La peur de dévoiler ses textes (1/2)

Commençons aujourd’hui un duo d’articles sur un thème qui touche certainement la plupart des jeunes auteurs et en tracasse plus d’un : celui de dévoiler ses textes à un public (quel qu’il soit) pour la toute première fois. On ne parlera pas ici à proprement parler d’une première publication, mais véritablement d’une première confrontation à un regard autre, de la première fois où l’on ose discrètement divulguer à autrui qu’il nous arrive de gribouiller des mots sur le papier, comme ça.

Aujourd’hui, nous nous intéresserons simplement au phénomène de la peur de dévoiler ses romans, avant de revenir dans un prochain article sur les manières de passer cette étape et de hurler à la face du monde qu’on écrit !

J’ai longtemps hésité à appeler cette série d’article : « Auteur : sortir du placard« , tant l’analogie, si elle n’est pas forcément de bon goût, me paraît pertinente. En effet, il est fréquent qu’un(e) jeune écrivain(e) n’ose pas avouer qu’il ou elle s’adonne à ce plaisir honteux qu’est l’écriture, et ose encore moins présenter ses textes à quiconque. Pourtant, l’écriture fait souvent partie intégrante de la vie de ceux qui la pratiquent, et il est finalement assez difficile de la dissimuler, si bien que le moment de la divulgation de cet embarrassant secret doit bien arriver un jour…

Si j’écris sur ce sujet aujourd’hui, c’est que j’ai reçu à plusieurs reprises les témoignages touchants d’auteurs plus ou moins jeunes qui n’osent pas s’assumer ou parler de leur hobby à leur entourage, et me demandaient des conseils pour cela. Comment faire, alors, pour dévoiler à ses proches et aux autres qu’on aime écrire ? C’est la question que nous nous poserons à travers nos deux articles !

passion d'écrireCrédits photo : Charles Deffrey Janoff

Avouer aux autres qu’on écrit : pourquoi est-ce difficile ?

Si, par le plus grand des hasards, vous êtes en train de parcourir ce texte alors que vous n’avez jamais écrit ne serait-ce qu’un incipit de nouvelle, il se peut que vous trouviez l’introduction de cet article un poil exagérée. En effet, on pourrait se demander ce qu’il y a de si difficile à présenter une nouvelle ou un roman pour la première fois, ou ne serait-ce que dire à quelqu’un qu’on aime écrire sur son temps libre.

Et si le trac de cet aveu peut paraître risible à quelqu’un qui n’a jamais écrit, il faut comprendre qu’il y a de nombreuses raisons qui peuvent pousser un auteur amateur à rester secret et anonyme :

  • Le côté personnel de l’écriture : pour commencer, il faut noter que l’écriture est quelque chose de personnel au possible. Elle se pratique seul, et peut pousser un auteur à se dévoiler bien plus qu’il ne peut le faire à l’oral, même auprès de ses amis les plus proches. Ce n’est pas un hasard si un journal intime est toujours rédigé, et non pas filmé ou enregistré : car l’écriture permet plus de liberté, et se fait en toute discrétion. A tel point qu’un écrivain peut craindre de dévoiler ses textes comme n’importe qui peut craindre de se dévoiler à autrui (n’est-ce pas poétique ?!).
  • La peur de dévoiler ses textes : pour les mêmes raisons, un auteur n’aura pas envie d’avouer à ses proches qu’il écrit, car il sait que cela peut le mener à l’étape suivante : présenter ses textes. En effet, la curiosité des gens veut qu’ils cherchent souvent à savoir ce que leurs connaissances écrivent exactement. Pour un écrivain qui ose à peine avouer son hobby, offrir ses textes à des yeux curieux est tout simplement une épreuve insurmontable !
  • La peur d’être un mauvais auteur : qui dit présenter ses textes dit aussi recevoir de premiers avis. Encore une fois, un jeune écrivain a toujours pratiqué son hobby seul, et a donc développé son propre avis sur son écriture. Qu’il soit hésitant, sûr de son talent ou persuadé d’être mauvais, un auteur a tout à perdre (ou en tout cas c’est ce qu’il ressent) à exposer ses écrits à quelqu’un d’autre, car cela peut condamner à tout jamais son talent, et le mener vers une vie d’échec et de turpitudes (ou en tout cas c’est ce qu’il ressent !).
  • La crainte du regard des autres : autre raison valable à la terreur de dévoiler ses textes, la peur d’être jugé sur le fait d’écrire. L’écrivain en devenir paraîtra-t-il bizarre et étrange aux yeux des autres pour cette curieuse activité ? Cette crainte est d’ailleurs assez paradoxale, car nombreux sont les gens qui aiment l’écriture et la pratiquent en secret. Mais comme aucun auteur n’ose se dévoiler, tous ont l’impression d’être seuls au monde !

En bref, vous aurez compris que si présenter ses textes à un premier regard extérieur peut paraître bénin de prime abord, cela peut être considéré comme une vraie épreuve pour de nombreux jeunes écrivains. Les quatre raisons évoquées ici ne sont d’ailleurs que la partie émergée de l’iceberg, et chacun en trouvera de nouvelles pour justifier sa peur panique d’avouer qu’il écrit.

Ajoutez à cela que le virus de l’écriture s’attrape généralement assez jeune, souvent dans la période de l’adolescence, lorsque l’individu se construit. Et croyez bien qu’un adolescent a suffisamment de choses à gérer pour ne pas avoir envie d’avouer à ses proches qu’il préfère gribouiller des romans sur du papier plutôt que de s’adonner aux loisirs plus conformistes des jeunes gens de son âge. Mais ne faisons pas de généralité : j’ai connu des trentenaires tout aussi terrifiés d’avouer qu’ils écrivent à leur entourage !

écritureAu Moyen-Âge déjà, il fallait se dissimuler à l’abri d’un monastère pour oser écrire ne serait-ce que quelques mots…

L’écriture : un passe-temps personnel… mais pas honteux !

A présent que j’ai expliqué aux « non-écrivants » ce qu’est la peur de dévoiler ses textes, il est de mon devoir de rassurer les écrivants en démontant les craintes évoquées ci-dessus ! Car non, chers amis auteurs qui vous sentez concernés par cette fameuse peur, vous ne serez pas obligés de pratiquer votre loisir en cachette pour le restant de vos jours, dissimulés aux yeux des autres comme un vulgaire troglodyte ! Tout simplement car il n’y a pas à avoir honte d’écrire, bien au contraire. Et c’est une chose qu’il est important de comprendre quand on se découvre une passion pour l’écriture.

Comme j’aime à le dire, l’écriture est loin d’être un passe-temps honteux, contrairement à ce que certains jeunes auteurs peuvent penser. L’écriture, si elle peut sembler vous renfermer sur vous-même, vous pousse surtout à vous ouvrir sur le monde. Elle vous permet de développer un style et des moyens d’expressions propres, de développer à la fois votre créativité, votre sens critique et votre orthographe, et vous pousse à donner le meilleur de vous même. S’il y a bien une chose à propos de laquelle vous ne devriez pas avoir honte, c’est  l’écriture !

Au contraire, vous réaliserez bien vite que le fait d’écrire peut impressionner votre entourage autant qu’il suscite sa curiosité. Mieux encore, vous pourriez bien découvrir d’autres aspirants auteurs parmi vos proches, et déterrer ainsi une passion commune que seule une gêne difficile à surmonter cachait jusque-là.

Mais j’ai bien conscience que tout cela ne vous explique pas forcément comment oser enfin dévoiler ses textes ! Rassurez-vous, c’est justement le sujet du second article dédié à la peur de présenter ses textes : comment oser dévoiler ses textes ?

Quoi qu’il en soit, mes chers amis auteurs, n’hésitez pas à expliquer en commentaire les craintes qui vous empêchent ou vous ont empêché de dévoiler vos écrits !

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8 réflexions sur “La peur de dévoiler ses textes (1/2)

  1. Bonjour Pierrick,
    Je trouve qu’à travers ton article tu as parfaitement décrit les craintes des auteurs à ce sujet. J’ai mis beaucoup de temps à avouer que je passais une bonne partie de mon temps libre à écrire. Lorsque finalement, toute contente de mon travail (oui, je l’avoue j’ai des phases – assez courtes néanmoins – d’auto congratulation !), mes proches ont tout de suite eu envie de lire ce que j’avais écrit et je ne peux pas les en blâmer. C’est tout à fait normal. Je m’en suis voulue d’avoir si vite craché le morceau. J’ai pris peur et intérieurement, je me disais que je trouverai une excuse pour éviter de leur donner mon manuscrit. Comme tu l’as très bien expliqué, lorsqu’on écrit, on a tendance à se livrer entièrement et à mettre sur le papier des choses dont on ne parle pas même à ses très proches amis. Ces derniers ont une certaines images de nous dans la tête et je craignais qu’en leur faisant lire ce que j’avais écrit, ils me jugent. Finalement, après avoir mis un point final à mon texte, j’ai ressenti le besoin de le partager pour avoir un avis, pouvoir avancer et progresser. C’est donc avec beaucoup d’appréhension que je l’ai confié à deux amies. Finalement, cette expérience s’est révélée extrêmement positive, car grâce à leur aide et certaines suggestions, j’ai développé certains passage, supprimé des répétitions qu’à force de lire je ne voyais même plus.
    Je te remercie donc pour ton article. Je me suis sentie moi seule ! 🙂
    Aurélie.

    • Bonjour Aurélie,

      Merci de ton témoignage qui aidera je l’espère les auteurs les plus craintifs à passer eux-aussi le pas ! 😉
      Et tu fais bien d’avoir quelques phases d’auto congratulation, sans quoi il te sera bien plus difficile de continuer à écrire ! 😀

  2. Ecrire semble bizarre à ceux qui n’écrivent pas. Je pense qu’il est crucial (si on considère la publication) de montrer son travail au moins à une autre paire d’yeux. Demander un avis franc est une bonne chose mais il faut prendre garde aux critiques qui n’aident pas à améliorer une histoire ou un roman. J’ai eu une fois ou deux la mauvaise idée de proposer la lecture d’un de mes manuscrits à quelqu’un que je pensais impartial. J’ai mis du temps à me remettre de la critique jusqu’ à ce que je comprenne qu’elle n’était pas constructive et que par conséquent elle n’avait pas de valeur et que je devais cesser d’y accorder de l’importance. Par contre, partager son travail dans un groupe sincère est enrichissant, stimulant et aide à avancer malgré les difficultés.
    Ce qui est amusant aussi c’est que ceux qui n’écrivent pas pensent qu’un écrivain a toujours un roman en publication quelque part et s’étonnent que l’on puisse travailler si longtemps sur un manuscrit qui peut-être ne sera jamais publié.
    Bon billet sur un thème important pour tous ceux et celles qui vivent avec des histoires plein la tête. Merci.

    • Merci pour ce témoignage ! Effectivement, il est essentiel de partager son travail à un moment ou à un autre si on cherche à se faire publier, mais vous faites bien de remarquer qu’il vaut mieux soigneusement sélectionner les fameuses paires d’yeux à qui on soumet ce travail. Mieux vaut un lecteur franc mais qui sache faire des critiques constructives !

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