Que faut-il penser de Kindle Unlimited ? (Article invité)

Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir Jiva Bahati (notamment auteur de l’affaire Megaupload et la question du téléchargement illégal sur internet) sur ce modeste blog, à l’occasion d’un article invité dédié à Kindle Unlimited, le service d’abonnement de livres numériques d’Amazon. Jiva a pris le temps de tester ce service, en tant qu’auteur comme en tant que lecteur, et a compilé les différents avis qu’il a pu trouver sur ce nouveau système de diffusion des livres numériques.

En ressort une véritable enquête, très complète, qui ne manque pas de s’interroger sur ce que représente Kindle Unlimited pour l’avenir du livre numérique. Je ne vous fait pas perdre plus de temps et vous laisse dès à présent découvrir l’article très pertinent de Jiva Bahati (vous trouverez une biographie de Jiva en fin de cet article) :

Kindle Unlimited                 

Que faut-il penser de Kindle Unlimited, le service d’abonnement de livres numériques d’Amazon ?

Le 11 décembre 2014, Amazon annonçait le lancement en France de Kindle Unlimited (KU), son service d’abonnement de livre numérique à la demande. Pour 9.99 euros par mois, ceux qui y souscrivent ont la possibilité d’emprunter simultanément jusqu’à dix livres dans un catalogue de plus de 700 000 bouquins, dont 20 000 sont en français. Des royalties sont versées à l’auteur du livre si le lecteur en lit plus de 10%. Dans le but d’attirer les curieux, Amazon a offert, jusqu’au 10 janvier 2015, un premier mois découverte à 0.99 euros. L’abonnement est annulable à tout moment.

Ce « Netflix du livre », comme le qualifiait Le Figaro, avait déjà été mis en place début juillet 2014 aux États-Unis, suscitant des réactions contrastées. Chez nous en France, où le livre tient une place importante, la nouvelle a fait grincer des dents éditeurs et libraires. Leur inquiétude est d’autant plus grande qu’il s’agit de l’initiative d’une entreprise qu’ils ne portent pas dans leur cœur et dont ils estiment qu’elle tue à petit feu le circuit des librairies en France. D’ailleurs, l’été dernier, ces professionnels du livre se réjouissaient du vote de la loi dite « anti-Amazon », loi qui interdisait au géant américain, lors de la vente des livres, de cumuler la remise autorisée de 5% et la gratuité des frais de port. Leur jubilation fut de courte durée : Amazon avait contourné l’embûche en fixant des frais de port à un centime.

Vidéo promotionnelle de l’offre Kindle Unlimited

On comprend donc bien que l’annonce du lancement de KU en France ait été reçue comme une nouvelle provocation. Dans la foulée, le Centre National du Livre, par le moyen de son président Vincent Modané, a exprimé sa ferme opposition à ce nouveau service, pointant « la faiblesse de l’offre en français » et critiquant la posture d’un acteur d’Internet qui a toujours « refusé de jouer le jeu du respect de la chaîne du livre et de la fiscalité de notre pays ». La ministre de la culture Fleur Pellerin a pour sa part exprimé ses doutes quant à la légalité d’un tel service en France : « La loi de 2011 établit une règle : c’est l’éditeur qui fixe le prix de vente du livre numérique. À ce titre, l’offre proposée par Kindle Unlimited ne semble pas conforme à la loi […]. », a-t-elle dit. Elle ajoute qu’elle a saisi la médiatrice du livre qui, après concertation avec les professionnels directement concernés, « rendra dans les plus brefs délais son avis sur l’articulation des offres par abonnement avec le cadre fixé par la loi. ». Le verdict devrait être rendu bientôt.

Mais en attendant la sentence de la justice, KU est là, suscitant satisfaction de la part des uns et inquiétudes de la part des autres. Pour ne pas en parler dans le vide, j’ai pris la peine d’expérimenter le système. Je m’y suis abonné pour une durée d’un mois et j’ai même intégré certains de mes titres à ce programme. De plus, j’ai lu de nombreux articles sur le sujet, étudié le témoignage d’auteurs américains l’ayant expérimenté, interrogé personnellement des auteurs français qui l’ont essayé et, fort de tous ces éléments, je vais essayer de vous dire l’analyse que j’en dresse.

L’illimité, mais pour quels livres ?

S’abonner à Kindle Unlimited donne accès à plus de 700 000 livres numériques, dont près de 20 000 en français. Dit comme ça, ça paraît impressionnant. Mais que trouve-t-on réellement dans ces 20 000 livres ? Dans la vidéo promotionnelle du service (voir ci-dessus), Amazon souligne l’opportunité de « profiter d’un vaste de choix de titres » et met en avant la série Harry Potter de JK Rowling. La réalité, c’est que Harry Potter est l’un des rares livres issus de l’édition traditionnelle disponible sur KU. Dans leur grande majorité, les maisons d’édition françaises ont refusé d’intégrer leurs bouquins à ce catalogue. Vous ne trouverez pas sur KU les romans, essais, bande dessinées ou guide pratiques présents dans votre librairie. L’offre de KU est essentiellement constituée de livres tombés dans le domaine public (c’est-à-dire potentiellement gratuits) et d’ouvrages autoédités aux qualités inégales.

Amazon ne manque pas de mettre en avant la présence de la saga Harry Potter dans son offre

Amazon ne manque pas de mettre en avant la présence de la saga Harry Potter dans son offre

Vous pensez que j’exagère ? Si c’est le cas, je vous invite à aller faire un tour sur la page de présentation du service. Vous verrez que l’essentiel du catalogue est constitué de bit-lit, de chick lit à la sauce 50 nuances de Grey (une jeune fille rencontre un homme mature, riche de préférence, et vous connaissez la suite), de fantasy et de polars. C’est à peu près tout. C’est dommage qu’il y ait une si faible variété de genres littéraires, même si ce n’est en rien étonnant car il n’y a que ces genres-là qui se vendent bien en numérique sur Amazon. Marie-Pierre Sangouard, responsable des contenus Kindle sur Amazon France l’affirmait sans ambages dans une interview à Challenges en septembre 2013. Je n’ai rien contre la littérature de genre, que du contraire. Je suis moi-même grand amateur de polars mais ça me dérangerait de n’être exposé qu’à ce type de littérature.

Faiblesse du catalogue, faible diversité des genres : ces éléments ne donnent pas vraiment envie d’adhérer à KU. D’ailleurs, depuis que je m’y suis abonné le 1er janvier, je n’ai chargé qu’un seul livre sur ma liseuse, livre que j’avais par ailleurs déjà lu en tant que bêta-lecteur. Pour les quelques autres que je trouvais intéressants, il se trouve je les avais déjà achetés auparavant. Vous comprenez donc ma déception. Il y a tous les goûts dans la nature, me direz-vous. C’est vrai. Peut-être que vous y trouverez votre bonheur. Pour ma part, je considère que 9.99 euros, c’est cher payé pour les livres qu’on peut se procurer sur KU. Amazon espère sans doute intégrer les livres des grandes maisons d’édition à son catalogue, mais vu le contentieux qui les oppose, on n’en prend pas le chemin.

L’illimité, comme à la bibliothèque ?

D’aucuns n’hésitent pas à comparer le service qu’offre Kindle Unlimited au service d’une bibliothèque municipale. L’analogie paraît a priori fondée : dans une bibliothèque, l’abonné paie une cotisation mensuelle ou annuelle qui lui donne le droit d’emprunter des livres à volonté. C’est à peu près ce qui se passe avec KU, à la différence qu’il s’agit de livres numériques. Mettant en valeur ce rapprochement, le bloggeur britannique Tim Worstall allait jusqu’à suggérer de fermer toutes les bibliothèques d’Angleterre et d’acheter à la population un abonnement Kindle Unlimited. Au-delà de son côté provocateur, ce billet montre à quel point il était convaincu par l’analogie faite ci-dessus. Mais est-elle pertinente ? Pas vraiment.

Peut-on réellement comparer Kindle Unlimited à une bibliothèque ?

Peut-on réellement comparer Kindle Unlimited à une bibliothèque ? (crédits photo)

Tout d’abord, comme le démontre bien Neil Jomunsi sur son blog, une bibliothèque n’a pas vocation à générer du profit. C’est avant tout une œuvre d’utilité publique. KU n’a pas la même visée. Amazon n’est pas un généreux mécène soucieux de promouvoir de la littérature au plus grand nombre, mais une société commerciale qui cherche à faire du bénéfice. Ça n’a rien de mal en soi, c’est même l’une des raisons d’être d’une telle entreprise, mais apporter cette précision invalide la pertinence du rapprochement Kindle Unlimited=bibliothèque, que certains voudraient fallacieusement établir.

Il existe une autre différence fondamentale entre le catalogue de KU et celui d’une bibliothèque. Sauf cas particuliers, les bouquins que l’on emprunte dans une bibliothèque sont aussi disponibles ailleurs. Sachez que ce n’est pas le cas avec KU. Pour qu’un livre profite de l’option KU, il doit faire partie du programme KDP Select, programme qui veut que chaque livre qu’on y insère ne soit disponible que sur Amazon, du moins pour la version numérique. En contrepartie de cette exclusivité temporaire (3 mois renouvelables) qu’il cède à Amazon, l’auteur a la possibilité de prévoir des journées de promotion gratuite pour le livre concerné et de percevoir des royalties à chaque emprunt par des membres Amazon premium.

Ceux qui souhaitent acquérir un livre KU doivent obligatoirement passer par l’écosystème Amazon : soit en se procurant une liseuse Kindle, soit en installant une des nombreuses applications gratuites de lecture Kindle pour ordinateur ou smartphone. Souscrire à KU, c’est donc accepter d’accroître la position dominante d’Amazon sur le marché du livre numérique. Il faut le reconnaître, et je pense que la plupart des autoédités seront d’accord avec moi, Amazon est la plateforme qui fait le plus pour l’autoédition. C’est aussi celle où les bénéfices engrangés par les auteurs sont les plus importants. Pour autant, serait-il judicieux de lui offrir sur un plateau le monopole absolu dans le secteur du livre numérique ? Je ne le pense pas.

L’illimité, rentable pour les auteurs ?

L’une des préoccupations majeures, lors de la mise en place d’un service de streaming donnant accès de manière quasi-illimitée à du contenu numérique est de savoir s’il sera rentable pour les créateurs et les auteurs des œuvres qu’il diffuse. Pour l’instant, les témoignages qui nous parviennent du monde de la musique ne sont pas rassurants. Beaucoup de producteurs et d’artistes musiciens estiment que les rémunérations qu’ils touchent de la part des plateformes de streaming sont ridiculement basses. Le récent clash qui a opposé Taylor Swift à Spotify et Deezer en est un parfait exemple. Le label de la chanteuse, estimant que cette dernière n’était pas suffisamment payée pour ses tubes, avait décidé, en signe de protestation, de retirer une bonne partie de son catalogue des plateformes de streaming.

Logo Spotify

Les équivalents musicaux de Kindle Unlimited, à l’instar de Spotify, sont loin d’être idéaux pour la rémunération des créateurs…

Dans le communiqué qu’elle a publié suite à l’annonce du lancement de KU, la Société des Gens Des Lettres (SGDL) avait donc bien raison d’être inquiète quant aux « conditions de rémunération des éditeurs dans le cadre du service proposé par Amazon et encore moins celles des auteurs ». Leur crainte est d’autant plus compréhensible si l’on considère les témoignages d’autoédités américains célèbres ayant expérimenté le système. Holly Ward, une de ces célébrités, disait que ses revenus avaient chuté de 75% après qu’elle a intégré certains de ses livres au catalogue KU. D’autres ont cependant vécu une expérience différente. En France, l’auteur indépendant Jacques Vandroux, s’il admet que le rythme de ses ventes a chuté de moitié au moment du lancement de KU, note malgré tout que peu après, les emprunts (livres empruntés via KU et via la bibliothèque de prêt, aussi appelée KOLL) correspondent à près de 20% du total des acquisitions de son dernier livre Projet Anastasis, ce qui assure aussi son maintien dans le Top 100. Dans tous les cas, les auteurs qui ont expérimenté le système s’accordent à dire que privilégier les formats courts (on atteint rapidement les 10% de lecture) et peu chers (en gros, inférieurs à 2.99 euros) est la meilleure façon de maximiser ses gains sur KU.

Les grands éditeurs s’en tireront-ils financièrement s’ils acceptent d’intégrer leurs livres à KU ? Rien n’est moins sûr. Pour que toutes les parties – auteurs et lecteurs – puissent tirer profit de ce type de systèmes, il faut une offre pléthorique, une assiette d’abonnés suffisamment large et un prix d’abonnement ni trop élevé, ni trop bas. À l’heure d’aujourd’hui, KU ne remplit pas ces conditions.

L’illimité, solution d’avenir ?

En dépit de ses nombreuses imperfections, Kindle Unlimited est intéressant en ce qu’il pose la question plus globale de l’illimité et du modèle de distribution des livres numériques à l’avenir. Les SMS illimités dans nos forfaits mobiles, l’Internet illimité dans nos maisons, la musique illimitée via Deezer ou Spotify, les vidéos à volonté via Netflix : ces éléments montrent que l’illimité a le vent en poupe et qu’il faudra désormais composer avec. Mais est-ce un modèle viable ?

Kindle Logo

Amazon va-t-il trouver un modèle économique fiable pour la diffusion de livres numériques ?

Les faits le montrent depuis quinze ans : à partir du moment où les œuvres culturelles entrent dans le champ numérique, elles sont susceptibles d’être recopiées et donc piratées. Du coup, plus personne n’achète rien puisque tout est trouvable sur la Toile. Le mal est déjà fait pour les œuvres audiovisuelles. Le livre résiste tant bien que mal à cette tendance, mais ce statu quo ne saurait tenir longtemps. Dans quelques mois, dans quelques années, si aucune action n’est entreprise, pirater un livre deviendra aussi naturel que pirater de la musique ou des séries.

Différentes solutions ont été proposées au cours des dernières années pour juguler le téléchargement illégal, sans qu’aucune d’elles ne marche. Que ce soit Hadopi ou les timides offres légales, rien de cela n’a pu endiguer le flot des transferts illégaux sur le Net. Seul le streaming couplé à une offre complète et diversifiée semble, à en juger le succès des plateformes qui l’offrent, rencontrer l’adoubement des internautes. Il est peut-être temps de se demander si cette licence globale dévoyée ne correspond pas, en dépit de ses imperfections, au seul modèle capable de ramener les internautes sur les voies du légal.

Piratage des livres numérique

Le piratage est-il l’avenir du livre ?

Il n’est peut-être pas encore trop tard pour empêcher que le livre ne devienne lui aussi l’objet d’un téléchargement illégal massif. Le streaming (accéder au contenu quand on le veut) couplé à l’illimité (avoir accès à une diversité de contenus) est-il la solution ? Dans le domaine de la musique et des vidéos, les faits montrent que c’était le moins pire des modèles du point de vue des consommateurs, pas forcément des auteurs. Il n’est pas parfait, mais c’est pour l’instant, à mes yeux, le meilleur équilibre qu’on ait trouvé. Kindle Unlimited correspond à ce seul modèle qui marche, c’est en cela qu’il est intéressant. Il souffre encore de nombreux défauts, c’est certain, mais il montre peut-être la voie à suivre.

Le streaming illimité est-il la solution ? La question est posée. La pire des choses serait de ne pas chercher à y répondre.

Et vous ? Que pensez-vous du service Kindle Unlimited ? L’avez-vous testé, que ce soit en tant qu’auteur ou lecteur ? Estimez-vous qu’il s’agisse d’un modèle d’avenir ? N’hésitez pas à donner votre avis en commentaire !

A propos de l’auteur de cet article

Merci encore à Jiva Bahati d’avoir rédigé cet article invité si complet sur le programme Kindle Unlimited ! Pour les petits curieux qui voudraient en savoir plus sur Jiva et son travail, je vous propose une courte biographie et quelques liens à visiter pour découvrir ses œuvres :

Informaticien vivant en Belgique, Jiva Bahati est un spécialiste du droit des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Ce n’est donc pas étonnant s’il a dédié son tout premier livre numérique (paru en 2012) à l’affaire Megaupload et la question du téléchargement illégal sur internet. Il a profité de cette première expérience d’autoédition pour approfondir ses connaissances des plateformes numériques pour auteurs.

épopée Federer

Second livre numérique publié par Jiva Bahati

A travers son deuxième livre numérique autoédité, sorti cette semaine, Jiva Bahati approfondit une autre de ses passions : le tennis. Il nous présente ainsi l’Epopée Federer, qui revient sur les succès et le parcours du célèbre tennisman Roger Federer.

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17 réflexions sur “Que faut-il penser de Kindle Unlimited ? (Article invité)

  1. Bonjour et merci pour cet article très complet.
    On s’interroge à juste titre sur les effets à moyen et long terme d’une offre telle que Kindle Unlimited.
    Et pourtant ce type d’offre n’est pas nouvelle puisque Youboox s’est lancé dans ce même créneau avec, je crois, la bénédiction de certains éditeurs, et sans générer d’émotions particulières (ce qui m’avais beaucoup surpris d’ailleurs). Si la France légifère contre KU, des acteurs français seront impactés également. Aux Etats Unis, le streaming des livres est également très répandu par d’autres acteurs.
    Je ne dis pas que KU est bien ou mal, et je préfèrerais également que KDP n’impose pas à ses auteurs l’exclusivité de ses titres pour adhérer à KDP Select, mais je suis toujours surprise de voir crier au loup contre Amazon, quand ils ne font que reprendre des concepts déjà existants.

    • Bonjour Jacques-Line,

      Merci pour votre commentaire. Je ne vais pas parler ici au nom de Jiva (même si je trouve son avis sur Kindle Unlimited très cohérent).
      Concernant votre surprise de voir Amazon décrié quand d’autres acteurs ne le sont pas pour les mêmes actions, je dirais que cela vient tout simplement de la notoriété d’Amazon.

      Je pense qu’on peut affirmer sans crainte qu’Amazon est l’acteur numéro 1 de l’édition numérique, aussi bien aux États-Unis qu’en France. De ce fait, la moindre de ses actions aura beaucoup plus de conséquences que celle d’un acteur moins important. Il me paraît d’ailleurs naturel que les grands acteurs de l’édition française aient peur d’Amazon, car ils risquent tout simplement de dépendre de Kindle et de ses conditions si la plateforme s’avère couronnée de succès.

  2. Excellent article très complet, merci à l’auteur et au Souffle Numérique de l’avoir diffusé. Je voulais justement me renseigner depuis un moment sur Kindle Unlimited, et voilà que j’ai tous les éléments de réponse qu’il me fallait.

    En tant qu’auteur, je reste sur mes gardes et m’abstiendrai pour l’instant d’utiliser le système, mais il mérite qu’on surveille ses évolutions de près. Tant qu’à l’expérience du lecteur, je pense qu’elle devrait être plus intéressante si on lit l’anglais, puisque les anglophones jouent plus facilement le jeu. Dommage que le bilan soit si mitigé pour les ayant-droits…

    • Merci pour ce commentaire, Sophie! Remerciez plutôt Jiva d’avoir écrit l’article ! 😉

      Pour information, je ne dirais pas forcément que les auteurs anglais « jouent plus facilement le jeu ». D’après le peu que j’ai pu observer de réactions d’anglophones, les propos sont assez semblables outre-Atlantique : on trouve le catalogue faible et pas forcément profitable aux auteurs.

      Le fait qu’il y ait beaucoup de livres en Anglais témoigne simplement du fait qu’il y a beaucoup plus de livres écrits en Anglais qu’en Français, mais pas forcément que les auteurs ou éditeurs jouent davantage le jeu du côté anglophone.

  3. Même si dans la phrase « les œuvres d’auteurs autoédités sont de qualités inégales » (comme si les œuvres d’auteurs traditionnellement édités étaient toutes parfaites) il m’a semblé ressentir un a priori négatif contre l’autoédition, je suis d’accord en grande partie avec l’article.

    Je crois que si Amazon.fr n’était pas lié à sa filiale américaine, et avait sa propre autonomie, les responsables français auraient pris le parti de ne pas demander l’exclusivité aux auteurs autoédités sur Kindle Unlimited: le poids de l’édition traditionnelle en France ajouté aux critiques générées par la demande d’exclusivité chez les auteurs autoédités rend ce modèle difficilement attractif, à tel point que sous sa forme actuelle, son avenir en France me semble compromis. Il aurait fallu qu’Amazon.fr joue à fond la carte des autoédités.

    Amazon US, en revanche, peut jouer sur une palette d’auteurs autoédités adhérant à KDP Select plus importante, ce qui permet une meilleure attractivité de Kindle Unlimited pour le lecteur.

    Mon point de vue sur Kindle Unlimited ici: http://alanspade.blogspot.fr/2014/12/offre-kindle-unlimited-une-bonne-chose.html

    • Bonjour Alan,

      Merci pour votre commentaire. Je suis moi-même lecteur régulier de votre blog et ça me fait plaisir de vous voir réagir à cet article.

      Pour répondre au point que vous souleviez au début, soyez assuré que je n’ai rien contre l’autoédition. Je lis régulièrement des livres auto-édités, je pense même que depuis deux ans je lis plus de livres auto-édités que de livres issus de l’édition traditionnelle. Il y a des pépites, mais aussi des ratés. C’est aussi le cas dans l’édition classique, je n’en disconviens pas, mais je constate l’amateurisme (au niveau de la mise en forme, du style, de la couverture, de l’intrigue) est un peu plus marquée chez les auto-édités que chez les auteurs traditionnels. Heureusement que cela change et c’est tant mieux.

  4. Bonjour et merci pour cet article qui me semble assez complet.
    Merci à Jacques-Line Vandroux de l’avoir partagé sur Facebook, ce qui m’a permis d’en prendre connaissance.
    Pour vous faire part de mon expérience personnelle, depuis qu’Amazon a mis en place ce système d’abonnement à ses lecteurs, mes ventes n’ont ni chuté, ni augmenté. Elles continuent sur le même tempo.
    Par contre, les « emprunts » ont significativement augmenté, multipliés, en ce qui me concerne, parfois par dix.
    La question de savoir si c’est bien ou mal n’est, à mon sens, pas judicieuse…
    Je pense que tout le monde s’y retrouve dans cette nouvelle offre.
    L’auteur, qui touche ainsi plus de lecteurs potentiels, mais également le lecteur, qui pour moins de 10 Euros, peut lire jusqu’à 10 livres par mois.
    Certes, le catalogue francophone est peut-être majoritairement composé d’auteurs auto-édités, mais le client qui se renseigne un minimum avant de souscrire à l’offre en est conscient.
    Depuis qu’Amazon a facilité l’accès à l’auto édition de nombreux auteurs, les éditeurs dits classiques ont ouvert les hostilités.
    Le débat, aujourd’hui, est de savoir si cette offre est « légale ». Ce n’est pas la légalité qui dérange les grandes maisons d’édition, mais le profit qu’elles n’engrangent plus.
    Pour ma part, la culture doit être accessible à tous et non à une certaine élite qui peut se permettre de payer 15 Euros un livre numérique issu de l’édition classique.
    Au lieu de pointer du doigt un distributeur qui, même s’il n’est ni mécène, ni enfant de chœur, facilite l’accès au numérique et permet à tous d’avoir accès à la lecture, les grandes maisons d’édition devraient se demander pourquoi il existe une crise du livre en France? Pourquoi de moins en moins de personnes lisent? Que faire pour y remédier?
    Si Amazon arrive à accroitre le nombre de lecteurs, moi, je leur tire ma révérence et je signe.

  5. La solution pour les auteurs. Faire une version light pour KU et proposer la version lourde au prix édition. C’est peut-être une occasion pour la promotion.
    Si j’avais lu les versions light du Parfum de Suskin ou Cloud Atlas de David Mitchell, j’aurais foncé sur les versions complètes.
    De même pour des bouquins techniques ou des essais comme Le film et sa musique de Mario Litwin (du costaud pour les compositeurs) ou Le cygne noir de Hassim Nicholas Taleb (de la matière à réflexion pour de longues années).

    • Merci pour ces pistes de réflexion, Sylvain ! C’est effectivement une excellente idée, et un concept à creuser. En revanche, cela ne va pas s’accorder avec tous les types de textes. Il reste tout de même assez difficile d’alléger un roman sans en enlever la substance. Il est vrai que cela pourrait mieux fonctionner sur des essais ou des livres techniques et tutoriels.

      En revanche, il est à voir si cette pratique s’accorderait avec les règles d’utilisation de Kindle. Par ailleurs, il faudrait aussi examiner la réaction des lecteurs. Le lecteur qui paie 10€ par mois pour avoir des lectures illimitées sera certainement regardant avant de dépenser plus pour un texte « hors KU ». Par ailleurs, il pourrait se sentir floué de recevoir uniquement un « extrait » de texte, alors qu’il paie pour des textes intégraux.

  6. Excellente analyse. J’aimerais pousser le bouchon encore plus loin car le numérique est aussi le domaine de l’immatériel et il me paraît cohérent d’avoir la possibilité de se débarrasser en quelque sorte des livres qu’on a lu et qu’on ne relira plus. Avec le livre papier, on a le marché de l’occasion mais pas encore avec le numérique. Les titres acquis s’accumulent au fond de notre liseuse ou sur le cloud d’Amazon ou d’autres plateformes (d’où ils peuvent disparaître parfois sans notre consentement) sans possibilité d’échange ni de récupérer une partie du prix payé. On ne peut même pas, il me semble, les jeter car ils restent à tout jamais en notre possession. On peut donc imaginer dans un futur proche la naissance de plateformes de ventes d’occasion qui seraient alimentées par les retours de ces ouvrages ensuite revendus à des prix défiant toute concurrence, ou intégrés dans les programmes de streaming en respectant l’unicité du titre. Légalement, ça devrait être possible, tout comme il existe un marché parallèle de l’occasion pour tous les biens de consommation et vu que les grandes librairies physiques ou en ligne vendent depuis longtemps côte à côte du neuf et de l’occasion. Dans mon esprit, cela peut aussi s’inscrire dans le système KDP et autres pour booster le catalogue des titres disponibles. KDP neuf et occasion en quelque sorte. Même si les éditeurs ne sont pas d’accord, ils ont déjà été payés pour la vente donc ils ne pourront que s’incliner. Futur chamboulement en perspective pour la SDGL!

    • Oui, mais quel est le sens d’un « livre usé » en numérique? Il n’y a pas d’usure avec l’ebook. Cela reviendrait à dire que seul le droit d’auteur s’use avec l’ebook.

      Pour moi, les vendeurs de livres usés s’insèrent dans une faille du système légal. Je n’ai pas de soucis avec ça, puisque ça permet une deuxième vie à pas mal d’ouvrages.

      Mais pour le numérique, la faille du système, elle existe déjà, et ce sont les livres piratés.

      Du moment que ni l’auteur, ni l’éditeur ne sont payés, pourquoi une plate-forme quelconque devrait-elle profiter de ces « ebooks usés »? Je préfère encore que les échanges se fassent gratuitement par e-mail, ou par des plates-formes de peer-to-peer (même si on sait que les sites de pirates bénéficient eux aussi de revenus publicitaires), et qu’on n’essaye pas de légaliser quelque chose qui à mes yeux, n’a aucun sens, puisque je le répète, un ebook ne s’use pas. Et quand vous l’envoyez à quelqu’un ou que vous le placez sur une plate forme de peer-to-peer, vous ne perdez pas votre exemplaire, vous vous contentez de le dupliquer.

      • Merci à vous deux pour ces commentaires. Je suis bien d’accord avec le très éclairé Alan Spade sur ce point ! 😉
        Pour moi il est aberrant de parler de livre numérique d’occasion ou de seconde main. La duplication d’un ebook consistant simplement à un copier-coller, il me paraît douteux de « revendre » un ebook acheté « neuf ». Comme le montre Alan, ce type de pratique profiterait uniquement à une plateforme ou à des lecteurs, mais jamais à des auteurs/éditeurs.

        On sait donc déjà que les éditeurs s’opposeront forcément à la revente de livres numériques « usagés », car le seul intérêt actuel de l’édition numérique pour l’éditeur est justement la suppression du marché de l’occasion.

        Cela serait pareil du côté des auteurs : il y aurait un manque à gagner énorme. Si un lecteur peut acheter moins cher un livre numérique « usagé » qui sera strictement le même qu’un livre numérique « neuf », pourquoi achèterait-il encore un livre numérique au prix fort ?

        Bien entendu, cela n’empêche pas qu’il est toujours intéressant de réfléchir à des alternatives ou à des nouveaux modèles pour le livre numérique. On pourrait imaginer une plateforme qui récompenserait les lecteurs fidèles avec un livre gratuit au bout de X achats, ou qui offrirait des réductions sur l’achat du second tome d’une série de livres à ceux qui possèdent déjà le premier tome. Reste que l’idée d’un marché numérique d’occasion ne me paraît pas bonne.

  7. Article très intéressant.

    Pour ma part en tant que lectrice qui ne lit pas l’anglais, l’offre KU ne me tente pas. J’ai regardé la catalogue et j’avais envie de lire seulement deux, trois livres.

    En tant qu’auteur, je me pose encore la question, je ne sais pas vraiment quoi en penser. Bien sûr je préférerais que mes lecteurs lisent mes livres de cette façon-là plutôt qu’ils les téléchargent illégalement.

    Après je pense que c’est peut-être une bonne solution pour donner un nouveau souffle à des titres qui ne se vendent plus ou ne se sont pas vendu. Les éditeurs ne devrait pas fermer la porte ainsi et réfléchir au cas par cas, si ça peut permettre à certains romans de trouver un lectorat, pourquoi pas.

    • Merci pour ce commentaire sur l’article de Jiva !

      Votre idée est excellente : un auteur pourrait réfléchir à une vente à deux vitesses, en publiant ses nouveaux livres hors KU et en intégrant ses livres à KU après un ou deux ans.

      Du côté des éditeurs (disons plutôt des grands éditeurs car ce sont eux qui ont le plus à perdre face à Amazon), je pense que la démarche est tout autre. La plupart des grands éditeurs misent avant tout sur leurs best-sellers, et ils ne voient probablement pas d’intérêt à rééditer des anciens textes confidentiels. Tout du moins pas si c’est pour enrichir Amazon ! 😉

  8. Et voilà, le service vient d’être jugé non conforme à la loi française :

    http://www.lefigaro.fr/medias/2015/02/19/20004-20150219ARTFIG00005-amazon-va-devoir-revoir-son-offre-kindle-unlimited-en-france.php

    http://www.ouest-france.fr/amazon-loffre-kindle-unlimited-jugee-non-conforme-la-loi-3199151

    Il faut toutefois noter une chose : la plupart des livres inscrits à KU en France proviennent d’auto-édités et non d’éditeurs traditionnels. Amazon n’est donc presque pas inquiété par cette conclusion…

    • Oui, mais Amazon comptait sans doute « débaucher » un maximum d’éditeurs traditionnels pour valoriser son service. Cela reste un coup dur pour eux.

      A noter tout de même que l’offre Kindle Unlimited est plus que jamais visible sur le site d’Amazon.fr, ce qui prouve qu’Amazon ne lâche pas l’affaire. S’ils voient qu’il n’ont plus la possibilité légale d’attirer des éditeurs, peut-être lèveront-ils la condition d’exclusivité pour les auteurs indépendants. Mais s’ils agissent ainsi, ils craignent sans doute que d’autres concurrents comme Kobo se lancent aussi dans l’illimité (ou dans une forme d’illimité qui serait rendue possible par la loi).

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