comment assurer la « distribution » des personnages de vos textes. Et ne soyez pas en retard surtout ! 😉

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8 réflexions sur “Apprendre à travailler ses personnages (première partie)

  1. Globalement, c’est plutôt juste ce que tu racontes là. J’ajouterais seulement deux idées de mon maitre à penser en matière de technique d’écriture (Orson Scott Card) : 1/ Toutes les histoires ne nécessitent pas la même intensité de caractérisation 2/ C’est une habitude assez récente de caractériser à outrance dans n’importe quel genre de récit (qui correspond d’après lui à un mode).

    • Merci pour ces quelques ajouts. Concernant la caractérisation à outrance, de quand date cette remarque ? Je n’ai pas l’impression que la tendance soit à la surcaractérisation. Au contraire, j’aurais tendance à dire que les textes sont de plus en plus courts, de plus en plus concis. Les lectures favorites des numéricos sont souvent plutôt courtes, du format d’un trajet de train ou de métro. Nous ne sommes plus forcément dans les pavés gigantesques d’autrefois. Mais j’entre ici dans un débat qui dépasse largement le maigre sujet initial ! 🙂

      Là où le jugement et le conseil sont discutables, c’est quand ils peuvent toucher le style de l’auteur. Je reconnais que je recommande de ne pas trop caractériser, de ne pas multiplier les personnages, mais je reste persuadé que certains auteurs peuvent s’épanouir et réussir dans des récits intensément caractérisés.

      • Excuse-moi, je viens de me rendre compte que je n’avais pas répondu. Le livre a entre dix et quinze ans, il me semble. Donc, c’est vrai que les choses ont pu changer, mais il me semble que c’est plutôt récent… Le raccourcissement des textes est surtout vrai en numérique, comme tu le soulignes.

  2. Pingback: Semaine 28- La revue de Web « Agaboublog

  3. J’ai une question! Est-ce que cet article n’est utile que pour la réalisation de romans, ou l’est aussi pour d’autres domaines ? Honnêtement, écrire des romans ne m’intéresse pas vraiment. Je suis plus attirée par les mangas ou la bande dessinée ! Vu que ce n’est pas tout à fait pareil, j’aimerais beaucoup avoir des avis! Merci d’avance n_n

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