Je ne piraterai pas Dino Buzzati

Buzzati

Aujourd’hui, un billet à peine déguisé pour vous parler avant tout de mon auteur favori. Je pense avoir déjà évoqué ici le célèbre écrivain italien Dino Buzzati, mais jamais sous la forme d’un article complet. Ce pourquoi j’en profite pour écrire ici quelques mots à son propos. Connu avant tout pour le roman court Le désert des Tartares, qui traite à la fois de l’attente, des vaines aspirations et de la gloire, Dino Buzzati a écrit d’innombrables nouvelles, mais aussi un conte pour enfants ou encore un très curieux traité sur les pipes, qu’il illustrait lui-même. Journaliste de son état, Buzzati s’inspirait souvent de ce qu’il vivait pour écrire, et certaines de ses nouvelles le mettaient directement en scène, non pas sans ajouter un poil de fantastique à la réalité. Son Œuvre est justement marquée par le fantastique, mais elle met avant tout en scène l’Homme, ses limites, ses aspirations, ses désirs. Cette recherche de la description de l’humain fait que ses textes sont encore très actuels, et le resteront je pense pour encore des décennies.

Si j’apprécie tant cet auteur, c’est pour plusieurs raisons. La première, c’est qu’il a été mon premier réel contact avec la littérature, ce qui est déjà une grande chose ! C’est aussi parce que ses textes me parlent, font toujours raisonner en moi quelque chose. Selon moi, une nouvelle est excellente lorsque l’on achève la lecture par de longues minutes de réflexion, pas forcément à cause d’une chute rocambolesque mais avant tout grâce à une chute qui amène à un propos sensé. Je ne compte pas les nouvelles de Buzzati sur lesquelles je me suis perdu en pensées… et aussi en admiration. En quelques pages à peine, il décrit des choses que des romans entiers ne parviennent pas à dégager. Une troisième raison est la grande humilité que dégage sa plume, même dans les textes où il se met en scène. Le fait qu’il parvienne à s’effacer à ce point, à ne pas s’imposer, aide beaucoup à rendre ses nouvelles « universelles ».

Autant de raisons pour lesquelles Dino Buzzati me fascine, autant de raisons pour lesquelles je vous recommande de vous jeter sur ses recueils : le K, les nuits difficiles, l’écroulement de la Baliverna. Je ne vous promets pas que vous apprécierez chaque nouvelle, mais ce serait bien le diable qu’il n’y en ait pas au moins une qui vous touche, que vous soyez amateur du genre ou non.

Mais pour écrire cet article sur un si grand homme, je me devais tout de même de trouver un sujet qui concerne directement ce blog, et nous autres, lecteurs du XXIème siècle.

Si on parlait numérique ? Je suppose que nombre des visiteurs de ce blog sont des lecteurs numériques. Peut-être ai-je suscité chez eux, et je l’espère, l’envie de se ruer sur leur plateforme de vente préférée pour acheter une version numérique du K, ou d’un autre texte de Buzzati. Et bien évitez cela mes amis ! Pour vous épargner la recherche, voici la page de la boutique Kobo dédiée aux textes de Buzzati.

Des éditeurs différents, mais une constatation identique : 7€ dans le meilleur des cas, jusqu’à 13€ pour l’offre la plus audacieuse. Le désert des Tartares vous offrira quelques heures de lecture à peine, pour la modique somme de 9€99. Vous paierez deux fois moins pour sa version papier. Le constat est le même pour tous ses autres livres, les versions papiers ont soit le même prix ou sont soit moins chères. Pour ajouter à ce non-choix du numérique, la totalité des œuvres de Buzzati est « protégée » (je préférerais le terme « entravée ») par des DRM. Vous paierez donc plus cher pour une version dont vous ne pourrez jamais profiter entièrement. Il serait stupide d’acheter une version numérique des livres de Buzzati ! Pour le même prix, sinon moins, vous pourrez acheter l’intégrale de ses œuvres en format papier !

Et pourquoi acheter en numérique ? Pour soutenir l’auteur ? Buzzati est mort avant ma naissance et, aux dernières nouvelles, il a très peu écrit depuis. Mais il reste une solution pour ceux qui aimeraient le découvrir sur leurs liseuses… Je ne pousserai pas le trolling jusqu’à lier ici un site pirate sur lequel trouver ses textes, mais il m’a suffit de taper « Buzzati epub gratuit » pour savoir qu’ils étaient disponibles.

Je ne piraterai pas Dino Buzzati. Non pas par respect pour l’auteur, il a tout mon respect et n’en a certainement que faire ! Mais simplement parce que je dispose déjà de ses textes en papier, que je relis occasionnellement sans jamais bouder mon plaisir.

Non, je ne piraterai pas Dino Buzzati… Et vous ?

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4 réflexions sur “Je ne piraterai pas Dino Buzzati

  1. Moi non plus, je ne piraterai pas Buzzati, mais je n’achèterai pas non plus de ebooks avec DRM, surtout s’ils coûtent plus chers que leur version papier…
    Si j’apprends comment me débarrasser du DRM, j’achèterai sans doute « Les nouvelles oubliées », récemment parues chez Laffont. En effet, comme je suis confrontée à un véritable problème de place chez moi, j’ai décidé d’acheter désormais uniquement des livres numériques, sauf pour les éditions sortant de l’ordinaire. Je dois avouer que j’ai découvert, il y a peu, le plaisir et tous les avantages de lire avec une liseuse.

    Je partage votre admiration pour Buzzati. J’avais lu, comme beaucoup, le désert des Tartares, il y a de nombreuses années, un peu par accident. J’ai découvert tout à fait récemment quelques unes de ses nouvelles, dont Le K bien sûr, et Le veston ensorcelé. J’ai beaucoup aimé cette dernière nouvelle qui, mine de rien, nous rappelle que l’argent ne fait pas le bonheur.

    Je regrette de ne pas connaître l’italien, car il est toujours préférable de lire une oeuvre dans sa version originale. Je devine que grâce à sa formation de journaliste, le style de Buzzati est dépouillé et son vocabulaire, précis.

    Merci pour cet intéressant billet – un de plus – qui m’a donné envie de découvrir un peu mieux Dino Buzzati.

    Tipram

    • Je pense qu’il existe quelques tutos pour enlever les DRM, mais je vous déconseille tout simplement d’acheter un livre avec DRM, quitte à passer à côté du texte… Pour ma part, j’achèterais certainement Nouvelles oubliées en version papier.

      Le veston ensorcelé est effectivement une nouvelle très intéressante. Au-delà de montrer que l’argent ne fait pas le bonheur, je dirais qu’elle interroge également sur ce qu’un homme serait prêt à faire pour en obtenir. Quand la seule motivation est l’argent, il peut arriver que cela importe peu à son possesseur qu’il provienne simplement de la poche d’un veston ou d’un braquage meurtrier…

      Tout comme vous, je ne maîtrise pas l’Italien et passe donc à côté des textes originaux ! Comme vous dîtes, la plume de l’auteur reste assez simple, sans trop d’artifices littéraires.

      Merci pour votre commentaire ! 😉

  2. La nouvelle « Quiz aux travaux forcés » est aussi un petit bijou…
    Par ailleurs, en lisant très jeune « Le Désert des Tartares », vers 14 ans, j’avais eu une sorte de flash… prémonitoire : l’artiste – non pas celui comblé par la vie, non, plutôt le tâcheron, celui dans l’ombre et qui ne vivra pas de ce qu’il produit, le Kafka, le Pessoa… – était en quelque sorte condamné à rester dans un fort à attendre l’ennemi… c’est à dire le succès.

    • Sans oublier qu’il passe sa vie à poursuivre une quête vaine… 😉

      Une autre nouvelle de Buzzati me rappelle le même thème, mais malheureusement je n’arrive pas à en retrouver le titre. Elle mettait en scène des écrivains qui travaillaient en série, tous dans une même pièce, pour le service d’un roi. A partir d’un certain âge, ces écrivains partaient à la retraite, sauf les rares « élus » que le roi désignait, qui avaient le privilège d’écrire pour lui jusqu’à leur mort.

      Malheureusement, je n’ai pas les ouvrages de Buzzati sous la main pour en retrouver le titre !

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