Les 5 commandements du troll de l’autoédition

Les clichés ont parfois la peau dure, et je me dis que ce n’est malheureusement pas toujours par hasard. Si je vous dis « autoédité » par exemple, qui visualisez-vous ? Vous serez nombreux à me parler de cet auteur raté, un peu naïf, parfois hautain, sûr de son art et de ses qualités, mais qu’aucun éditeur n’a voulu prendre sous son aile. La faute à un talent médiocre diront les uns, la faute à des conspirations de maisons d’édition diront les autres. Si j’ai pour habitude d’essayer de briser cette image désuète, ce ne sera pas le cas aujourd’hui !

Aujourd’hui, j’ai au contraire décidé de pousser ce cliché au maximum, pour vous aider à devenir le meilleur du pire des autoédités ! La tâche ne sera pas facile je vous préviens, car il incombe de suivre des commandements stricts et un mode de vie complexe, mais je sais que vous serez capables d’y mettre du cœur, car le jeu en vaut la chandelle. Quel intérêt me direz-vous ? Eh bien c’est purement marketing !

En effet, si le lecteur garde ce cliché en tête dès qu’il entend parler d’autoédition, il risque d’être troublé si vous lui proposez un travail sérieux, des textes professionnels et un rendu de qualité. Or, le trouble n’incite pas à l’achat ! Ne décevez donc pas vos lecteurs, et devenez le cliché ultime, celui qu’on s’attend à retrouver derrière le mot « autoédition », bref : le troll !

Pour cela : rien de plus simple ! Il vous suffit de suivre ces cinq commandements, glanés ça et là auprès des différents trolls autoédités que j’ai pu affronter jusqu’ici. Comme chaque rencontre trollesque est l’occasion d’épiques combats, j’espère que vous saurez apprécier ces différents commandements à leur juste valeur :

  • Commandement Premier : Tu resteras SEUL

C’est le fondement de l’autoédition trollesque. Seul tu es, seul tu resteras. Comme l’indique le préfixe « auto », l’autoédité est seul face à la nature ! Un mode de vie moins dangereux que celui de Bear Grylls, mais tout aussi acharné !

 L’idée est de ne jamais demander ni l’avis, ni l’aide de personne. Vous n’en avez de toutes manières pas besoin ! L’autoédité a choisi la voie de l’indépendance, il doit donc l’assumer et la revendiquer. Vous ferez tout complètement seul, vous ne citerez que vous-même dans la page de remerciement de vos livres, et vivrez si possible isolé, dans une maison dans la forêt. Veillez tout de même à avoir une connexion Internet, c’est plus pratique pour vendre vos livres !

  • Second Commandement : Tu ne t’intéresseras qu’à l’ECRITURE

Le second précepte à comprendre est la suprématie de l’écriture sur tout le reste. En tant que troll de l’autoédition, vous avez décidé d’être un écrivain avant tout, et vous le revendiquez. Vous écrivez comme un Dieu, et il est bon de vous le rappeler régulièrement. En revanche, n’abîmez pas vos doigts faits pour écrire par d’autres tâches que celles que le Tout Puissant vous a confiée.

Exit donc l’idée de travailler la couverture de vos romans, ou d’essayer de faire correctement la promotion de vos livres. Oubliez également toutes les tâches ingrates comme la création d’un blog, de profils sur les réseaux sociaux ou encore de diffusion de vos écrits. Tout cela serait du temps perdu pour un génie tel que vous !

Remarquez au passage que le commandement mentionne bien l’ECRITURE, en capitales d’imprimerie. Comprenez donc que vous ne devez faire qu’écrire, point. N’essayez jamais, ô grand jamais, de vous relire, ni de corriger vos textes. Ce n’est pas de l’écriture, juste des fioritures ! Par ailleurs, vous êtes suffisamment doué pour écrire de l’or en un seul jet. On appelle ça l’art brut, et les gueux ne peuvent le comprendre !

Un troll a ceci d’exceptionnel qu’il mêle le grotesque et l’inquiétant…

  • Troisième Commandement : Tu seras FIER

N’est pas troll de l’autoédition qui veut. Pour être un troll de bon acabit, il faut avant tout se sentir bien dans sa peau, suinter la réussite et le succès, être fier comme un coq.

Vous n’êtes pas qu’un autoédité, ni même qu’un troll. Vous êtes (je vous laisse trier par ordre d’importance) un artiste, un écrivain, un auteur à succès, un indépendant, un créatif, un révolté, un génie incompris, un novateur, un entrepreneur, un DIEU !

Ne laissez personne en douter, et n’oubliez jamais de le revendiquer ! Pour cela, vous devrez vous acharner à parler de vous, à ne parler que de vous. Pensez aussi à écrire quelques envolées lyriques sur votre propre personne, en employant naturellement la troisième personne du singulier pour vous désigner (la première personne du pluriel est également admise dans certains cas).

Evitez d’occulter votre personne quand vous discutez. Par exemple, vous ne parlerez pas de votre livre, mais de vous, qui avez écrit un nouveau livre. Tout est dans la nuance ! Ainsi, n’hésitez pas à débuter chacun de vos ouvrages par une biographie de quelques dizaines de pages, avec si possible moult détails sur votre génie. Si écrits nécessitent une bibliographie, n’hésitez pas à citer vos propres œuvres dans les références, voire à n’y citer que vos œuvres.

Libre à vous d’impliquer vos propres personnages dans cette tâche d’autosatisfaction. Les possibilités sont multiples ! Vous pouvez pas exemple donner votre nom à tous les personnages, ou encore faire en sorte que le personnage principal de chacun de vos livres ne cesse de lire vos livres précédents. Une solution plus classique peut aussi être d’ajouter régulièrement des notes en bas de page pour transmettre votre avis et vos appréciations sur les lignes que vous écrivez.(1)

  • Quatrième Commandement : Tu ne te remettras JAMAIS en cause

L’une des difficultés du statut de troll de l’autoédition est la présence des autres. Si vous le pouviez, vous vous en passeriez bien afin d’appliquer à la lettre le Commandement Premier. Seulement qu’est-ce qu’un auteur sans ses lecteurs ? Vous serez contraint de faire avec les autres, et verrez bien vite qu’ils sont des entraves à votre perfection.

Avec vos premiers lecteurs, vous risquez en effet de rencontrer de stupides empêcheurs de tourner en rond, qui risquent de vous livrer leurs remarques, voire PIRE ENCORE leurs suggestions ! Les plus audacieux d’entre eux, arrogants au point de penser pouvoir vous conseiller, vous proposeront leur critique. C’en est trop !

Quoi qu’il en soit, n’oubliez jamais le premier commandement, et envoyez valser toute tentative de discussion concernant votre œuvre. Vous en êtes le seul auteur, vous seul avec les pleins pouvoirs sur vos textes. Vous prendrez donc un malin plaisir à renier en bloc toute critique non positive sur votre livre, à refuser toute suggestion, à vous moquer des badauds incultes qui osent vous remettre en cause.

N’hésitez pas à montrer aux critiques qu’ils ont tort, et à rappeler que vous êtes le seul à avoir l’autorité suffisante pour juger de la qualité de votre œuvre (et accessoirement de celles des autres, qui seront naturellement moins bonnes que la vôtre). S’il sont sages, ils finiront par comprendre que vous avez raison et qu’ils ont tort. Comment pourrait-il en être autrement ?

  • Cinquième Commandement : Tu TROLLERAS

Une fois que vous avez appliqué les quatre premiers commandements, tâchez de ne pas relâcher l’attention ! Car aussi appliqué que vous êtes à suivre ces quelques préceptes, vous risques purement et simplement d’oublier… de troller ! Car le troll de l’autoédition est avant tout un troll. C’est à dire qu’il ne se contente pas d’appliquer à la règle les quatre premiers préceptes, il fait tout ça en trollant !

Pour les profanes : être un vrai troll consiste à s’acharner avec vigueur sur tous ceux qui s’opposent à vous… et aussi sur les autres ! En tant que troll, vous vous appliquerez à ennuyer n’importe qui sur Internet, par exemple en postant systématiquement des publicités de votre livre dans les commentaires des moindres blogs que vous trouvez, mais aussi en utilisant des mails glanés ça et là pour faire votre promotion, ou simplement parler de vous.

Vous trollerez également chez quiconque n’est pas de votre avis, ou a posté une mauvaise critique de votre livre. Pour cela rien de plus simple : rejetez en bloc la moindre critique (comme enseigné par le quatrième commandement) et remettez en cause l’auteur de la critique, ainsi que ses ancêtres (certainement à l’origine d’une quelconque conspiration contre vous). N’oubliez pas d’utiliser des insultes et autres signes évidents de mépris. On est troll ou on ne l’est pas !

Enfin, n’hésitez pas à troller sur les notes et avis laissés par les clients sur les livres. Vous prendrez soin d’encenser vos propres livres via de faux comptes, en vous faisant passer pour des lecteurs ravis, et utiliserez les mêmes comptes pour critiquer vos concurrents. Pour cela, inutile d’avoir lu leur livre, il suffit de dire que tout est nul ! Si au passage, vous pouviez glisser une référence à vous ou à votre livre dans la critique d’un ouvrage concurrent, la boucle serait bouclée !

Voici terminée ma chronique de conseils du jour ! Si par hasard, vous avez déjà rencontré des trolls ou en êtes un vous-même, n’hésitez pas à compléter cet article dans les commentaires !

Crédits photos : ici pour l’image de Une et là pour l’image du centre

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(1) Je trouve cette partie de l’article géniale.

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10 réflexions sur “Les 5 commandements du troll de l’autoédition

  1. J’en vois bien un qui pourrait correspondre à ces critères, mais il y a un truc majeur : Il ne fait pas qu’ECRIRE , il « code » aussi une myriade de sites, et trolle aussi sur les couvertures… Par contre, c’est clair que la relecture ou le sens esthétique c’est une autre question.

  2. En ce qui nous concerne, A. Jarry propose ses romans trop exceptionnels pour l’édition traditionnelle par le biais de l’auto-édition, domaine dans lequel, du reste, lui seul excelle. Et il a trouvé cet article trollement intéressant !

  3. Aux trois intervenants :

    Votre manière de manier l’humour m’a fait plier de rire. Etre un troll ou ne pas être, voilà la question.

    Tipram

  4. En tant que troll en cours d’élaboration, je vous invite donc à découvrir mon œuvre :
    Moi au pays des abeilles, Envers et contre tous, Editeurs je vous hais !, Le livre interdit…
    À bon entendeur, salut !
    Bon, trêve de plaisanteries, excellent article 😉

    • Il manquerait juste quelques majuscules et une mention de toi à la troisième personne pour faire le troll parfait !
      Mais ne t’inquiètes pas, ça demande juste un peu d’entraînement !

      Merci pour ton humour et pour ce compliment ! 😉

  5. Pingback: À Vancouver tourne à gauche » Blog Archive » Pourquoi l’auto édition ?

  6. Pingback: Rue du Pourquoi Pas » Pourquoi l’autoédition ?

  7. Merci pour vos articles, c’est une mine d’information dont j’ai besoin pour mener à bonne fin mon roman. Présentement
    Je suis à repenser à mon plan, le message et les rôles des personnages.

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