La fabrique du livre

écrire un livre

Si quelqu’un me demandait quel était le personnage secondaire de Pixar qui m’avait le plus inspiré dans la vie, ma réponse la plus spontanée serait : « T’en as d’autres des questions aussi pourries ?! » . Mais passé le vent de surprise, je répondrais finalement qu’il s’agit du vieux réparateur de jouets de Toy Story 2. Pour ceux qui – ayant perdu leur âme d’enfant ou ayant mieux à faire que de regarder des longs métrages destinés à des gamins de 5 ans – n’auraient pas vu ce film d’animation, le vieux réparateur de jouets est un homme appelé par un collectionneur pour réparer Woody, une poupée de cow-boy qui est le personnage principal du film (bon, expliqué comme ça on dirait plus un film d’auteur sur les méfaits de la drogue mais je vous assure que c’est destiné aux enfants à la base !).

Bref, le réparateur est un artisan, un professionnel, appelé par les plus pointilleux pour faire le travail le plus précis possible. Dans le film, il s’agit juste de recoudre le bras déchiré d’un jouet et de le remettre à neuf, mais cette scène m’a toujours fasciné. Il faut dire que je me suis toujours demandé si le travail de réparateur de jouets existait vraiment. Mais ce qui m’impressionnait le plus était la précision du bonhomme, son efficacité, sa maîtrise. Il était l’homme de la situation, l’arme ultime… pour réparer un jouet. En un mot comme en cent, j’appréciais la justesse et l’application de cet homme. Je me suis toujours dit que n’importe qui devrait être aussi concentré que le réparateur dans son travail.

Ceci nous amène lentement à l’article du jour, que je vais essayer de recentrer autour du sujet de ce blog : l’écriture ! Les écrivains s’appuient souvent sur des modèles faussés par le romantisme et les jolis mots, tels que Baudelaire ou Rimbaud, mais en vérité ils devraient s’appuyer sur la référence culturelle la plus pertinente : le réparateur de jouets de Toy Story 2 ! En effet, l’écriture est finalement moins une affaire de romantisme et d’art qu’une affaire de précision et de travail. Bref, quittons un peu l’image de notre jovial réparateur de jouets pour s’attarder sur le sujet du jour : l’écriture de bouquin ! Aujourd’hui, si je ne vous ai déjà pas perdu en route, je vais détailler les différentes étapes de « la fabrique du livre ». Bon, j’avoue que c’est encore une fois un titre racoleur puisque l’article n’évoquera que les différentes étapes de l’écriture, pas celles de la fabrication du livre imprimé (ni numérique d’ailleurs, le sujet ayant déjà en partie été abordé ici).

rédaction manuscrit

« Vous avez demandé à voir un écrivain ? »

Nous nous attacherons ici à lister les différentes étapes de rédaction d’un livre. Cela aidera peut-être les jeunes auteurs à définir l’avancement de leur projet, et peut-être également à planifier leurs futurs textes. Il s’agit ici de terminer avec un livre « publiable », qu’il n’y aura plus qu’à imprimer ou numériser, ou presque !

  • Étape 1 Les réflexions préliminaires : Avant d’écrire quoi que ce soit, il peut être utile de savoir sur quoi écrire. La toute première étape de création de votre manuscrit se fera bien souvent dans votre tête. Certains appelleront cela la réflexion, d’autres l’inspiration, mais il s’agit dans tous les cas de trouver une idée, et si possible une bonne idée. Et si cette idée vous paraît suffisamment intéressante pour lui dédier quelques centaines de pages, alors bingo ! Selon les auteurs, les réflexions préliminaires permettront la rédaction d’un plan général plus ou moins précis. Vous déterminerez où vous devrez aller dans l’écriture, qui sont vos personnages et ce que vous allez leur faire faire. Il arrive que cette étape dure quelques heures, mais elle peut très bien s’étaler sur plusieurs années pour les écrivains les plus timides ou les plus rêveurs…
  • Étape 2 Les recherches documentaires : En voilà une étape sérieuse ! Selon votre projet, vos ambitions ou votre style, il se peut que vous ayez à mener quelques recherches préliminaires plus ou moins poussées. Je pense ici notamment à l’ami Jules Verne qui faisait de chacun de ses romans des petites encyclopédies. Les recherches seront très importantes pour donner du crédit à votre personnage (s’il est neurobiologiste, mieux vaut que vous sachiez en quoi consiste son travail !) ou à votre récit (mention spéciale pour tous les textes historiques, ou ceux qui se déroulent dans une ville ou un pays que vous ne connaissez pas). Cette étape, qui peut accompagner les étapes suivantes dans le processus d’écriture, s’étalera de 0 seconde à plusieurs mois selon votre besoin d’information.
  • Étape 3 Le premier jet : On s’attaque au vif du sujet ! Dans l’inconscient collectif (c’est à dire également dans l’esprit de certains auteurs) cette étape est la seule qui compose l’écriture d’un roman. En réalité, j’aurais tendance à dire que c’est loin d’être l’étape la plus longue ou désagréable. Il s’agit ici de jeter vos idées sur le papier, et d’écrire votre roman du premier au dernier chapitre. L’idéal est de se donner à fond dans cette étape, sans trop se soucier de la forme mais en privilégiant le fond (il y a des limites tout de même, ne rédigez pas le premier jet en langage SMS si vous ne voulez pas rendre les étapes suivantes invivables !). Encore une fois, la durée de cette étape est plus ou moins importante selon l’ampleur du projet, et s’étalera de quelques jours à plusieurs mois si nécessaire, et selon le planning de l’écrivain.
  • Étape 4 La première relecture : Une fois le premier jet terminé, il serait tentant de s’installer sur une plage, les doigts de pieds en éventail, en hurlant à qui passera par là : « J’ai terminé mon bouquin ! » . Si l’expérience peut être gratifiante, elle n’est pas suffisante, puisque le texte mérite d’être relu ! Pour ma part, je préfère mener la première relecture seul. C’est l’occasion de voir à quel point votre texte est génial (même si ce sera bien plus souvent l’occasion de voir à quel point il est mauvais !). La première relecture vous permettra de vérifier que le manuscrit est potable, que l’histoire est cohérente, et que le texte n’est pas (trop) truffé de fautes. Il est très important pour l’auteur de faire ce travail de relecture, puisque la lecture du roman lui permettra de corriger des incohérences établies lors de l’écriture. Cela vaut en particulier pour les textes qui ont été longs à écrire. Il peut arriver que vous ayez écrit un élément en début de roman que vous avez occulté par la suite. C’est ainsi que vous remarquerez que Médor, le chien/meilleur ami de votre personnage, sur lequel vous avez écrit de nombreux paragraphes en insistant sur le fait qu’il ne quitte jamais votre héros, a disparu comme par enchantement dès le second chapitre !
  • Étape 5 Les autres relectures : Vous voilà avec un manuscrit pas trop mauvais, sans incohérence, mais qui n’est jamais resté qu’entre vos doigts. C’est le moment pour lui de déployer ses ailes et d’aller titiller la rétine d’autres lecteurs, ou plutôt relecteurs. Les relectures qui suivent seront faites par des personnes tierces, si possible suffisamment objectives pour ne pas encenser votre travail, surtout s’il est mauvais ! Le travail des relecteurs est dans un premier temps d’apprécier ou non votre livre, puis de noter les passages les plus dérangeants, les incohérences, les erreurs… Ce travail vous permettra d’avoir une meilleure vision de votre texte. S’il est mauvais, vous aurez beaucoup de travail, s’il est bon… vous aurez encore beaucoup de travail ! Vous devrez ici noter les remarques de vos différents relecteurs, et les corriger ou non selon la pertinence de ces remarques. Plus une remarque reviendra, plus elle a de chance d’être pertinente…
  • Étape 6 Les corrections : Si tout se passe bien, vous devriez commencer à détester royalement votre manuscrit ! Après l’avoir pensé, rédigé, relu, revu, réécrit, rerelu, modifié, remodifié… vous devrez encore le corriger ! Ici, vous pourrez utiliser à la fois des logiciels de correction qui débraieront le terrain, mais aussi et surtout des yeux humains plus qualifiés que les vôtres pour repérer vos erreurs. Si vous avez de la chance, vos relecteurs auront identifié les fautes les plus évidentes, mais rien ne vous empêche de passer par une nouvelle personne qui en débusquera d’autres. Une fois ce travail terminé, libre à vous de relire une fois encore votre texte pour être certain qu’il soit le plus « propre » possible.
  • Étape 7 Les enluminures : Non, il ne s’agit pas à proprement parler d’enluminures, il vous faudra simplement mettre en forme votre manuscrit corrigé ! Cela passe par le choix des polices, des paragraphes, de la mise en forme globale. Vous devrez également ajouter les pages qui entoureront votre roman : page de titre, remerciements, vos autres livres, etc. Le fond étant parfait grâce aux précédentes étapes, vous devrez ici soigner la forme au maximum. Et une fois cette étape terminée, vous voilà avec un parfait manuscrit entre les mains.

Nous y voilà ! Vous possédez désormais un texte idéal à auto-éditer ou à envoyer aux maisons d’édition qui vous font le plus rêver ! Si ces différentes étapes peuvent paraître ridicules tant elles sont nombreuses et compliquées, ne sous-estimez pas leur rôle sur la qualité finale de votre manuscrit. N’oubliez jamais l’image du très professionnel réparateur de jouets, et dites vous bien que les éditeu… euh… les professionnels du jouet ne l’appelleraient jamais s’il faisait son travail par dessus la jambe !

Comme toujours, ces étapes de « la fabrique du livre » sont celles qui me paraissent les plus pertinentes. Si vous en voyez d’autres, ou que certaines vous semblent complètement inutiles et ridicules, n’hésitez pas à donner votre avis dans les commentaires ! Vous pouvez également faire de même si, vous êtes vous-aussi un grand fan du réparateur de jouets. 😉

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3 réflexions sur “La fabrique du livre

  1. Il manque une étape qui figure un peu dans tes préliminaires, mais qui selon moi et selon sa méthode de travail peut être une étape à par entière : l’ossature du texte, la construction ou plan. Pour certains auteurs cette étape est indispensable. Ils n’écrivent pas sans avoir un plan détaillé des événements de l’histoire (ça se rapproche du travail de scénariste). Tout dépend de ce que l’on écrit. Par exemple ; pour un roman, c’est évident que cette méthode permet de gagner du temps et raccourcir le temps d’écriture, pour une nouvelle on peut se permettre de partir sur une improvisation et réécrire le même texte autant de fois qu’il sera nécessaire jsuqu’à trouver la forme final. Bonne journée !

  2. A mon avis, les étapes 5 et 6 sont essentielles, car, si elle n’est pas soignée, la forme peut ôter tout son intérêt au fond, aussi excellent soit-il.
    C’est vrai pour l’édition papier et encore plus vrai pour l’édition numérique. En effet, les imperfections apportent de l’eau au moulin de ceux qui considèrent que les ebooks sont fabriqués par des dilettantes, et donc forcément de qualité médiocre.
    Personnellement, un texte relu et corrigé est la marque de respect que tout écrivain doit montrer à son lecteur.

    A tout ce que vous avez énuméré, Pierrick, j’ajouterais la couverture… Vous savez que je n’ai aucun talent pour cela, à mon grand dam. Nous savons tous que la couv est un facteur majeur dans l’acte d’achat.

    Je suis tout-à-fait d’accord avec le baiser de la mouche pour reconnaître qu’un plan bien construit facilite souvent l’écriture, même si l’auteur apporte des modifications ensuite.

    Tipram

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