Les formats du livre numérique

Kindle

Il y a quelques jours, un écrivain m’a demandé si je savais où trouver un modèle de PDF pour lui permettre de créer son livre numérique pour Kindle, désespéré par les tentatives de mise en page qu’il avait tenté jusque là. Un peu désarçonné par sa demande, je n’ai pas de suite compris ce qu’il recherchait vraiment. La seule réponse satisfaisante que j’ai pu lui accorder était donc : il n’existe aucun modèle de PDF qui peut permettre un rendu numérique satisfaisant !

Conscient que cette réponse n’est pas forcément évidente à comprendre, j’ai décidé de continuer la conversation via ce billet de blog, en m’attardant sur les différents formats possibles pour le livre numérique. Avant de vous perdre dans cet article, je tiens simplement à préciser qu’il s’adresse aux « débutants » du livre numérique. Je ne cherche pas à fournir une analyse complète des dizaines et des dizaines de formats existants mais simplement à m’attarder sur les principaux, de manière à filer un petit coup de main aux auteurs qui aimeraient vendre numérique mais n’ont jamais vraiment tenté l’expérience de la lecture numérique.

Qu’est-ce qu’un format numérique ?

Commençons par le commencement ! Quand on parle de livre numérique, beaucoup s’imaginent qu’il s’agit simplement d’un doc Word ou Open office, sans savoir que les livres vendus sur Kobo ou Amazon nécessitent un traitement un peu différent pour offrir une expérience de lecture convaincante. A la base, parler de format numérique veut dire tout ou n’importe quoi. Car effectivement, les formats txt ou word sont des formats numériques, et pourraient ainsi se prétendre livres numériques.

Dans la pratique, vous l’aurez compris, tous les formats numériques ne se valent pas pour la lecture. L’exemple du txt est d’ailleurs le pire de tous puisque ce format n’intègre aucune mise en page et va donc à l’encontre de toutes les règles éditoriales ! Mais j’ose espérer qu’aucun auteur n’a jamais essayé de refiler du txt à ses lecteurs. Histoire de rester le plus bref possible, nous nous intéresserons ici aux formats numériques les plus utilisés à l’heure actuelle : à savoir le PDF, l’ePub et le « format Kindle ».

PDF

Le PDF

Comme expliqué plus tôt, cet article part de la demande d’un auteur qui ne comprenait pas pourquoi ses PDF étaient peu lisibles sur un livre électronique. En soi, sa demande n’a rien d’étonnante, car le PDF reste LE format numérique d’un ebook dans l’esprit de la plupart des gens. A une époque où les liseuses étaient encore rarissimes et hors de prix, et où les livres numériques étaient majoritairement lus sur ordinateur, le PDF avait le vent en poupe ! Je pense à ces innombrables sites des années 2000 qui vous proposaient leurs ebooks pratiques en PDF, qu’ils vendaient comme une innovation sans pareil.

Il faut reconnaître que le PDF a ses avantages. Le premier, qui saura certainement convaincre plus d’un auteur fainéant, est qu’il adopte fidèlement la mise en page que l’auteur aura choisi d’adopter sur Word. La seule maîtrise nécessaire est celle du traitement de texte. Le PDF n’offre aucune mauvaise surprise : les textes, la mise en page et les images apparaîtront comme ils apparaissent sur Word, sans aucune autre manipulation à faire que Enregistrer sous > Format PDF. Autre avantage imbattable du PDF : tout le monde peut le lire ! Pas besoin d’un logiciel spécifique ou d’un matériel high tech : le PDF sera lu de la même façon sur ordinateur ou sur Mac, et offrira un rendu globalement convainquant et une lecture facile…

Néanmoins, dès qu’il s’agit de quitter le large écran d’un ordinateur, le rendu d’un PDF devient catastrophique ! Car la grande limite de ce format est sa rigidité à toute épreuve ! Certes, les textes et les images apparaissent fidèlement sur l’écran d’un ordinateur, mais ne vous attendez pas à ce qu’elles s’adaptent à un écran plus petit. Imaginez la page d’un PDF comme une photographie très précise, qu’il faudrait voir en plein écran d’ordinateur pour en saisir tous les détails. Si cette même image est placée sur l’écran d’un smartphone ou d’une liseuse, vous perdez une grande partie de sa lisibilité… et c’est ce qui se passe avec le PDF !

Les pages du PDF s’afficheront sur une liseuse de la même manière que sur l’ordinateur… mais sans prendre en compte la différence de taille des écrans. Vous vous trouvez donc avec un texte infiniment petit sur liseuse, sans possibilité convenable de zoomer. Bref : aucun confort de lecture, une gène permanente et un texte qu’il est finalement impossible de lire dans son intégralité !

ePub

L’ePub

Nous l’avons vu, le PDF d’antan est un format certes pratique, mais plus du tout adapté aux outils de lecture actuels que sont les smartphones ou les liseuses. Parlons de smartphone d’ailleurs : avez-vous remarqué que lorsque vous naviguez sur Internet, les textes des sites parcourus peuvent s’adapter à la taille de votre écran ? C’est parce que le code html (utilisé par la grande majorité des sites Internet) offre le « reflowable text » (traduisons bêtement : texte reformatable). Il s’agit d’un texte qui s’adapte automatiquement à la largeur d’un écran, quel que soit le matériel utilisé. Les développeurs avaient en effet le choix entre forcer l’ensemble de la population mondiale à utiliser le même modèle d’ordinateur ou créer un langage qui puisse s’adapter à tous les systèmes et à tous les écrans.

Directement issu de cet univers du Web où l’interopérabilité (le fait de pouvoir fonctionner sur différents systèmes) est un enjeu clef, le format ePub intègre les langages d’Internet, à savoir le html et le CSS. Concrètement, cela signifie qu’un fichier ePub propose du reflowable text, à savoir un texte qui va s’adapter à la taille de l’écran de votre liseuse, de votre ordinateur ou de votre smartphone.

La mise en page de vos textes va donc évoluer de manière à rendre l’expérience de lecture la plus agréable possible. Ainsi, si vos lecteurs ont des problèmes de vue et besoin d’une police d’écriture très grande, ils pourront zoomer sans souci grâce à leur appareil de lecture, et la mise en page s’adaptera ainsi automatiquement à la nouvelle taille de police choisie. Au passage, si vous souhaitez en savoir plus sur le reflowable text, je vous recommande cet article du maître en la question, Jiminy Panoz : « Reflowable text et Fixed Layout« .

Naturellement, les avantages de l’ePub s’accompagnent d’inconvénients pour l’auteur, car générer un fichier ePub est un peu plus difficile que de créer un PDF… Pour autant, c’est loin d’être aussi difficile que certains ne le pensent ! Par crainte de l’ampleur de la tâche, certains écrivains vont chercher des convertisseurs automatiques de fichiers word en ePub. Petit avertissement : le résultat sera souvent assez hasardeux et risque de ne pas satisfaire les auteurs (et les lecteurs !) exigeants.

Quand on me demande comment créer un ePub, je recommande systématiquement le livre (numérique) qui m’a tout appris : Créer des ebooks avec Sigil, de Benoit Huot. Pour la ridicule somme de 2€, vous serez capables de créer tous vos ePubs grâce à Sigil, un logiciel gratuit. Pour le coup, je ne connais pas d’investissement aussi intéressant pour quiconque est tenté par la publication de livres numériques !

Kindle Logo

Le format Kindle

Histoire de boucler la boucle et de répondre totalement à cet écrivain qui cherchait comment obtenir un rendu convainquant sur Kindle, je me devais d’aborder ce qu’Amazon appelle désormais le format Kindle. Nous en revenons ici à notre sujet de tout à l’heure : l’interopérabilité.

Si vous ne connaissez vraiment pas l’univers du livre numérique, sachez simplement qu’il existe plusieurs marques de liseuses (livres électroniques) dont les plus connues en France sont le Kindle (vendu par Amazon), le Kobo (vendu par la Fnac) et le Cybook (vendu par Bookeen). Si la plupart des liseuses acceptent, entre autres, le format ePub, Amazon a décidé de créer son propre format de livres numériques, pour s’assurer que ses lecteurs achètent leurs livres numérique sur Amazon et non ailleurs.

Un auteur qui désire vendre son livre sur Amazon sera donc forcé de proposer son livre en format Kindle, aussi appelé le AZW. En soi, ce format diffère assez peu de l’ePub, si ce n’est qu’il permet au livre numérique d’être lu sur les livres électroniques Kindle, qui sont tout de même assez majoritaires en France.

Au moment de mettre votre livre en ligne, Amazon va automatiquement se charger de convertir votre fichier numérique en AZW. Néanmoins, encore une fois, la conversion automatique a ses limites, et mieux vaut éviter de convertir un fichier word en AZW. Mon conseil, s’il vaut ce qu’il vaut, est de travailler tout d’abord sur votre fichier ePub, puis de le convertir en AZW via Amazon. Les similarités entre les formats ePub et AZW rendront le résultat sur Kindle bien plus convainquant que si vous convertissez un fichier word. Notez que le logiciel gratuit Calibre peut également convertir l’ePub en AZW en un tour de main !

Conclusion

Pour mettre un point final à cet article qui, je l’espère, aura pu éclairer certains auteurs encore peu adeptes du numérique, il me fallait absolument trouver une morale à toute cette histoire ! Je ne vais pas énumérer une fois de plus tous les avantages du choix du numérique pour les auteurs. Je pense qu’un auteur auto-édité qui passerait à côté du numérique aujourd’hui ferait une grande erreur. Non pas que le numérique garantisse un succès immédiat ou des ventes folles, mais il permet d’élargir son lectorat à moindre coût et de tenter l’expérience de l’auto-édition sans investissement ou presque.

Néanmoins, je peux comprendre que certains auteurs peuvent s’essayer à la vente numérique sans pour autant être adeptes de la lecture numérique. Il convient néanmoins pour ceux là de s’intéresser un tant soit peu à l’expérience de lecture numérique, ne serait-ce que sur les modèles d’exposition des magasins ou grâce à la liseuse d’un ami. Pour comprendre pourquoi le PDF n’est clairement pas adapté à la lecture sur liseuse, le mieux est encore d’en télécharger un sur une liseuse et de tenter sa lecture.

Autre remarque importante, les formats ePub ou AZW sont relativement complexes (mais pas pour autant impossibles à produire, je le rappelle), si bien qu’un auteur a bien plus intérêt à apprendre à les créer plutôt que de chercher désespérément un convertisseur automatique convenable. Il est en effet plus rapide et satisfaisant de créer un ePub soi-même plutôt que de perdre des heures à triturer le résultat d’une mauvais conversion dans l’espoir d’en faire un livre numérique digne d’être vendu.

J’espère sincèrement que cet article aura aidé certains d’entre vous à mieux comprendre le formatage des livres numériques. Dans le cas contraire, n’hésitez pas à poser des questions ou à ajouter des précisions dans les commentaires !

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18 réflexions sur “Les formats du livre numérique

    • Même pas ! Mais je dois reconnaître que l’indisponibilité des Adrien Poche en ePub est la seule chose qui m’empêche de les acheter ! Je te recommande vraiment le guide de Benoit Huot, tu verras que ce n’est pas si compliqué ! :-p

  1. « Notez que le logiciel gratuit Calibre peut également convertir l’ePub en AZW en un tour de main ! »

    Note importante : Amazon refuse les .AZW créé via Calibre car problèmes niveau qualité (code toussa) — crois savoir que c’est le cas en France (au moins pour les éditeurs), mais si ce n’est pas généralisé, autant éviter en prévention.

    Du coup, utiliser Kindle Previewer, qui est un outil « global » : il convertit quand on ouvre un fichier EPUB et le met à dispo pour upload sur KDP, il permet de prévisualiser le résultat sur toute la gamme d’appareils Kindle (ainsi que les apps iOS).

  2. @JiminyPanoz : merci pour cette précision bienvenue !

    @Aupire Ravi d’avoir pu t’aider ! L’ePub est intimidant de primer abord, mais il n’est pas pour autant impossible à générer. Bon courage pour tes futurs fichiers ! 😉

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  4. Pingback: Les formats du livre numérique | Trucs d...

  5. Pingback: Les formats du livre numérique | Le Souf...

  6. Mais j’aurais voulu savoir lorsque l’on achète un livre sur amazon et qu’il y a écrit « format kindle » qu’est ce que cela veut dire ? Est ce qu’il s’agit d’un livre ordinaire ou bien a t’il une particularité ??

  7. Pingback: La lecture sous un nouvel apparat |

  8. Merci à Pierrick et Jiminy pour toutes ces informations précieuses et expliquées dans un language compréhensif! 🙂

  9.  » la conversion automatique a ses limites, et mieux vaut éviter de convertir un fichier word en AZW »
    Justement, je demande à en savoir plus sur ces limites. Je viens de recevoir (achat promo du 1er mai) ma liseuse Kindle, toute première liseuse pour moi, et j’ai donc testé… J’avais un pdf format A4, résultat d’affichage désastreux… Lorsque j’envoie par email des fichiers word (DOCX) à mon Kindle, j’ai été surpris de la qualité de l’affichage du fichier AZW3 reçu (conversion automatique). J’ai ajouté un dessin réalisé par les « drawing tools » de Word, j’ai été surpris de le voir correctement affiché. Naturellement, j’ai alors cherché à savoir où se trouvait les limites à une bonne conversion. Je tombe donc sur votre post. De là ce commentaire.

    • Bonjour Josick,

      Pour commencer, il faut noter que les solutions d’automatisation s’améliorent de jour pour la création d’un fichier ePub. La phrase de cette article est donc, avouons-le, de moins en moins vraie.

      Cependant, ce n’est pas parce que le résultat affiché à l’écran est convainquant que le fichier est forcément irréprochable. Bien souvent, c’est le code du fichier ePub qui souffre d’une mauvaise conversion. Au lieu d’avoir un code « propre » et naturel, vous avez un code plus compliqué et plus lourd, ce qui peut d’ailleurs rendre le fichier plus imposant qu’il ne le devrait.

      Si, dans la majorité des cas, cela ne posera pas trop de problème, ça peut devenir délicat en cas de textes complexes (qui comprennent des titres, des sous-titres, des notes, etc.). En gros, plus votre mise en forme est complexe, et plus elle risque de souffrir d’une conversion automatique.

      Sans oublier qu’il sera toujours plus difficile de déceler d’où vient un problème de mise en page sur une conversion automatique. Si vous vous occupez vous-même de faire le code du livre, vous réaliserez immédiatement où vous avez fait une erreur. En automatique, il faudra analyser le code du livre pour la comprendre.

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